L’art d’être grand-père, 1877· I A Guernesey
VIII. Lætitia Rerum
Tout est pris d'un frisson subit.L'hiver s'enfuit et se dérobe.L'année ôte son vieil habit ;La terre met sa belle robe.
Tout est nouveau, tout est debout ;L'adolescence est dans les plaines ;La beauté du diable, partout,Rayonne et se mire aux fontaines.
L'arbre est coquet ; parmi les fleursC'est à qui sera la plus belle ;Toutes étalent leurs couleurs,Et les plus laides ont du zèle.
Le bouquet jaillit du rocher ;L'air baise les feuilles légères ;Juin rit de voir s'endimancherLe petit peuple des fougères.
C'est une fête en vérité,Fête où vient le chardon, ce rustre ;Dans le grand palais de l'étéLes astres allument le lustre.
On fait les foins. Bientôt les blés.Le faucheur dort sous la cépée ;Et tous les souffles sont mêlésD'une senteur d'herbe coupée.
Qui chante là ? Le rossignol.Les chrysalides sont parties.Le ver de terre a pris son volEt jeté le froc aux orties ;
L'aragne sur l'eau fait des ronds ;Ô ciel bleu ! l'ombre est sous la treille ;Le jonc tremble, et les moucheronsViennent vous parler à l'oreille ;
On voit rôder l'abeille à jeun,La guêpe court, le frelon guette ;A tous ces buveurs de parfumLe printemps ouvre sa guinguette.
Le bourdon, aux excès enclinEntre en chiffonnant sa chemise ;Un œillet est un verre pleinUn lys est une nappe mise.
La mouche boit le vermillonEt l'or dans les fleurs demi-closes,Et l'ivrogne est le papillon,Et les cabarets sont les roses.
De joie et d'extase on s'emplit,L'ivresse, c'est la délivrance ;Sur aucune fleur on ne lit :Société de tempérance.
Le faste providentielPartout brille, éclate et s'épancheEt l'unique livre, le ciel,Est par l'aube doré sur tranche.
Enfants, dans vos yeux éclatantsJe crois voir l'empyrée éclore ;Vous riez comme le printempsEt vous pleurez comme l'aurore.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a subit / habit masculine, classiqueb dérobe / robe féminine, classiquea debout / partout masculine, classiqueb plaines / fontaines féminine, classiquea fleurs / couleurs masculine, classiqueb belle / zèle féminine, classiquea rocher / s'endimancher masculine, classiqueb légères / fougères féminine, classiquea vérité / l'été masculine, classiqueb rustre / lustre féminine, classiquea blés / mêlés masculine, classiqueb cépée / coupée féminine, classiquea rossignol / vol masculine, classiqueb parties / orties féminine, classiquea ronds / moucherons masculine, classiqueb treille / l'oreille féminine, classiquea jeun / parfum masculine, classiqueb guette / guinguette féminine, classiquea enclin / plein masculine, classiqueb chemise / mise féminine, classiquea vermillon / papillon masculine, classiqueb demi-closes / roses féminine, classiquea s'emplit / lit masculine, classiqueb délivrance / tempérance féminine, classiquea providentiel / ciel masculine, classiqueb s'épanche / tranche féminine, classiquea éclatants / printemps masculine, classiqueb éclore / l'aurore féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources