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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1877· XVIII Le groupe des idylles

XVII. Segrais

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 48 vers

O fraîche vision‖ des jupes de futaineQui se troussent gaîment‖ autour de la fontaine !O belles aux bras blancs‖ follement amoureux !J'ai vu passer Aminthe‖ au fond du chemin creux ;Elle a seize ans, et tant‖ d'aurore sur sa têteQu'elle semble marcher‖ au milieu d'une fête ;Elle est dans la prairie,‖ elle est dans les forêtsLa plus belle, et n'a pas‖ l'air de le faire exprès ;C'est plus qu'une déesse‖ et c'est plus qu'une fée,C'est la bergère ; c'est‖ une fille coifféeD'iris et de glaïeuls‖ avec de grands yeux bleus ;Elle court dans les champs‖ comme, aux temps fabuleux,Couraient Léontium,‖ Phyllodoce et Glycère ;Elle a la majesté‖ du sourire sincère ;Quand elle parle, on croit‖ entendre, ô bois profond,Un rossignol chanter‖ au-dessus de son front ;Elle est pure, sereine,‖ aimable, épanouie,Et j'en ai la prunelle‖ à jamais éblouie ;Comme Faune la suit‖ d'un regard enflammé !Comme on sent que les nids,‖ l'amour, le mois de mai,Guettent dans le hallier‖ ces douces âmes neuves !Dans des prés où ne coule‖ aucun des divins fleuvesQu'on appelle Céphise,‖ Eurotas ou Cydnus,Elle trouve moyen‖ d'avoir de beaux pieds nus ;Cette fille d'Auteuil‖ semble née à Mégare !Parfois dans des sentiers‖ pleins d'ombre elle s'égare ;Oh ! comme les oiseaux‖ chuchotaient l'autre soir !Pas plus que le raisin‖ ne résiste au pressoir,Pas plus que le roseau‖ n'est au zéphyr rebelle,Nul cœur pouvant aimer‖ n'élude cette belle.Comme la biche accourt‖ et fuit à notre voix,Elle est apprivoisée‖ et sauvage à la fois ;Elle est toute innocente‖ et n'a pas de contrainte ;Elle donne un baiser‖ confiant et sans crainteA quiconque est naïf‖ comme un petit enfant ;Contre les beaux parleurs,‖ fière, elle se défend ;Et c'est pourquoi je fais‖ semblant d'être stupide ;Telle est la profondeur‖ des amoureux. Et Gnide,Amathonte et Paphos‖ ne sont rien à côtéDu vallon où parfois‖ passe cette beauté.Muses, je chante, et j'ai‖ près de moi Stésichore,Plaute, Horace et Ronsard,‖ d'autres bergers encore ;J'aime, et je suis Segrais‖ qu'on nomme aussi Tircis ;Nous sommes sous un hêtre‖ avec Virgile assis,Et cette chanson s'est‖ de ma flûte envolée,Pendant que mes troupeaux‖ paissent dans la valléeEt que du haut des cieux‖ l'astre éclaire et conduitLa descente sacrée‖ et sombre de la nuit.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a futaine / fontaine féminine, classiqueb amoureux / creux masculine, classiquec tête / fête féminine, classiqued forêts / exprès masculine, classiquee fée / coiffée féminine, classiquef bleus / fabuleux masculine, classiqueg Glycère / sincère féminine, classiqueh profond / front masculine, classiquei épanouie / éblouie féminine, classiquej enflammé / mai masculine, classiquek neuves / fleuves féminine, équivalentel Cydnus / nus masculine, classiquem Mégare / s'égare féminine, classiquen soir / pressoir masculine, classiqueo rebelle / belle féminine, classiquep voix / fois masculine, classiqueq contrainte / crainte féminine, classiquer enfant / défend masculine, classiques stupide / Gnide féminine, classiquet côté / beauté masculine, classiqueu Stésichore / encore féminine, classiquev Tircis / assis masculine, classiquew envolée / vallée féminine, classiquex conduit / nuit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources