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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1883· XIII L’amour

« Il faut boire et frapper la terre d'un pied libre  »

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 74 vers

Il faut boire et frapper‖ la terre d'un pied libre !Dit Horace ; et la chose‖ est vraie aux bords du Tibre,Vraie aux bords de la Seine ;‖ et songeons aux amours,Maintenant, dit Horace,‖ et moi je dis : Toujours !Amis ! amis ! amis !‖ soyons tous frères ! gloireA la beauté, vêtue‖ ou non ! Va-t'en, nuit noire !La jeune année arrive‖ avec l'aurore au front,Remet le temps à neuf,‖ court d'un pas leste et prompt,Lave le ciel, sourit‖ à la terre engourdie,Et commence gaîment,‖ par une mélodie,Le printemps. Chantez, nids !‖ O fleurs, dans les fossés,Les ravins, les étangs,‖ les bois, les champs, croissez !Boutons d'or que j'ai vus‖ jadis aux Feuillantines,Renaissez ! Fourmillez,‖ liserons, églantines,Pâquerettes, iris,‖ muguets, lilas, jasmins !Le petit enfant mai‖ frappe dans ses deux mains.Allons, dépêchez-vous‖ de naître, il vous appelle.Il veut parer la terre‖ ainsi qu'une chapelle.Et mettre une guirlande‖ autour du genre humain.Avril s'appelle Amour‖ et juin s'appelle Hymen,Le fruit suivra la fleur.‖ Faisons des nids, fauvettes !La jeune fille rêve‖ et rit quand vous en faites,Donnez l'exemple, oiseaux !‖ les vierges aux yeux douxVous regardent, ayant‖ des ailes comme vous.J'erre ; un vent tiède émeut‖ les bois, je vois les scènesQue font les pauvres fleurs‖ aux papillons obscènes ;Le lys vers le bourdon‖ se penche, et, l'écoutant,A l'air de s'écrier :‖ Ah ! vous m'en direz tant !L'ombre a le tremblement‖ sonore d'une tenteEt cache les amours ;‖ la nature est contente ;Et la fécondité‖ fermente ; et les appas,Les soupirs, les baisers‖ ne s'inquiètent pasSi quelque orage couve,‖ et si cette gorgone,La foudre, au loin, là-bas,‖ à l'horizon bougonne.Le vallon fleuri semble‖ un encensoir fumant.Quelqu'un a mis le feu‖ partout, l'embrasementVa de l'arbre au nuage‖ et du ciel à la terre ;La prairie a l'éclat‖ glorieux d'un cratère,Partout des fleurs de pourpre,‖ et tout flambe et tout luit,Et la création‖ bouillonnant à grand bruitBout tout entière ainsi‖ qu'une eau dans la chaudière,Et tout rit, le soleil‖ étant l'incendiaire.Oh ! quelle vaste joie‖ en cet abîme bleu !A toute cette aurore‖ il faudra dire adieu.Hélas ! cela finit‖ par s'éteindre, une fête !Nous n'y consentons pas,‖ on détourne la tête,A chaque heure qui passe‖ on veut se retenir.Mais rien ne ralentit‖ le pas de l'avenir,Il ne demande pas‖ la permission d'être,Il vient. Souvenons-nous‖ que Demain est un traître,Et, puisque nous avons‖ Aujourd'hui, jouissons.L'eau qui fuit en chantant‖ nous donne des leçons,Fuyons, mais chantons. L'air‖ est plein de senteurs douces,Un ensemencement‖ de fleurs couvre les mousses.L'homme est ombre ; on ne peut‖ guère dire pourquoiNous sommes sur la terre.‖ Eh bien, je le dis, moi,C'est pour aimer. Et Dieu‖ nous a créés pour faireÉclore un peu d'amour‖ sur cette obscure sphèreEt pour faire lever‖ un astre dans nos cœurs.Être deux, c'est la loi.‖ Les merles, ces moqueurs,L'observent aussi bien‖ que le ramier fidèle.Si la nature, avec‖ de si puissants coups d'aile,Remue éperdument‖ et partout à la foisLa vie au fond des mers,‖ des cieux, des champs, des bois,C'est afin d'arriver‖ à son but, faire un couple.Si le chêne est solide‖ et si la branche est souple,C'est parce que le nid‖ a besoin dans l'azurQue le rameau soit tendre,‖ et que l'arbre soit sûr.L'ombre en son innocence‖ énorme a le satyre.L'homme cherche, la vierge‖ attend, la femme attire :Léandre veut Héro,‖ Manon veut Desgrieux ;Sachez cela, vous tous,‖ vivants mystérieux.Paix aux cœurs douloureux‖ et joie aux fronts moroses !Quel tourbillonnement‖ éblouissant de roses !

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
37((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a libre / Tibre féminine, classiqueb amours / Toujours masculine, classiquec gloire / noire féminine, classiqued front / prompt masculine, classiquee engourdie / mélodie féminine, classiquef fossés / croissez masculine, classiqueg Feuillantines / églantines féminine, classiqueh jasmins / mains masculine, classiquei appelle / chapelle féminine, classiquej humain / Hymen masculine, classiquek fauvettes / faites féminine, classiquel doux / vous masculine, classiquem scènes / obscènes féminine, classiquen l'écoutant / tant masculine, classiqueo tente / contente féminine, classiquep appas / pas masculine, classiqueq gorgone / bougonne féminine, classiquer fumant / l'embrasement masculine, classiques terre / cratère féminine, classiquet luit / bruit masculine, classiqueu chaudière / l'incendiaire féminine, classiquev bleu / adieu masculine, classiquew fête / tête féminine, classiquex retenir / l'avenir masculine, classiquey d'être / traître féminine, classiquez jouissons / leçons masculine, classiquea douces / mousses féminine, classiqueb pourquoi / moi masculine, classiquec faire / sphère féminine, classiqued cœurs / moqueurs masculine, classiquee fidèle / d'aile féminine, classiquef fois / bois masculine, classiqueg couple / souple féminine, classiqueh l'azur / sûr masculine, classiquei satyre / attire féminine, classiquej Desgrieux / mystérieux masculine, classiquek moroses / roses féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

74 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources