L’art d’être grand-père, 1877· I A Guernesey
X. Printemps
Tout rayonne, tout luit,‖ tout aime, tout est doux ;Les oiseaux semblent d'air‖ et de lumière fous ;L'âme dans l'infini‖ croit voir un grand sourire.À quoi bon exiler,‖ rois ? à quoi bon proscrire ?Proscrivez-vous l'été ?‖ m'exilez-vous des fleurs ?Pouvez-vous empêcher‖ les souffles, les chaleurs,Les clartés, d'être là,‖ sans joug, sans fin, sans nombre,Et de me faire fête,‖ à moi banni, dans l'ombre ?Pouvez-vous m'amoindrir‖ les grands flots haletants,L'océan, la joyeuse‖ écume, le printempsJetant les parfums comme‖ un prodigue en démence,Et m'ôter un rayon‖ de ce soleil immense ?Non. Et je vous pardonne.‖ Allez, trônez, vivez,Et tâchez d'être rois‖ longtemps, si vous pouvez.Moi, pendant ce temps-là,‖ je maraude, et je cueille,Comme vous un empire,‖ un brin de chèvrefeuille,Et je l'emporte, ayant‖ pour conquête une fleur.Quand, au-dessus de moi,‖ dans l'arbre, un querelleur,Un mâle, cherche noise‖ à sa douce femelle,Ce n'est pas mon affaire‖ et pourtant je m'en mêle,Je dis : Paix là, messieurs‖ les oiseaux, dans les bois !Je les réconcilie‖ avec ma grosse voix ;Un peu de peur qu'on fait‖ aux amants les rapproche.Je n'ai point de ruisseau,‖ de torrent, ni de roche ;Mon gazon est étroit,‖ et, tout près de la mer,Mon bassin n'est pas grand,‖ mais il n'est pas amer.Ce coin de terre est humble‖ et me plaît ; car l'espaceEst sur ma tête, et l'astre‖ y brille, et l'aigle y passe,Et le vaste Borée‖ y plane éperdument.Ce parterre modeste‖ et ce haut firmamentSont à moi ; ces bouquets,‖ ces feuillages, cette herbeM'aiment, et je sens croître‖ en moi l'oubli superbe.Je voudrais bien savoir‖ comment je m'y prendraisPour me souvenir, moi‖ l'hôte de ces forêtsQu'il est quelqu'un, là-bas,‖ au loin, sur cette terre,Qui s'amuse à proscrire,‖ et règne, et fait la guerre,Puisque je suis là seul‖ devant l'immensité,Et puisqu'ayant sur moi‖ le profond ciel d'étéOù le vent souffle avec‖ la douceur d'une lyre,J'entends dans le jardin‖ les petits enfants rire.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a doux / fous masculine, classiqueb sourire / proscrire féminine, classiquec fleurs / chaleurs masculine, classiqued nombre / l'ombre féminine, classiquee haletants / printemps masculine, classiquef démence / immense féminine, classiqueg vivez / pouvez masculine, classiqueh cueille / chèvrefeuille féminine, classiquei fleur / querelleur masculine, classiquej femelle / mêle féminine, classiquek bois / voix masculine, classiquel rapproche / roche féminine, classiquem mer / amer masculine, classiquen l'espace / passe féminine, classiqueo éperdument / firmament masculine, classiquep herbe / superbe féminine, classiqueq prendrais / forêts masculine, classiquer terre / guerre féminine, classiques l'immensité / d'été masculine, classiquet lyre / rire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources