L’année terrible, 1872· Février
V. Loi de formation du progrès
Une dernière guerre !‖ hélas, il la faut ! oui.
Quoi ! le deuil triomphant,‖ le meurtre épanoui,Sont les conditions‖ de nos progrès ! Mystère !Quel est donc ce travail‖ étrange de la terre ?Quelle est donc cette loi‖ du développementDe l'homme par l'enfer,‖ la peine et le tourment ?Pour quelque but final‖ dont notre humble prunelleN'aperçoit même pas‖ la lueur éternelle,L'être des profondeurs‖ a-t-il donc décrété,Dans les azurs sans fond‖ de la sublimité,Que l'homme ne doit point‖ faire un pas qui n'enseigneDe quel pied il chancelle‖ et de quel flanc il saigne,Que la douleur est l'or‖ dont se paie ici-basLe bonheur acheté‖ par tant d'âpres combats ;Que toute Rome doit‖ commencer par un antre ;Que tout enfantement‖ doit déchirer le ventre ;Qu'en ce monde l'idée‖ aussi bien que la chairDoit saigner, et, touchée‖ en naissant par le fer,Doit avoir, pour le deuil‖ comme pour l'espérance,Son mystérieux sceau‖ de vie et de souffranceDans cette cicatrice‖ auguste, le nombril ;Que l'œuf de l'avenir,‖ pour éclore en avril,Doit être déposé‖ dans une chose morte ;Qu'il faut que le bien naisse‖ et que l'épi mûr sorteDe cette plaie en fleur‖ qu'on nomme le sillon,Que le cri jaillit mieux‖ en mordant le bâillon ;Que l'homme doit atteindre‖ à des édens suprêmes,Dont la porte déjà,‖ dans l'ombre des problèmes,Apparaît radieuse‖ à ses yeux enflammés,Mais que les deux battants‖ en resteront fermés,Malgré le saint, le christ,‖ le prophète et l'apôtre,Si Satan n'ouvre l'un,‖ si Caïn n'ouvre l'autre ?
O contradictions‖ terribles ! d'un côtéOn voit la loi de paix,‖ de vie et de bontéPar-dessus l'infini‖ dans les prodiges luire ;Et de l'autre on écoute‖ une voix triste dire :— Penseurs, réformateurs,‖ porte-flambeaux, esprits,Lutteurs, vous atteindrez‖ l'idéal ! à quel prix ?Au prix du sang, des fers,‖ du deuil, des hécatombes.La route du progrès,‖ c'est le chemin des tombes. —
Voyez : le genre humain,‖ à cette heure oppriméPar les forces sans yeux‖ dont ce globe est formé,Doit vaincre la matière,‖ et, c'est là le problème,L'enchaîner, pour se mettre‖ en liberté lui-même.L'homme prend la nature‖ énorme corps à corps ;Mais comme elle résiste !‖ elle abat les plus forts.Derrière l'inconnu‖ la nuit se barricade ;Le monde entier n'est plus‖ qu'une vaste embuscade ;Tout est piège ; le sphinx,‖ avant d'être dompté,Empreint son ongle au flanc‖ de l'homme épouvanté ;Par moments il sourit‖ et fait des offres traîtres ;Les savants, les songeurs,‖ ceux qui sont les seuls prêtres,Cèdent à ces appels‖ funèbres et moqueurs ;L'énigme invite, embrasse‖ et brise ses vainqueurs ;Les éléments, du moins‖ ce qu'ainsi l'erreur nomme,Ont des attractions‖ redoutables sur l'homme ;La terre au flanc profond‖ tente Empédocle, et l'eauTente Jason, Diaz,‖ Gama, Marco Polo,Et Colomb que dirige‖ au fond des flots sonoresLe doigt du cavalier‖ sinistre des Açores ;Le feu tente Fulton,‖ l'air tente Montgolfier ;L'homme fait pour tout vaincre‖ ose tout défier.Maintenant regardez‖ les cadavres. La sommeDe tous les combattants‖ que le progrès consommeÉtonne le sépulcre‖ et fait rêver la mort.Combien d'infortunés‖ noyés dans leur effortPour atteindre à des bords‖ nouveaux et fécondables !Les découvertes sont‖ des filles formidablesQui dans leur lit tragique‖ étouffent leurs amants.O loi ! tous les tombeaux‖ contiennent des aimants ;Les grands cœurs ont l'amour‖ lugubre du martyre,Et le rayonnement‖ du précipice attire.
Ceux-ci sacrifiant,‖ ceux-là sacrifiés.
Cette croissance humaine‖ où vous vous confiezSur nos difformités‖ se développe et monte.Destin terrifiant !‖ tout sert, même la honte ;La prostitution‖ a sa fécondité ;Le crime a son emploi‖ dans la fatalité ;Étant corruption,‖ un germe y peut éclore.Ceci qu'on aime naît‖ de ceci qu'on déplore.Ce qu'on voit clairement,‖ c'est qu'on souffre. Pourquoi ?On entre dans le mieux‖ avec des cris d'effroi ;On sort presque à regret‖ du pire où l'on séjourne.Le genre humain gravit‖ un escalier qui tourneEt plonge dans la nuit‖ pour rentrer dans le jour ;On perd le bien de vue‖ et le mal tour à tour ;Le meurtre est bon ; la mort‖ sauve ; la loi moraleSe courbe et disparaît‖ dans l'obscure spirale.A de certains moments,‖ à Tyr comme à Sion,Ce qu'on prend pour le crime‖ est la punition ;Punition utile‖ et féconde, où surnageOn ne sait quelle vie‖ éclose du carnage.Les dalles de l'histoire,‖ avec leurs affreux tasDe trahisons, de vols,‖ d'ordures, d'attentats,Avec leur effroyable‖ encombrement de boueOù de tous les Césars‖ on voit passer la roue,Avec leurs Tigellins,‖ avec leurs Borgias,Ne seraient que l'étable‖ infâme d'Augias,La latrine et l'égout‖ du sort, sans le lavageDe sang que par instants‖ Dieu fait sur ce pavage.C'est dans le sang que Rome‖ et Venise ont fleuri.Du sang ! et l'on entend‖ dans l'histoire ce cri :— Une aile sort du ver‖ et l'un engendre l'autre.L'âge qui plane est fils‖ du siècle qui se vautre. —Le monde reverdit‖ dans le deuil, dans l'horreur ;Champ sombre dont Nemrod‖ est le dur laboureur !
Toute fleur est d'abord‖ fumier, et la natureCommence par manger‖ sa propre pourriture ;La raison n'a raison‖ qu'après avoir eu tort ;Pour avancer d'un pas‖ le genre humain se tord ;Chaque évolution‖ qu'il fait dans la tourmenteSemble une apocalypse‖ où quelqu'un se lamente.Ouvrage lumineux,‖ ténébreux ouvrier.
Sitôt que le char marche‖ il se met à crier.
L'esclavage est un pas‖ sur l'anthropophagie ;La guillotine, affreuse‖ et de meurtres rougie,Est un pas sur le croc,‖ le pal et le bûcher ;La guerre est un berger‖ tout autant qu'un boucher ;Cyrus crie : en avant !‖ tous les grands chefs d'armées,Trouant le genre humain‖ de routes enflammées,Ont une tache d'aube‖ au front, noirs éclaireurs ;Ils refoulent la nuit,‖ les brouillards, les erreurs,L'ombre, et le conquérant‖ est le missionnaireTerrible du rayon‖ qui contient le tonnerre.Sésostris vivifie‖ en tuant, GengiskanEst la lave féconde‖ et sombre du volcan,Alexandre ensemence,‖ Attila fertilise.Ce monde que l'effort‖ douloureux civilise,Cette création‖ où l'aube pleure et luit,Où rien n'éclôt qu'après‖ avoir été détruit,Où les accouplements‖ résultent des divorces,Où Dieu semble englouti‖ sous le chaos des forces,Où le bourgeon jaillit‖ du nœud qui l'étouffait,C'est du mal qui travaille‖ et du bien qui se fait.
Mais quelle ombre ! quels flots‖ de fumée et d'écume !Quelles illusions‖ d'optique en cette brume !Est-ce un libérateur,‖ ce tigre qui bondit ?Ce chef, est-ce un héros‖ ou bien est-ce un bandit ?Devinez. Qui le sait ?‖ dans ces profondeurs faitesDe crime et de vertu,‖ de meurtres et de fêtes,Trompé par ce qu'on voit‖ et par ce qu'on entend,Comment retrouver l'astre‖ en tant d'horreur flottant ?
De là vient qu'autrefois‖ tout semblait vain et trouble ;Tout semblait de la nuit‖ qui monte et qui redouble ;Le vaste écroulement‖ des faits tumultueux,Les combats, les assauts‖ traîtres et tortueux,Les Carthages, les Tyrs,‖ les Byzances, les Romes,Les catastrophes, chute‖ épouvantable d'hommes,Avaient l'air d'un tourment‖ stérile, et, se suivantComme la grêle suit‖ les colères du ventEt comme la chaleur‖ succède à la froidure,Semblaient ne dégager‖ qu'une loi : Rien ne dure.Les nations, courbant‖ la tête, n'avaient plusD'autre philosophie‖ en ces flux et refluxQue la rapidité‖ des chars passant sur elles ;Nul ne voyait le but‖ de ces vaines querelles ;Et Flaccus s'écriait :‖ — Puisque tout fuit, aimons,Vivons, et regardons‖ tomber l'ombre des monts ;Riez, chantez, cueillez‖ des grappes dans les treillesPour les pendre, ô Lydé,‖ derrière vos oreilles ;Ce peu de chose est tout.‖ Par Bacchus, sur le poidsDes héros, des glandeurs,‖ de la gloire et des rois,Je questionnerai‖ Caron, le passeur d'ombres ! —
Depuis on a compris.‖ Les foules et les nombresOnt perdu leur aspect‖ de chaos par degrés,Laissant vaguement voir‖ quelques points éclairés.
Quoi ! la guerre, le choc‖ alternatif et rudeDes batailles tombant‖ sur l'âpre multitude,Sur le choc triste et brut‖ des fauves nations,Quoi ! ces frémissements‖ et ces commotionsQue donne au droit qui naît,‖ au peuple qui se lève,La rencontre sonore‖ et féroce du glaive,Ce vaste tourbillon‖ d'étincelles qui sortDes combats, des héros‖ s'entre-heurtant, du sort,Ce tumulte insensé‖ des camps et des tueries,Quoi ! le piétinement‖ de ces cavaleries,Les escadrons couvrant‖ d'éclairs les régiments,Quoi ! ces coups de canon‖ battant ces murs fumants,Ces coups d'épieux, ces coups‖ d'estocs, ces coups de piques,Le retentissement‖ des cuirasses épiques,Ces victoires broyant‖ les hommes, cet enfer,Quoi ! les sabres sonnant‖ sur les casques de fer,L'épouvante, les cris‖ des mourants qu'on égorge…— C'est le bruit des marteaux‖ du progrès dans la forge.— Hélas
En même temps, l’infini, qui connaîtL'endroit où chaque cause‖ aboutit, et qui n'estQu'une incommensurable‖ et haute conscience,Faite d'immensité,‖ de paix, de patience,Laisse, sachant le but,‖ choisissant le moyen,Souvent, hélas ! le mal‖ se faire avec du bien ;Telle est la profondeur‖ de l'ordre ; obscur, suprême,Tranquille, et s'affirmant‖ par ses démentis même.C’est ainsi qu’un bandit de Marc-Aurèle est né ;C'est ainsi que, hideux,‖ devant l'homme étonné,Le ciel y consentant,‖ avec le Christ auguste,Avec la loi d'un saint,‖ avec la mort d'un juste,Avec ces mots si doux :‖ — Nourris quiconque a faim.— Aime autrui comme toi.‖ — Ne fais pas au prochainCe que tu ne veux pas‖ qu'à toi-même on te fasse. —Avec cette morale‖ où tout est vie et grâce,Avec ces dogmes pris‖ au plus serein des cieux,Loyola construisit‖ son piège monstrueux ;Sombre araignée à qui‖ Dieu, pour tisser sa toile,Donnait des fils d'aurore‖ et des rayons d'étoile.
Et même, en regardant‖ plus haut, quel est celuiQui s'écriera : — Je suis‖ l'astre, et j'ai toujours lui ;Je n'ai jamais failli,‖ jamais péché ; j'ignoreLes coups du tentateur‖ à ma vitre sonore ;Je suis sans faute. — Est-il‖ un juste audacieuxQui s'ose affirmer pur‖ devant l'azur des cieux ?L'homme a beau faire, il faut‖ qu'il cède à sa nature ;Une femme l'émeut,‖ dénouant sa ceinture,Il boit, il mange, il dort,‖ il a froid, il a chaud ;Parfois la plus grande âme‖ et le cœur le plus hautSuccombe aux appétits‖ d'en bas ; et l'esprit quêteLes satisfactions‖ immondes de la bête,Regarde à la fenêtre‖ obscène, et va, les soirs,Rôder de honte en honte‖ au seuil des bouges noirs.— Oui, c'est la porte abjecte,‖ et cependant j'y passe,Dit Caton à voix haute‖ et Jean-Jacque à voix basse.La Syrienne chante‖ à Virgile évohé ;Socrate aime Aspasie,‖ Horace suit Chloé ;Tout homme est le sujet‖ de la chair misérable ;Le corps est condamné,‖ le sang est incurable ;Pas un sage n'a pu‖ se dire, en vérité,Guéri de la nature‖ et de l'humanité.
Mal, bien, tel est le triste‖ et difforme mélange.Le bien est un linceul‖ en même temps qu'un lange ;Si le mal est sépulcre,‖ il est aussi berceau ;Ils naissent l'un de l'autre,‖ et la vie est leur sceau.Les philosophes pleins‖ de crainte ou d'espéranceSongent et n'ont entre eux‖ pas d'autre différence,En révélant l'éden,‖ et même en le prouvant,Que le voir en arrière‖ ou le voir en avant.Les sages du passé‖ disent : — L'homme recule ;Il sort de la lumière,‖ il entre au crépuscule,L'homme est parti de tout‖ pour naufrager dans rien.Ils disent : bien et mal.‖ Nous disons : mal et bien.
Mal et bien, est-ce là‖ le mot ? le chiffre unique ?Le dogme ? est-ce d'Isis‖ la dernière tunique ?Mal et bien, est-ce là‖ toute la loi ? — La loi !Qui la connaît ? Quelqu'un‖ parmi nous, hors de soiComme en soi, sous l'amas‖ de farts, d'époques, d'âges,A-t-il percé ce gouffre‖ et fait ces grands sondages ?Quelqu'un démêle-t-il‖ le germe originel ?Quelqu'un voit-il le point‖ extrême du tunnel ?Quelqu'un voit-il la base‖ et voit-il la toiture ?Avons-nous seulement‖ pénétré la nature ?Qu'est-ce que la lumière‖ et qu'est-ce que l'aimant ?Qu'est le cerveau ? de quoi‖ se fait le mouvement ?D'où vient que la chaleur‖ manque aux rayons de lune ?O nuit, qu'est-ce qu'une âme ?‖ un astre en est-il une ?Le parfum est-il l'âme‖ errante du pistil ?Une fleur souffre-t-elle ?‖ un rocher pense-t-il ?Qu'est-ce que l'Onde ? Etnas,‖ Cotopaxis, Vésuves,D'où vient le flamboiement‖ de vos énormes cuves ?Où donc est la poulie‖ et la corde et le seauQui pendent dans ton puits,‖ ô noir Chimborazo ?Vivants ! distinguons-nous‖ une chose d'un être ?Qu'est-ce que mourir ? dis,‖ mortel ! qu'est-ce que naître ?Vous demandez d'un fait :‖ Est-ce toute la loi ?Voyons, qui que tu sois,‖ toi qui parles, dis-moi,Qu'es-tu ? Tu veux sonder‖ l'abîme ? Es-tu de forceA scruter le travail‖ des sèves sous l'écorce ;A guetter, dans la nuit‖ des filons souterrains,L'hymen de l'eau terrestre‖ avec les flots marinsEt la formation‖ des métaux ; à poursuivreDans leurs antres le plomb,‖ le mercure et le cuivre,Si bien que tu pourrais‖ dire : Voici commentL'or se fait dans la terre‖ et l'aube au firmament !Le peux-tu ? parle. Non.‖ Eh bien, sois économeD'axiomes sur Dieu,‖ de sentences sur l'homme,Et ne prononce pas‖ d'arrêts dans l'infini.Et qui donc ici-bas,‖ qui, maudit ou béni,Peut de quoi que ce soit,‖ farce, âme, esprit, matière,Dire : — Ce que j'ai là,‖ c'est la loi tout entière ;Ceci, c'est Dieu, complet,‖ avec tous ses rayons ;Mettez-le-moi bien vite‖ en vos collections,Et tirez le verrou‖ de peur qu'il ne s'échappe. —Savant dans son usine‖ ou prêtre sous sa chape,Qui donc nous montrera‖ le sort des deux côtés ?Qui se promènera‖ dans les éternités,Comme dans les jardins‖ de Versailles Lenôtre ?Qui donc mesurera‖ l'ombre d'un bout à l'autre,Et la vie et la tombe,‖ espaces inouïsOù le monceau des jours‖ meurt sous l'amas des nuits,Où de vagues éclairs‖ dans les ténèbres glissent,Où les extrémités‖ des lois s'évanouissent !
Que cette obscure loi‖ du progrès dans le deuil,Du succès dans la chute‖ et du port dans l'écueil,Soit vraie ou fausse, absurde‖ et folle, ou démontrée ;Que, dragon, de l'éden‖ elle garde l'entrée,Ou ne soit qu'un mirage‖ informe, le certainC'est que, devant l'énigme‖ et devant le destin,Les plus fermes parfois‖ s'étonnent et fléchissent.A peine dans la nuit‖ quelques cimes blanchissentQue la brume a déjà‖ repris d'autres sommets ;De grands monts, qui semblaient‖ lumineux à jamais,Qu'on croyait délivrés‖ de l'abîme, s'y dressent,Mais noirs, et, lentement‖ effacés, disparaissent.Toutes les vérités‖ se montrent un moment,Puis se voilent ; le verbe‖ avorte en bégaiement ;Le jour, si c'est du jour‖ que cette clarté sombre,N'a l'air de se lever‖ que pour regarder l'ombre ;On ne voit plus le phare ;‖ on ne sait que penser ;Vient-on de reculer,‖ ou vient-on d'avancer ?Oh ! dans l'ascension‖ humaine, que la marcheEst lente, et comme on sent‖ la pesanteur de l'arche !Comme ceux qui de tous‖ portent les intérêtsOnt l'épaule meurtrie‖ aux angles du progrès !Comme tout se défait‖ et retombe à mesure !Pas de principe acquis ;‖ pas de conquête sûre ;A l'instant où l'on croit‖ l'édifice achevé,Il s'écroule, écrasant‖ celui qui l'a rêvé ;Le plus grand siècle peut‖ avoir son heure immonde ;Parfois sur tous les points‖ du globe un fléau gronde,Et l'homme semble pris‖ d'un accès de fureur.L'européen, ce frère‖ aîné, joute d'honneurAvec le caraïbe,‖ avec le malabare ;L'anglais civilisé‖ passe l'indou barbare ;O pugilat hideux‖ de Londre et de Delhy !Le but humain s'éclipse‖ en un infâme oubli.Il est nuit du Danube‖ au Nil, du Gange à l'Èbre.Fête au nord ; c'est la mort‖ du midi qu'on célèbre.Europe, dit Berlin,‖ ris, la France n'est plus !O genre humain, malgré‖ tant d'âges révolus,Ta vieille loi de haine‖ est toujours la plus forte ;L'évangile est toujours‖ la grande clarté morte,Le jour fuit, la paix saigne,‖ et l'amour est proscrit,Et l'on n'a pas encor‖ décloué Jésus-Christ.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 165((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a oui / épanoui masculine, classiqueb Mystère / terre féminine, classiquec développement / tourment masculine, classiqued prunelle / éternelle féminine, classiquee décrété / sublimité masculine, classiquef n'enseigne / saigne féminine, classiqueg ici-bas / combats masculine, classiqueh antre / ventre féminine, classiquei chair / fer masculine, classiquej l'espérance / souffrance féminine, classiquek nombril / avril masculine, classiquel morte / sorte féminine, classiquem sillon / bâillon masculine, classiquen suprêmes / problèmes féminine, classiqueo enflammés / fermés masculine, classiquep l'apôtre / l'autre féminine, classiquea côté / bonté masculine, classiqueb luire / dire féminine, classiquec esprits / prix masculine, classiqued hécatombes / tombes féminine, classiquea opprimé / formé masculine, classiqueb problème / lui-même féminine, classiquec corps / forts masculine, classiqued barricade / embuscade féminine, classiquee dompté / épouvanté masculine, classiquef traîtres / prêtres féminine, classiqueg moqueurs / vainqueurs masculine, classiqueh nomme / l'homme féminine, classiquei l'eau / Polo masculine, classiquej sonores / Açores féminine, classiquek Montgolfier / défier masculine, classiquel somme / consomme féminine, classiquem mort / effort masculine, classiquen fécondables / formidables féminine, classiqueo amants / aimants masculine, classiquep martyre / attire féminine, classiquea sacrifiés / confiez masculine, classiqueb monte / honte féminine, classiquec fécondité / fatalité masculine, classiqued éclore / déplore féminine, classiquee Pourquoi / d'effroi masculine, classiquef séjourne / tourne féminine, classiqueg jour / tour masculine, classiqueh morale / spirale féminine, classiquei Sion / punition masculine, classiquej surnage / carnage féminine, classiquek tas / d'attentats masculine, classiquel boue / roue féminine, classiquem Borgias / d'Augias masculine, classiquen lavage / pavage féminine, classiqueo fleuri / cri masculine, classiquep l'autre / vautre féminine, classiqueq l'horreur / laboureur masculine, classiquea nature / pourriture féminine, classiqueb tort / tord masculine, classiquec tourmente / lamente féminine, classiqued ouvrier / crier masculine, classiquea l'anthropophagie / rougie féminine, classiqueb bûcher / boucher masculine, classiquec d'armées / enflammées féminine, classiqued éclaireurs / erreurs masculine, classiquee missionnaire / tonnerre féminine, classiquef Gengiskan / volcan masculine, classiqueg fertilise / civilise féminine, classiqueh luit / détruit masculine, classiquei divorces / forces féminine, classiquej l'étouffait / fait masculine, classiquea d'écume / brume féminine, classiqueb bondit / bandit masculine, classiquec faites / fêtes féminine, classiqued entend / flottant masculine, classiquea trouble / redouble féminine, classiqueb tumultueux / tortueux masculine, classiquec Romes / d'hommes féminine, classiqued suivant / vent masculine, classiquee froidure / dure féminine, classiquef plus / reflux masculine, classiqueg elles / querelles féminine, classiqueh aimons / monts masculine, classiquei treilles / oreilles féminine, classiquej poids / rois masculine, classiquek d'ombres / nombres féminine, classiqueb degrés / éclairés masculine, classiquea rude / multitude féminine, classiqueb nations / commotions masculine, classiquec lève / glaive féminine, classiqued sort masculine, classiquee tueries / cavaleries féminine, classiquef régiments / fumants masculine, classiqueg piques / épiques féminine, classiqueh enfer / fer masculine, classiquei égorge / forge féminine, classiquea Hélas / connaît / n'est masculine, classiqueb conscience / patience féminine, classiquec moyen / bien masculine, classiqued suprême / même féminine, classiquee né / étonné masculine, classiquef auguste / juste féminine, classiqueg faim / prochain masculine, classiqueh fasse / grâce féminine, classiquei cieux / monstrueux masculine, classiquej toile / d'étoile féminine, classiquea celui / lui masculine, classiqueb j'ignore / sonore féminine, classiquec audacieux / cieux masculine, classiqued nature / ceinture féminine, classiquee chaud / haut masculine, classiquef quête / bête féminine, classiqueg soirs / noirs masculine, classiqueh passe / basse féminine, classiquei évohé / Chloé masculine, classiquej misérable / incurable féminine, classiquek vérité / l'humanité masculine, classiquea mélange / lange féminine, classiqueb berceau / sceau masculine, classiquec d'espérance / différence féminine, classiqued prouvant / avant masculine, classiquee recule / crépuscule féminine, classiquef rien / bien masculine, classiquea unique / tunique féminine, classiqueb loi / soi masculine, classiquec d'âges / sondages féminine, classiqued originel / tunnel masculine, classiquee toiture / nature féminine, classiquef l'aimant / mouvement masculine, classiqueg lune / une féminine, classiqueh pistil / pense-t-il masculine, classiquei Vésuves / cuves féminine, classiquej seau / Chimborazo masculine, classiquek être / naître féminine, classiquel loi / dis-moi masculine, classiquem force / l'écorce féminine, classiquen souterrains / marins masculine, classiqueo poursuivre / cuivre féminine, classiquep comment / firmament masculine, classiqueq économe / l'homme féminine, classiquer l'infini / béni masculine, classiques matière / entière féminine, classiquet rayons / collections masculine, classiqueu s'échappe / chape féminine, classiquev côtés / éternités masculine, classiquew Lenôtre / l'autre féminine, classiquex inouïs / nuits masculine, classiquey glissent / s'évanouissent féminine, classiquea deuil / l'écueil masculine, classiqueb démontrée / l'entrée féminine, classiquec certain / destin masculine, classiqued fléchissent / blanchissent féminine, classiquee sommets / jamais masculine, classiquef dressent / disparaissent féminine, classiqueg moment / bégaiement masculine, classiqueh sombre / l'ombre féminine, classiquei penser / d'avancer masculine, classiquej marche / l'arche féminine, classiquek intérêts / progrès masculine, classiquel mesure / sûre féminine, classiquem achevé / rêvé masculine, classiquen immonde / gronde féminine, classiqueo fureur / d'honneur masculine, classiquep malabare / barbare féminine, classiqueq Delhy / oubli masculine, classiquer l'Èbre / célèbre féminine, classiques plus / révolus masculine, classiquet forte / morte féminine, classiqueu proscrit / Jésus-Christ masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
331 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources