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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Juillet

V. Falkenfels

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 71 vers

Falkenfels, qu'on distingue‖ au loin dans la bruine,Est le burg démoli‖ d'un vieux comte en ruine.Je voulus voir le burg‖ et l'homme. Je montaiLa montagne, à travers‖ le bois, un jour d'été.On rencontre à mi-côte,‖ en un ravin tombée,Une vieille chapelle‖ où court le scarabée ;Nul curé n'y venant‖ prier, elle croula ;Car tous sont appauvris‖ dans ce dur pays-là,Hélas, c'est en haillons‖ qu'on danse à la kermesse,Et personne n'a plus‖ de quoi payer la messe.Or, pas d'argent, voilà‖ ce que le prêtre craint ;Une niche indigente‖ effarouche le saint,Il déserte ; au moment‖ d'entrer, le dieu renâcleSur le seuil dédoré‖ du pauvre tabernacle ;C'est pourquoi la chapelle‖ est morte. Je laissaiCe cadavre d'église‖ au fond du noir fossé,Et je continuai‖ ma route vers la cime.J'arrivai. Je parvins‖ au burg fauve et sublime.Même en plein jour, une ombre‖ effrayante est dessus.Sur la brèche qui sert‖ de porte, j'aperçusAu pied des larges tours‖ qu'un haut blason surmonte,Un grand vieux paysan‖ pensif, c'était le comte.

Cet homme était assis ;‖ au bruit que fit mon pas,Grave, il tourna la tête‖ et ne se leva pas.Il avait près de lui‖ son fils, un enfant rose.Saluer un vaincu,‖ c'est déjà quelque chose,Je saluai ce comte‖ aboli. Je lui dis :— Vous voilà pauvre, vous‖ qui fûtes grand jadis.Comte, je viens à vous‖ d'une façon civile.Donnez-moi votre fils‖ pour qu'il vienne à la ville.Redevenir sauvage‖ est bon pour le vieillardEt mauvais pour l'enfant ;‖ l'aube craint le brouillard ;La rose meurt dans l'ombre‖ où se plaît la chouette.Certe, avoir sur le front‖ l'altière silhouetteDe ces tours qu'aujourd'hui‖ garde la ronce en fleur,C'est beau ; mais habiter‖ dans son siècle est meilleur.Votre fils s'éteindrait‖ dans ces brumes, vous dis-je.Le monstre est dans nos temps‖ à côté du prodige ;Mais le prodige est sûr‖ de vaincre. Donnez-nous,O sombre aïeul, l'enfant‖ charmant, farouche et doux,Pour qu'il aille à Paris‖ comme on allait à Rome,Pour que, ne pouvant plus‖ être comte, il soit homme,Et pour qu'à son beau nom‖ il ajoute un beau sort.Il faut laisser entrer‖ les autres quand on sort ;L'aigle laisse envoler‖ l'aiglon ; et que l'arbusteNe soit pas étouffé‖ par le chêne, c'est juste.

Le sinistre vieillard‖ sourit superbement,Et me dit : — La ruine‖ aime l'isolement.Si je fus grand jadis,‖ il me sied de m'en taire.Les gens sont curieux‖ de voir un homme à terre.Vous m'avez vu, c'est bien.‖ Pas de mots superflus.Je ne connais personne‖ et je n'existe plus.Allez-vous-en.

— Mais quoi ! dis-je, cette jeune aileN'est pas faite, ô vieillard,‖ pour la nuit éternelle.L'enfant sans avenir‖ laisse au père un remord.

Il répondit : — J'entends‖ dire, moi qui suis mort,De vous autres vivants,‖ des choses misérables ;Que chez vous le triomphe‖ est aux inexorables,Que les hommes en sont‖ encore au talion,Qu'ils trouvent le renard‖ plus grand que le lion,Que leur vérité louche‖ et que leur raison boite,Et qu'on fusille à gauche‖ et qu'on mitraille à droite,Et qu'au milieu du sang,‖ de l'horreur et des cris,C'est un forfait d'offrir‖ un asile aux proscrits.Est-ce vrai ? je le crains.‖ Est-ce faux ? je l'espère.Mais laissez-moi, je suis‖ honnête en mon repaire.Mon fils boira la même‖ eau pure que je bois.Vous m'offrez la cité,‖ je préfère les bois ;Car je trouve, voyant‖ les hommes que vous êtes,Plus de cœur aux rochers,‖ moins de bêtise aux bêtes.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
35((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a bruine / ruine féminine, classiqueb montai / d'été masculine, classiquec tombée / scarabée féminine, équivalented croula / pays-là masculine, classiquee kermesse / messe féminine, classiquef craint / saint masculine, classiqueg renâcle / tabernacle féminine, classiqueh laissai / fossé masculine, classiquei cime / sublime féminine, classiquej dessus / j'aperçus masculine, équivalentek surmonte / comte féminine, classiquea pas masculine, classiqueb rose / chose féminine, classiquec dis / jadis masculine, classiqued civile / ville féminine, classiquee vieillard / brouillard masculine, classiquef chouette / silhouette féminine, classiqueg fleur / meilleur masculine, classiqueh dis-je / prodige féminine, classiquei Donnez-nous / doux masculine, classiquej Rome / homme féminine, classiquek sort masculine, classiquel l'arbuste / juste féminine, classiquea superbement / l'isolement masculine, classiqueb taire / terre féminine, classiquec superflus / plus masculine, classiquea en / aile / éternelle féminine, classiqueb remord / mort masculine, classiqueb misérables / inexorables féminine, classiquec talion / lion masculine, classiqued boite / droite féminine, classiquee cris / proscrits masculine, classiquef l'espère / repaire féminine, classiqueg bois masculine, classiqueh êtes / bêtes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

71 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources