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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’art d’être grand-père, 1877· XV Laus Puero

IX. « Que voulez-vous ? L'enfant me tient en sa puissance  »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 89 vers

Que voulez-vous ? L'enfant‖ me tient en sa puissance ;Je finis par ne plus‖ aimer que l'innocence ;Tous les hommes sont cuivre‖ et plomb, l'enfance est or.J'adore Astyanax et‖ je gourmande Hector.Es-tu sûr d'avoir fait‖ ton devoir envers Troie ?Mon ciel est un azur,‖ qui, par instants, foudroie.Bonté, fureur, c'est là‖ mon flux et mon reflux,Et je ne suis borné‖ d'aucun côté, pas plusQuand ma bouche sourit‖ que lorsque ma voix gronde ;Je me sens plein d'une âme‖ étoilée et profonde ;Mon cœur est sans frontière,‖ et je n'ai pas d'endroitOù finisse l'amour‖ des petits, et le droitDes faibles, et l'appui‖ qu'on doit aux misérables ;Si c'est un mal, il faut‖ me mettre aux Incurables.Je ne vois pas qu'allant‖ du ciel au genre humain,Un rayon de soleil‖ s'arrête à mi-chemin ;La modération‖ du vrai m'est inconnue ;Je veux le rire franc,‖ je veux l'étoile nue.Je suis vieux, vous passez,‖ et moi, triste ou content,J'ai la paternité‖ du siècle sur l'instant.Trouvez-moi quelque chose,‖ et quoi que ce puisse êtreD'extrême, appartenant‖ à mon emploi d'ancêtre,Blâme aux uns ou secours‖ aux autres, je le fais.Un jour, je fus parmi‖ les vainqueurs, j'étouffais ;Je sentais à quel point‖ vaincre est impitoyable ;Je pris la fuite. Un roc,‖ une plage de sableM'accueillirent. La Mort‖ vint me parler. « Proscrit,Me dit-elle, salut !‖ » Et quelqu'un me sourit,Quelqu'un de grand qui rêve‖ en moi, ma conscience.Et j'aimai les enfants,‖ ne voyant que l'enfance,Ô ciel mystérieux,‖ qui valût mieux que moi.L'enfant, c'est de l'amour‖ et de la bonne foi.Le seul être qui soit‖ dans cette sombre viePetit avec grandeur‖ puisqu'il l'est sans envie,C’est l’enfant.

C’est pourquoi j’aime ces passereaux.

Pourtant, ces myrmidons‖ je les rêve héros.France, j'attends qu'ils soient‖ au devoir saisissables.Dès que nos fils sont grands,‖ je les sens responsables ;Je cesse de sourire ;‖ et je me dis qu'il fautLivrer une bataille‖ immense à l'échafaud,Au trône, au sceptre, au glaive,‖ aux Louvres, aux repaires.Je suis tendre aux petits,‖ mais rude pour les pères.C'est ma façon d'aimer‖ les hommes faits ; je veuxQu'on pense à la patrie,‖ empoignée aux cheveuxEt par les pieds traînée‖ autour du camp vandale ;Lorsqu'à Rome, à Berlin,‖ la bête féodaleRenaît et rouvre, affront‖ pour le soleil levant,Deux gueules qui d'ailleurs‖ s'entremordent souvent,Je m'indigne. Je sens,‖ ô suprême souffrance,La diminution‖ tragique de la France,Et j'accuse quiconque‖ a la barbe au menton ;Quoi ! ce grand imbécile‖ a l'âge de Danton !Quoi ! ce drôle est Jocrisse‖ et pourrait être Hoche !Alors l'aube à mes yeux‖ surgit comme un reproche,Tout s'éclipse, et je suis‖ de la tombe envieux.Morne, je me souviens‖ de ce qu'ont fait les vieux ;Je songe à l'océan‖ assiégeant les falaises,Au vaste écroulement‖ qui suit les Marseillaises,Aux portes de la nuit,‖ aux Hydres, aux dragons,A tout ce que ces preux‖ ont jeté hors des gonds !Je les revois mêlant‖ aux éclairs leur bannière ;Je songe à la joyeuse‖ et farouche manièreDont ils tordaient l'Europe‖ entre leurs poings d'airain ;Oh ! ces soldats du Nil,‖ de l'Argonne et du Rhin,Ces lutteurs, ces vengeurs,‖ je veux qu'on les imite !Je vous le dis, je suis‖ un aïeul sans limite ;Après l'ange je veux‖ l'archange au firmament ;Moi grand-père indulgent,‖ mais ancêtre inclément,Aussi doux d'un côté‖ que sévère de l'autre,J'aime la gloire énorme‖ et je veux qu'on s'y vautreQuand cette gloire est sainte‖ et sauve mon pays !Dans les Herculanums‖ et dans les PompéïsJe ne veux pas qu'on puisse‖ un jour compter nos villes ;Je ne vois pas pourquoi‖ les âmes seraient viles ;Je ne vois pas pourquoi‖ l'on n'égalerait pasDans l'audace, l'effort,‖ l'espoir, dans le trépas,Les hommes d'Iéna,‖ d'Ulm et des Pyramides ;Les vaillants ont-ils donc‖ engendré les timides ?Non, vous avez du sang‖ aux veines, jeunes gens !Nos aïeux ont été‖ des héros outrageantsPour le vieux monde infâme ;‖ il reste de la placeDans l'avenir ; soyez‖ peuple et non populace ;Soyez comme eux géants !‖ Je n'ai pas de raisonsPour ne point souhaiter‖ les mêmes horizons,Les mêmes nations‖ en chantant délivrées,Le même arrachement‖ des fers et des livrées,Et la même grandeur‖ sans tache et sans remordsÀ nos enfants vivants‖ qu'à nos ancêtres morts !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
44((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a puissance / l'innocence féminine, classiqueb or / Hector masculine, classiquec Troie / foudroie féminine, classiqued reflux / plus masculine, classiquee gronde / profonde féminine, classiquef d'endroit / droit masculine, classiqueg misérables / Incurables féminine, classiqueh humain / mi-chemin masculine, classiquei inconnue / nue féminine, classiquej content / l'instant masculine, classiquek être / d'ancêtre féminine, classiquel fais / j'étouffais masculine, classiquem impitoyable / sable féminine, classiquen Proscrit / sourit masculine, classiqueo conscience / l'enfance féminine, classiquep moi / foi masculine, classiqueq vie / envie féminine, classiquea l’enfant / passereaux / héros masculine, classiqueb saisissables / responsables féminine, classiquec faut / l'échafaud masculine, classiqued repaires / pères féminine, classiquee veux / cheveux masculine, classiquef vandale / féodale féminine, classiqueg levant / souvent masculine, classiqueh souffrance / France féminine, classiquei menton / Danton masculine, classiquej Hoche / reproche féminine, classiquek envieux / vieux masculine, classiquel falaises / Marseillaises féminine, classiquem dragons / gonds masculine, classiquen bannière / manière féminine, classiqueo d'airain / Rhin masculine, classiquep imite / limite féminine, classiqueq firmament / inclément masculine, classiquer l'autre / vautre féminine, classiques pays / Pompéïs masculine, classiquet villes / viles féminine, classiqueu pas / trépas masculine, classiquev Pyramides / timides féminine, classiquew gens / outrageants masculine, classiquex place / populace féminine, classiquey raisons / horizons masculine, classiquez délivrées / livrées féminine, classiquea remords / morts masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

89 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources