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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’art d’être grand-père, 1877· I A Guernesey

XII. Un manque

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 58 vers

Pourquoi donc s'en est-il‖ allé, le doux amour ?Ils viennent un moment‖ nous faire un peu de jour,Puis partent. Ces enfants,‖ que nous croyons les nôtres,Sont à quelqu'un qui n'est‖ pas nous. Mais les deux autres,Tu ne les vois donc pas,‖ vieillard ? Oui, je les vois,Tous les deux. Ils sont deux,‖ ils pourraient être trois.Voici l'heure d'aller‖ se promener dans l'ombreDes grands bois, pleins d'oiseaux‖ dont Dieu seul sait le nombreEt qui s'envoleront‖ aussi dans l'inconnu.Il a son chapeau blanc,‖ elle montre un pied nu,Tous deux sont côte à côte ;‖ on marche à l'aventure,Et le ciel brille, et moi‖ je pousse la voiture.Toute la plaine en fleur‖ a l'air d'un paradis ;Le lézard court au pied‖ des vieux saules, tandisQu'au bout des branches vient‖ chanter le rouge-gorge.Mademoiselle Jeanne‖ a quinze mois, et GeorgeEn a trente ; il la garde ;‖ il est l'homme complet ;Des filles comme ça‖ font son bonheur ; il estDans l'admiration‖ de ces jolis doigts roses,Leur compare, en disant‖ toutes sortes de choses,Ses grosses mains à lui‖ qui vont avoir trois ans,Et rit ; il montre Jeanne‖ en route aux paysans.Ah dame ! il marche, lui ;‖ cette mioche se traîne ;Et Jeanne rit de voir‖ Georges rire ; une reineSur un trône, c'est là‖ Jeanne dans son panier ;Elle est belle ; et le chêne‖ en parle au marronnier,Et l'orme la salue‖ et la montre à l'érable,Tant sous le ciel profond‖ l'enfance est vénérable.George a le sentiment‖ de sa grandeur ; il ritMais il protège, et Jeanne‖ a foi dans son esprit ;Georges surveille avec‖ un air assez faroucheCette enfant qui parfois‖ met un doigt dans sa bouche ;Les sentiers sont confus‖ et nous nous embrouillons.Comme tout le bois sombre‖ est plein de papillons,Courons, dit George. Il veut‖ descendre. Jeanne est gaie.Avec eux je chancelle,‖ avec eux je bégaie.Oh ! l'adorable joie,‖ et comme ils sont charmants !Quel hymne auguste au fond‖ de leurs gazouillements !Jeanne voudrait avoir‖ tous les oiseaux qui passent ;Georges vide un pantin‖ dont les ressorts se cassent,Et médite ; et tous deux‖ jasent ; leurs cris joyeuxSemblent faire partout‖ dans l'ombre ouvrir des yeux ;Georges, tout en mangeant‖ des nèfles et des pommes,M'apporte son jouet ;‖ moi qui connais les hommesMieux que George, et qui sait‖ les secrets du destin,Je raccommode avec‖ un fil son vieux pantin.Mon Georges, ne va pas‖ dans l'herbe ; elle est trempée.Et le vent berce l'arbre,‖ et Jeanne sa poupée.On sent Dieu dans ce bois‖ pensif dont la douceurSe mêle à la gaîté‖ du frère et de la sœur ;Nous obéissons, Jeanne‖ et moi, Georges commande ;La nourrice leur chante‖ une chanson normande,De celles qu'on entend‖ le soir sur les chemins,Et Georges bat du pied,‖ et Jeanne bat des mains.Et je m'épanouis‖ à leurs divins vacarmes,Je ris ; mais vous voyez‖ sous mon rire mes larmes,Vieux arbres, n'est-ce pas ?‖ et vous n'avez pas cruQue j'oublierai jamais‖ le petit disparu.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
29((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a amour / jour masculine, classiqueb nôtres / autres féminine, classiquec vois / trois masculine, classiqued l'ombre / nombre féminine, classiquee l'inconnu / nu masculine, classiquef l'aventure / voiture féminine, classiqueg paradis / tandis masculine, classiqueh rouge-gorge / George féminine, classiquei complet / est masculine, classiquej roses / choses féminine, classiquek ans / paysans masculine, classiquel traîne / reine féminine, classiquem panier / marronnier masculine, classiquen l'érable / vénérable féminine, classiqueo rit / esprit masculine, classiquep farouche / bouche féminine, classiqueq embrouillons / papillons masculine, classiquer gaie / bégaie féminine, classiques charmants / gazouillements masculine, classiquet passent / cassent féminine, classiqueu joyeux / yeux masculine, classiquev pommes / hommes féminine, classiquew destin / pantin masculine, classiquex trempée / poupée féminine, classiquey douceur / sœur masculine, classiquez commande / normande féminine, classiquea chemins / mains masculine, classiqueb vacarmes / larmes féminine, classiquec cru / disparu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources