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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Mars

IV. L’enterrement

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 69 vers

Le tambour bat aux champs‖ et le drapeau s'incline.De la Bastille au pied‖ de la morne collineOù les siècles passés‖ près du siècle vivantDorment sous les cyprès‖ peu troublés par le vent,Le peuple a l'arme au bras ;‖ le peuple est triste ; il pense ;Et ses grands bataillons‖ font la haie en silence.

Le fils mort et le père‖ aspirant au tombeauPassent, l'un hier encor‖ vaillant, robuste et beau,L'autre vieux et cachant‖ les pleurs de son visage ;Et chaque légion‖ les salue au passage.

O peuple ! ô majesté‖ de l'immense douceur !Paris, cité soleil,‖ vous que l'envahisseurN'a pu vaincre, et qu'il a‖ de tant de sang rougie,Vous qu'un jour on verra,‖ dans la royale orgie,Surgir, l'éclair au front,‖ comme le commandeur,O ville, vous avez‖ ce comble de grandeurDe faire attention‖ à la douleur d'un homme.Trouver dans Sparte une âme‖ et voir un cœur dans Rome,Rien n'est plus admirable ;‖ et Paris a domptéL'univers par la force‖ où l'on sent la bonté.Ce peuple est un héros‖ et ce peuple est un juste.Il fait bien plus que vaincre, il aime.

O ville auguste,Ce jour-là tout tremblait,‖ les révolutionsGrondaient, et dans leur brume,‖ à travers des rayons,Tu voyais devant toi‖ se rouvrir l'ombre affreuseQui par moments devant‖ les grands peuples se creuse ;Et l'homme qui suivait‖ le cercueil de son filsT'admirait, toi qui, prête‖ à tous les fiers défis,Infortunée, as fait‖ l'humanité prospère ;Sombre, il se sentait fils‖ en même temps que père,Père en pensant à lui,‖ fils en pensant à toi.

Que ce jeune lutteur‖ illustre et plein de foi,Disparu dans le lieu‖ profond qui nous réclame,O peuple, ait à jamais‖ près de lui ta grande âme !Tu la lui donnas, peuple,‖ en ce suprême adieu.Que dans la liberté‖ superbe du ciel bleu,Il assiste, à présent‖ qu'il tient l'arme inconnue,Aux luttes du devoir‖ et qu'il les continue.Le droit n'est pas le droit‖ seulement ici-bas ;Les morts sont des vivants‖ mêlés à nos combats,Ayant tantôt le bien,‖ tantôt le mal pour cibles ;Parfois on sent passer‖ leurs flèches invisibles.Nous les croyons absents,‖ ils sont présents ; on sortDe la terre, des jours,‖ des pleurs, mais non du sort ;C'est un prolongement‖ sublime que la tombe.On y monte étonné‖ d'avoir cru qu'on y tombe.Comme dans plus d'azur‖ l'hirondelle émigrant,On entre plus heureux‖ dans un devoir plus grand ;On voit l'utile avec‖ le juste parallèle ;Et l'on a de moins l'ombre‖ et l'on a de plus l'aile.O mon fils béni, sers‖ la France, du milieuDe ce gouffre d'amour‖ que nous appelons Dieu ;Ce n'est pas pour dormir‖ qu'on meurt, non, c'est pour faireDe plus haut ce que fait‖ en bas notre humble sphère ;C'est pour le faire mieux,‖ c'est pour le faire bien.Nous n'avons que le but,‖ le ciel a le moyen.La mort est un passage‖ où pour grandir tout change ;Qui fut sur terre athlète‖ est dans l'abîme archange ;Sur terre on est borné,‖ sur terre on est banni ;Mais là-haut nous croissons‖ sans gêner l'infini ;L'âme y peut déployer‖ sa subite envergure ;C'est en perdant son corps‖ qu'on reprend sa figure.Va donc, mon fils ! va donc,‖ esprit ! deviens flambeau.Rayonne. Entre en planant‖ dans l'immense tombeau !Sers la France. Car Dieu‖ met en elle un mystère,Car tu sais maintenant‖ ce qu'ignore la terre,Car la vérité brille‖ où l'éternité luit,Car tu vois la lumière‖ et nous voyons la nuit.

Paris,18 mars.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
34((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a s'incline / colline féminine, classiqueb vivant / vent masculine, classiquec pense / silence féminine, classiquea tombeau / beau masculine, classiqueb visage / passage féminine, classiquea douceur / l'envahisseur masculine, classiqueb rougie / orgie féminine, classiquec commandeur / grandeur masculine, classiqued homme / Rome féminine, classiquee dompté / bonté masculine, classiquef juste / aime / auguste féminine, classiqueb révolutions / rayons masculine, classiquec affreuse / creuse féminine, classiqued fils / défis masculine, classiquee prospère / père féminine, classiquef toi / foi masculine, classiqueb réclame / âme féminine, classiquec adieu / bleu masculine, classiqued inconnue / continue féminine, classiquee ici-bas / combats masculine, classiquef cibles / invisibles féminine, classiqueg sort masculine, classiqueh tombe féminine, classiquei émigrant / grand masculine, classiquej parallèle / l'aile féminine, classiquek milieu / Dieu masculine, classiquel faire / sphère féminine, classiquem bien / moyen masculine, classiquen change / archange féminine, classiqueo banni / l'infini masculine, classiquep envergure / figure féminine, classiqueq flambeau / tombeau masculine, classiquer mystère / terre féminine, classiques luit / nuit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

69 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources