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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’art d’être grand-père, 1877· I A Guernesey

I. L’exilé satisfait

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 48 vers

Solitude ! silence !‖ oh ! le désert me tente.L'âme s'apaise là,‖ sévèrement contente ;Là d'on ne sait quelle ombre‖ on se sent l'éclaireur.Je vais dans les forêts‖ chercher la vague horreur ;La sauvage épaisseur‖ des branches me procureUne sorte de joie‖ et d'épouvante obscure ;Et j'y trouve un oubli‖ presque égal au tombeau.Mais je ne m'éteins pas ;‖ on peut rester flambeauDans l'ombre, et, sous le ciel,‖ sous la crypte sacrée,Seul, frissonner au vent‖ profond de l'empyrée.Rien n'est diminué‖ dans l'homme pour avoirJeté la sonde au fond‖ ténébreux du devoir.Qui voit de haut, voit bien ;‖ qui voit de loin, voit juste.La conscience sait‖ qu'une croissance augusteEst possible pour elle,‖ et va sur les hauts lieuxRayonner et grandir,‖ loin du monde oublieux.Donc je vais au désert,‖ mais sans quitter le monde.

Parce qu'un songeur vient,‖ dans la forêt profondeOu sur l'escarpement‖ des falaises, s'asseoirTranquille et méditant‖ l'immensité du soir,Il ne s'isole point‖ de la terre où nous sommes.Ne sentez-vous donc pas‖ qu'ayant vu beaucoup d'hommesOn a besoin de fuir‖ sous les arbres épais,Et que toutes les soifs‖ de vérité, de paix,D'équité, de raison‖ et de lumière, augmententAu fond d'une âme, après‖ tant de choses qui mentent ?

Mes frères ont toujours‖ tout mon cœur, et, lointainMais présent, je regarde‖ et juge le destin ;Je tiens, pour compléter‖ l'âme humaine ébauchée,L'urne de la pitié‖ sur les peuples penchée,Je la vide sans cesse‖ et je l'emplis toujours.Mais je prends pour abri‖ l'ombre des grands bois sourds.

Oh ! j'ai vu de si près‖ les foules misérables,

Les cris, les chocs, l'affront‖ aux têtes vénérables,Tant de lâches grandis‖ par les troubles civils,Des juges qu'on eût dû‖ juger, des prêtres vilsServant et souillant Dieu,‖ prêchant pour, prouvant contre,J'ai tant vu la laideur‖ que notre beauté montre,Dans notre bien le mal,‖ dans notre vrai le faux,Et le néant passant‖ sous nos arcs triomphaux,J'ai tant vu ce qui mord,‖ ce qui fuit, ce qui ploieQue, vieux, faible et vaincu,‖ j'ai désormais pour joieDe rêver immobile‖ en quelque sombre lieu ;Là, saignant, je médite ;‖ et, lors même qu'un dieuM'offrirait pour rentrer‖ dans les villes la gloire,La jeunesse, l'amour,‖ la force, la victoire,Je trouve bon d'avoir‖ un trou dans les forêts,Car je ne sais pas trop‖ si je consentirais.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a tente / contente féminine, classiqueb l'éclaireur / horreur masculine, classiquec procure / obscure féminine, classiqued tombeau / flambeau masculine, classiquee sacrée / l'empyrée féminine, classiquef avoir / devoir masculine, classiqueg juste / auguste féminine, classiqueh lieux / oublieux masculine, classiquei monde / profonde féminine, classiqueb s'asseoir / soir masculine, classiquec sommes / d'hommes féminine, classiqued épais / paix masculine, classiquee augmentent / mentent féminine, classiquea lointain / destin masculine, classiqueb ébauchée / penchée féminine, classiquec toujours / sourds masculine, classiquea misérables / vénérables féminine, classiqueb civils / vils masculine, classiquec contre / montre féminine, classiqued faux / triomphaux masculine, classiquee ploie / joie féminine, classiquef lieu / dieu masculine, classiqueg gloire / victoire féminine, classiqueh forêts / consentirais masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources