La légende des siècles, 1877· XVIII Le groupe des idylles
XX. Diderot
Les philosophes sont‖ d'avis que la natureSe passe d'eux, ne tient‖ qu'à sa propre droiture,Ne consulte que l'ordre‖ auguste, et que les loisSont les mêmes au fond‖ des cieux, au fond des bois.Vivre, aimer, tout est là.‖ Le reste est ignorance ;Et la création‖ est une transparence ;L'univers laisse voir‖ toujours le même sceau,L'amour, dans le soleil‖ ainsi que dans l'oiseau ;Nos sens sont des conseils ;‖ des voix sont dans les choses ;Ces voix disent : Beautés,‖ faites comme les roses ;Faites comme les nids,‖ amants. Avril vainqueurSourit, laissez-le ciel‖ vous entrer dans le cœur.Théocrite, ô ma belle,‖ était tendre et facile ;Ces bons ménétriers‖ de Grèce et de SicileChantaient juste, et leur vers‖ reste aimable et charmeurMême quand la saison‖ est de mauvaise humeur ;Ils étaient un peu fous‖ comme tous les vrais sages ;Ils baisaient les pieds nus,‖ guettaient les purs visages,N'avaient point de sophas‖ et point de canapés,Et couchaient sur des lits‖ de pampres frais coupés ;Ils se hâtaient d'aimer,‖ car la vie est rapide ;La dernière heure éclôt‖ dans la première ride ;Hélas, la pâle mort‖ pousse d'un pied égalVotre beauté, madame,‖ et notre madrigal.Vivons. Moi, j'ai l'amour‖ pour devoir, et personneN'a droit de s'informer,‖ belles, si je frissonneParce que j'entrevois‖ dans l'ombre un sein charmant ;Je prends ma part du vaste‖ épanouissement ;Le plus sage en ce monde‖ immense est le plus ivre.Femme, écoute ton cœur,‖ ne lis pas d'autre livre ;Ce qu'on fait les aïeux‖ les enfants le refont,Et l'amour est toujours‖ la même idylle au fond ;L'églogue en souriant‖ se copie ; elle calqueMargot sur Phyllodoce‖ et Gros-Jean sur Ménalque.Comme souffle le vent,‖ comme luit le rayon,Sois belle, aime ! La vie‖ est une fonction,Et cette fonction‖ par tout être est remplieSans qu'aucun instinct mente‖ et qu'aucune loi plie ;Les accomplissements‖ sont au-dessus de nous ;Le lys est pur, le ciel‖ est bleu, l'amour est douxSans la permission‖ de l'homme ; nul systèmeN'empêche Églé de dire‖ à Tityre : je t'aime !La Sorbonne n'a rien‖ à voir dans tout cela ;Madame de Genlis‖ peut faire PamélaSans gêner les oiseaux‖ des bois ; et les mésanges,Les pinsons, les moineaux,‖ bêtes qui sont des anges,Ne s'inquiètent point‖ d'Arnauld ni de Pascal ;Et quand des profondeurs‖ du ciel zodiacal,Vers, l'aurore, à travers‖ d'invisibles pilastres,Il redescend, avec‖ son attelage d'astres,Là-haut, dans l'infini,‖ l'énorme chariotSait peu ce que Voltaire‖ écrit à Thiriot.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 26((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a nature / droiture féminine, classiqueb lois / bois masculine, classiquec ignorance / transparence féminine, classiqued sceau / l'oiseau masculine, classiquee choses / roses féminine, classiquef vainqueur / cœur masculine, classiqueg facile / Sicile féminine, classiqueh charmeur / humeur masculine, classiquei sages / visages féminine, classiquej canapés / coupés masculine, classiquek rapide / ride féminine, classiquel égal / madrigal masculine, classiquem personne / frissonne féminine, classiquen charmant / épanouissement masculine, classiqueo ivre / livre féminine, classiquep refont / fond masculine, classiqueq calque / Ménalque féminine, classiquer rayon / fonction masculine, classiques remplie / plie féminine, classiquet nous / doux masculine, classiqueu système / t'aime féminine, classiquev cela / Paméla masculine, classiquew mésanges / anges féminine, classiquex Pascal / zodiacal masculine, classiquey pilastres / d'astres féminine, classiquez chariot / Thiriot masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources