La légende des siècles, 1877· XVIII Le groupe des idylles
X. Catulle
Que faire au mois d'avril‖ à moins de s'adorer ?Viens, nous allons songer,‖ viens, nous allons errer.Laissons Plaute à Chloé‖ prouver qu'il la désirePar un triple collier‖ de corail de Corcyre ;Laissons Psellas charmer‖ Fuscus par ses grands yeux,Et par l'âpre douceur‖ d'un chant mystérieux ;Laissons César dompter‖ la fortune changeante,Mettre un mors à l'équestre‖ et sauvage Agrigente,Au numide, à l'ibère,‖ au scythe hasardeux ;Ayons le doux souci‖ d'être seuls tous les deux.Nous avons à nous l'air,‖ le ciel, l'ombre, l'espace.Nous ferons arrêter‖ le muletier qui passe,Nous boirons dans son outre‖ un peu de vin sabin ;Et le soir, quand la lune,‖ éclairant dans leur bainLe faune et la naïade‖ indistincte, se lève,Nous chercherons un lit‖ pour finir notre rêve,Une mousse cachée‖ au fond du hallier noir.O belle, rien n'existe‖ ici-bas que l'espoir,Rien n'est sûr que l'hymen,‖ rien n'est vrai que la joie ;L'amour est le vautour‖ et nos cœurs sont la proie.Quand, ainsi qu'y monta‖ jadis la nymphe Hellé,Une femme apparaît‖ sur l'olympe étoilé,Les dieux donnent de tels‖ baisers à ses épaules,Qu'une lueur subite‖ éclaire les deux pôles,Et la terre comprend‖ qu'en ce ciel redoutéL'humanité s'accouple‖ à la divinité.Aimons. Allons aux bois‖ où chantent les fauvettes.Il faut vivre et sourire,‖ il faut que tu revêtesCette robe d'azur‖ qu'on nomme le bonheur.L'Amour est un divin‖ et tendre empoisonneur,Laissons ce charmant traître‖ approcher de nos bouchesSa coupe où nous boirons‖ les extases farouchesEt le sombre nectar‖ des baisers éperdus.Les cœurs sont insensés‖ et les cieux leur sont dus ;Car la démence auguste‖ et profonde des âmesMet dans l'homme une étoile,‖ et quand nous nous aimâmesNous nous sentîmes pleins‖ de rayons infinis,Et tu devins Vénus,‖ et je fus Adonis.Le tremblement sacré‖ des branches dans l'auroreConseille aux cœurs d'aimer,‖ conseille aux nids d'éclore.Il faut craindre et vouloir,‖ chercher les prés fleurisEt rêver, et s'enfuir,‖ mais afin d'être pris.Adorons-nous. Ainsi‖ je médite et je chante.Je songe à ta pudeur‖ souveraine et touchante,Je regarde attendri‖ l'antre où tu me cédas,Pendant que, fatiguée‖ à suivre nos soldats,La Victoire, au-dessus‖ de nous, dans la nuée,Rattache sa sandale,‖ un instant dénouée.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a s'adorer / errer masculine, classiqueb désire / Corcyre féminine, classiquec yeux / mystérieux masculine, classiqued changeante / Agrigente féminine, classiquee hasardeux / deux masculine, classiquef l'espace / passe féminine, classiqueg sabin / bain masculine, classiqueh lève / rêve féminine, classiquei noir / l'espoir masculine, classiquej joie / proie féminine, classiquek Hellé / étoilé masculine, classiquel épaules / pôles féminine, classiquem redouté / divinité masculine, classiquen fauvettes / revêtes féminine, classiqueo bonheur / empoisonneur masculine, classiquep bouches / farouches féminine, classiqueq éperdus / dus masculine, classiquer âmes / aimâmes féminine, classiques infinis / Adonis masculine, classiquet l'aurore / d'éclore féminine, classiqueu fleuris / pris masculine, classiquev chante / touchante féminine, classiquew cédas / soldats masculine, classiquex nuée / dénouée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources