L’art d’être grand-père, 1877· X Enfants, oiseaux et fleurs
III. Dans le jardin
Jeanne et Georges sont là.‖ Le noir ciel orageuxDevient rose, et répand‖ l'aurore sur leurs jeux ;Ô beaux jours ! Le printemps‖ auprès de moi s'empresse ;Tout verdit ; la forêt‖ est une enchanteresse ;L'horizon change, ainsi‖ qu'un décor d'opéra ;Appelez ce doux mois‖ du nom qu'il vous plaira,C'est mai, c'est floréal ;‖ c'est l'hyménée augusteDe la chose tremblante‖ et de la chose juste,Du nid et de l'azur,‖ du brin d'herbe et du ciel ;C'est l'heure où tout se sent‖ vaguement éternel ;C'est l'éblouissement,‖ c'est l'espoir, c'est l'ivresse ;La plante est une femme,‖ et mon vers la caresse ;C'est, grâce aux frais glaïeuls,‖ grâce aux purs liserons,La vengeance que nous‖ poètes nous tironsDe cet affreux janvier,‖ si laid ; c'est la revancheQu'avril contre l'hiver‖ prend avec la pervenche ;Courage, avril ! Courage,‖ ô mois de mai ! Ciel bleu,Réchauffe, resplendis,‖ sois beau ! Bravo, bon Dieu !Ah ! jamais la saison‖ ne nous fait banqueroute.L'aube passe en semant‖ des roses sur sa route.Flamme ! ombre ! tout est plein‖ de ténèbres et d'yeux ;Tout est mystérieux‖ et tout est radieux ;Qu'est-ce que l'alcyon‖ cherche dans les tempêtes ?L'amour ; l'antre et le nid‖ ayant les mêmes fêtes,Je ne vois pas pourquoi‖ l'homme serait honteuxDe ce que les lions‖ pensifs ont devant eux,De l'amour, de l'hymen‖ sacré, de toi, nature !Tout cachot aboutit‖ à la même ouverture,La vie ; et toute chaîne,‖ à travers nos douleurs,Commence par l'airain‖ et finit par les fleurs.C'est pourquoi nous avons‖ d'abord la haine infâme,La guerre, les tourments,‖ les fléaux, puis la femme,La nuit n'ayant pour but‖ que d'amener le jour.Dieu n'a fait l'univers‖ que pour faire l'amour.Toujours, comme un poète‖ aime, comme les sagesN'ont pas deux vérités‖ et n'ont pas deux visages,J'ai laissé la beauté,‖ fier et suprême attrait,Vaincre, et faire de moi‖ tout ce qu'elle voudrait ;Je n'ai pas plus caché‖ devant la femme nueMes transports, que devant‖ l'étoile sous la nueEt devant la blancheur‖ du cygne sur les eaux.Car dans l'azur sans fond‖ les plus profonds oiseauxChantent le même chant,‖ et ce chant, c'est la vie.Sois puissant, je te plains ;‖ sois aimé, je t'envie.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a orageux / jeux masculine, classiqueb s'empresse / enchanteresse féminine, classiquec d'opéra / plaira masculine, classiqued auguste / juste féminine, classiquee ciel / éternel masculine, classiquef l'ivresse / caresse féminine, classiqueg liserons / tirons masculine, classiqueh revanche / pervenche féminine, classiquei bleu / Dieu masculine, classiquej banqueroute / route féminine, classiquek d'yeux / radieux masculine, classiquel tempêtes / fêtes féminine, classiquem honteux / eux masculine, classiquen nature / ouverture féminine, classiqueo douleurs / fleurs masculine, classiquep infâme / femme féminine, classiqueq jour / l'amour masculine, classiquer sages / visages féminine, classiques attrait / voudrait masculine, classiquet nue féminine, classiqueu eaux / oiseaux masculine, classiquev vie / t'envie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources