La légende des siècles, 1883· XX La vision de Dante
La Vision de Dante
Dante m'est apparu.‖ Voici ce qu'il m'a dit :
I
Je dormais sous la pierre‖ où l'homme refroidit.Je sentais pénétrer,‖ abattu comme l'arbre,L'oubli dans ma pensée‖ et dans mes os le marbre.Tout en dormant je crus‖ entendre à mon côtéUne voix qui parlait‖ dans cette obscurité,Et qui disait des mots‖ étranges et funèbres.Je m'écriai : Qui donc‖ est là dans les ténèbres ?Et j'ajoutai, frottant‖ mes yeux noirs et pesants :Combien ai-je dormi ?‖ La voix dit : Cinq cents ans ;Tu viens de t'éveiller‖ pour finir ton poèmeDans l'an cinquante-trois‖ du siècle dix-neuvième.
Et je me réveillai‖ tout à fait ; je n'avaisPlus rien autour de moi ;‖ la tombe aux durs chevetsS'était évanouie‖ avec sa voûte sombre,Et j'étais hors du temps,‖ de la forme et du nombre ;Debout sans savoir où‖ ni sans savoir sur quoi.Enfin un peu de jour‖ arriva jusqu'à moi,Mes prunelles s'étant‖ à l'ombre habituées ;Alors je distinguais‖ deux portes de nuées,L'une au fond, devant moi,‖ l'autre en bas, au-dessousD'un brouillard composé‖ des éléments dissous,Comme un puits qu'on verrait‖ dans les eaux. La première,Splendide, semblait faite‖ avec de la lumière ;C'était un trou de feu‖ dans un nuage d'or ;Quelqu'un, celui qui parle‖ aux sibylles d'Endor,Pour construire cet arc,‖ splendide météore,Avait pris et courbé‖ les rayons de l'aurore ;Du moins je le pensai,‖ non sans frémissement.Cette porte, où luisaient‖ l'astre et le diamant,Brillait au plus profond‖ de l'espace livideComme un point lumineux‖ et posait sur le vide ;On voyait au-dessous‖ le libre éther flotter,Car nul mont n'eût osé‖ s'offrir pour la porter,Et, sous les saints piliers‖ de cette arche vivante,Le Sinaï lui-même‖ eût croulé d'épouvante.L'autre porte à mes pieds‖ montrait son cintre obscurNoir comme une fumée,‖ et ridé comme un murVaguement aperçu‖ dans des épaisseurs mornes,Mêlant ses bords confus‖ aux profondeurs sans bornes,Espèce d'antre informe‖ en ténèbres construit,Cratère fait de bronze‖ et couronnant la nuit.Cette porte semblait‖ la bouche des abîmes.
Songeant à tous les maux‖ qu'ici-bas nous subîmes,Mon esprit, où la crainte‖ accompagne l'espoir,Du portail rayonnant‖ allait au porche noir,Et, me ressouvenant‖ de ce qu'on fait sur terre,J'entrevis que c'étaient‖ les portes du mystère.
Soudain tout s'éclipsa,‖ brusquement obscurci.
II
Et je sentis mes yeux‖ se fermer, comme si,Dans la brume, à chacun‖ des cils de mes paupièresUne main invisible‖ avait lié des pierres.J'étais comme est un prêtre‖ au seuil du saint parvis,Songeant, et, quand mes yeux‖ se rouvrirent, je visL'ombre ; l'ombre hideuse,‖ ignorée, insondable,De l'invisible Rien‖ vision formidable,Sans forme, sans contour,‖ sans plancher, sans plafond,Où dans l'obscurité‖ l'obscurité se fond ;Point d'escalier, de pont,‖ de spirale, de rampe ;L'ombre sans un regard,‖ l'ombre sans une lampe ;Le noir de l'inconnu,‖ d'aucun vent agité ;L'ombre, voile effrayant‖ du spectre éternité.Qui n'a point vu cela‖ n'a rien vu de terrible.C'est l'espace béant,‖ l'étendue impossible,Quelque chose d'affreux,‖ de trouble et de perduQui fuit dans tous les sens‖ devant l'œil éperdu,La cécité glacée‖ et plus qu'un marbre lourde,Une tranquillité‖ muette, aveugle et sourde,L'horrible intérieur‖ d'un sépulcre infini.Cependant un reflet‖ sur mon cercueil jauniMe fit tressaillir, mais‖ tout restait immobile ;Et je vis dans cette ombre‖ une lueur tranquille,Un flamboiement profond,‖ fixe, silencieux,Pareil à la clarté‖ que ferait à nos yeuxDerrière un rideau noir‖ une torche allumée ;Et nul bruit ne sortait‖ de l'ombre inanimée ;Car, sachez-le, vivants,‖ hors du clair firmament,L'affreuse immensité‖ se tait lugubrement.Cette clarté semblait,‖ à la fois vie et flamme,Regarder comme un œil‖ et penser comme une âme ;Ce n'était cependant‖ qu'un voile, et l'on sentaitDerrière la lueur‖ quelqu'un qui méditait.
III
Ce flamboiement flottant‖ sur les nuits éternellesEntrait de plus en plus‖ dans mes vagues prunelles :Je compris où j'étais‖ et j'eus un tremblement ;Car soudain j'aperçus,‖ dans ce rayonnementSemblable aux visions‖ que voyaient les prophètes,Les sept anges pensifs‖ qui tiennent sept trompettes ;La clarté se mêlait‖ à leurs cheveux vermeils,Ils étaient là, debout‖ les yeux baissés, pareilsAux sept géants qui sont‖ sur le palais Farnèse,Et, comme lorsqu'on est‖ devant une fournaise,Ils étaient noirs, ayant‖ derrière eux la clarté.L'abîme obscur, hagard,‖ funèbre, illimité,Semblait plein de terreur‖ devant cette lumière.J'essayai de prier,‖ mais en vain ; la prièreRentra dans mon esprit‖ comme un oiseau qui fuitEt rentre au nid, tremblant,‖ parce qu'il fait trop nuit ;Et je restai glacé‖ devant la clarté blêmeComme si j'eusse été‖ quelque abîme moi-même.Et je me dis : Voici‖ qu'on va juger quelqu'un.Cette ombre, des forfaits‖ c'est le gouffre commun ;Ce feu, c'est la clarté‖ de la face du juge.Et j’eus peur.
IV
O sentence ! ô peine sans refuge !Tomber dans le silence‖ et la brume à jamais !D'abord quelque clarté‖ des lumineux sommetsVous laisse distinguer‖ vos mains désespérées.On tombe, on voit passer‖ des formes effarées,Bouches ouvertes, fronts‖ ruisselants de sueur,Des visages hideux‖ qu'éclaire une lueur.Puis on ne voit plus rien.‖ Tout s'efface et recule,La nuit morne succède‖ au sombre crépuscule.On tombe. On n'est pas seul‖ dans ces limbes d'en bas ;On sent frissonner ceux‖ qu'on ne distingue pas ;On ne sait si ce sont‖ des hydres ou des hommes ;On se sent devenir‖ les larves que nous sommes ;On entrevoit l'horreur‖ des lieux inaperçus,Et l'abîme au-dessous,‖ et l'abîme au-dessus.Puis tout est vide ! On est‖ le grain que le vent sème.On n'entend pas le cri‖ qu'on a poussé soi-même ;On sent les profondeurs‖ qui s'emparent de vous ;Les mains ne peuvent plus‖ atteindre les genoux ;On lève au ciel les yeux‖ et l'on voit l'ombre horrible ;On est dans l'impalpable,‖ on est dans l'invisible ;Des souffles par moments‖ passent dans cette nuit.Puis on ne sent plus rien.‖ — Pas un vent, pas un bruit,Pas un souffle ; la mort,‖ la nuit ; nulle rencontre ;Rien, pas même une chute‖ affreuse ne se montre.Et l'on songe à la vie,‖ au soleil, aux amours,Et l'on pense toujours,‖ et l'on tombe toujours !Et le froid du néant‖ lentement vous pénètre !Vivants ! tomber, tomber,‖ et tomber, sans connaîtreOù l'on va, sans savoir‖ où les autres s'en vont !Une chute sans fin‖ dans une nuit sans fond,Voilà l’enfer.
V
Pendant que je songeais, l’espaceVibra comme un vitrail‖ quand un chariot passe,Et je vis apparaître‖ un ange surprenant.C'était un être ailé,‖ sévère et rayonnant.Comme Jésus du front‖ passait les douze apôtres,Ce bel archange était‖ plus grand que tous les autres,Il avait la hauteur‖ de deux stades romains ;Il tenait les morceaux‖ d'un glaive dans ses mains ;Il portait sur sa tête‖ ingénue et superbeCe mot des cieux, ce mot‖ qui contient tout le verbe— JUSTICE. — On le pouvait‖ lire distinctement.Chaque lettre du mot‖ était un diamant.Justice ! O mot profond‖ que les gouffres vénèrent !
Quand l'archange parut,‖ les trompettes sonnèrent.
Et l’archange cria : — Trépassés ! trépassés !Levez-vous, accourez,‖ venez, comparaissez !Voici l'instant où l'aigle‖ aura peur des colombes.O victimes ! sortez‖ des nuits, sortez des tombes,Sortez de terre en foule,‖ à la hâte, à la fois !Venez du fond des mers,‖ venez du fond des bois,Venez, celui qui saigne‖ avec celui qui pleure !Car le juge est assis‖ pour punir, et c'est l'heureOù les clairons du ciel‖ sonnent aux quatre vents,Et Dieu veut que les morts‖ lui parlent des vivants.
Et quand l'ange eut fini,‖ les ténèbres s'émurent.
VI
Un bruit, pareil au bruit‖ des mouches qui murmurent,Éclata tout à coup‖ dans le gouffre muet,Et je vis quelque chose‖ en bas qui remuait.C'était comme un point noir,‖ puis comme une fumée,Puis comme la poussière‖ où s'avance une armée,Puis comme une île d'ombre‖ au sein des nuits flottant,Et cet amas sinistre‖ et lourd, vers nous montant,Triste, livide, énorme,‖ ayant un air de rage,Venait et grandissait,‖ poussé d'un vent d'orage.Ce bloc était confus‖ comme un brouillard du soir.Quand il fut près de nous,‖ je me penchai pour voir.
C'était une nuée‖ et c'était une foule.Cela voguait, courait,‖ roulait comme une houle ;Et puis cela faisait‖ un bruit mystérieux.Dans cette ombre on voyait‖ des faces et des yeux.Je leur criai : — Quels sont‖ les noms dont on vous nomme ?O spectres, comme vous‖ j'étais jadis un homme,Vous êtes maintenant‖ des spectres comme moi. —Ils n'entendirent point‖ et passèrent. L'effroiEt la stupeur glaçaient‖ ce noir tourbillon d'ombres.Les uns étaient assis‖ sur d'informes décombres ;D'autres, je les voyais‖ quoiqu'un vent les chassât,Terribles, agitaient‖ des vestes de forçat ;D'autres étaient au joug‖ liés comme des bêtes ;D'autres étaient des corps‖ qui n'avaient pas de têtes ;Des femmes sur leur sein‖ montraient les clous du fouet ;Des enfants morts tenaient‖ encore leur jouet,Et leur crâne entrouvert‖ laissait voir leurs cervelles ;D'autres gisaient en tas‖ ainsi que des javelles ;D'autres avaient au cou‖ la corde du gibet ;D'autres traînaient des fers ;‖ un autre se courbait,L'affreux plafond trop bas‖ d'un cachot solitaireAyant ployé sa tète‖ à jamais vers la terre ;Des vieillards, dont le sang‖ coulait à longs ruisseaux,Tiraient avec leurs mains‖ des balles de leurs os ;D'autres touchaient leurs yeux‖ crevés par les mitrailles.D'autres avec leurs mains‖ soutenaient leurs entrailles ;Innombrables, meurtris,‖ pâles, échevelés,Tous, dans la nuit farouche‖ affreusement mêlés,Dressaient leur front, et ceux‖ qui n'avaient pas de têtesÉlevaient leurs deux poings,‖ et le vent des tempêtesSoufflait, et derrière eux,‖ accroupis, accablés,On voyait un monceau‖ de fantômes voilés,Muets et noirs ; c'étaient‖ les veuves et les mères.La rumeur qui sortait‖ de ces ombres amèresRessemblait au bruit sourd‖ que les grands arbres font ;Et, devant la clarté‖ qui flamboyait au fond,Joignant leurs mains, tordant‖ leurs bras, ils s'arrêtèrent.Et, comme tous sortaient‖ de la fosse, ils ôtèrentLa terre de leur bouche,‖ et crièrent : Seigneur !A ce grand mot qui dit‖ gloire, amour et bonheur,L'abîme qui n'a plus,‖ sous la verge inflexible,Le droit de prononcer‖ ce nom inaccessiblePoussa dans la nuit triste‖ un long gémissement.
VII
Ils reprirent : Seigneur !‖ Ce fut un noir moment.Les cris d'enfant surtout‖ venaient à mon oreille ;Car, dans cette nuit-là,‖ gouffre où l'équité veille,La voix des innocents‖ sur toute autre prévaut,C'est le cri des enfants‖ qui monte le plus haut,Et le vagissement‖ fait le bruit du tonnerre.
— « Seigneur ! Seigneur ! Seigneur !‖ Justice pour la terre !« Nous sommes les martyrs,‖ nous sommes l'équité,« La loi sainte, l'honneur,‖ la foi, la liberté ;« Chassés par les brigands‖ que là-haut on encense,« Nous sommes la vertu,‖ nous sommes l'innocence,« Que Satan forgeron‖ frappe à coups de marteau.« Nous sommes ceux qu'on a‖ liés au vil poteau,« Ceux qu'égorgea le sabre‖ et que perça l'épée ;« Nous sommes le sang tiède‖ et la tête coupée ;« Nous sommes ceux qu'on jette‖ aux chiens, ceux que la dent« Déchire, ceux qu'on brise‖ et qu'on foule, pendant« Que les vices lascifs‖ et les crimes énormes« Au-dessus de leurs fronts‖ chantent, géants difformes,« Nous crions vers vous, père !‖ O Dieu bon, punissez !« Car vous êtes l'espoir‖ de ceux qu'on a chassés,« Car vous êtes patrie‖ à celui qu'on exile,« Car vous êtes le port,‖ la demeure et l'asile ;« Les oiseaux ont le nid‖ et les hommes ont Dieu.« Là-haut le meurtre seul‖ est libre ; c'est un jeu« D'égorger les vivants ;‖ le droit n'a plus de base,« Et le bien et le mal,‖ comme l'eau dans un vase,« Sont mêlés, et le monde‖ est en proie à la mort.« Au sud on tue, on pend,‖ on extermine ; au nord« On élargit le bagne,‖ on élargit les fosses ;« On coupe à coups de knout‖ le ventre aux femmes grosses ;« Le glaive a reparu,‖ hideux, comme jadis.« Dans Brescia, dans Milan,‖ on a vu des bandits« Écraser du talon‖ le sein des vierges mortes ;« Des vieillards aux fronts blancs,‖ massacrés sur leurs portes« Imprimaient à leur seuil‖ leurs doigts ensanglantés ;« Et les petits enfants,‖ du haut des toits jetés,« Étaient reçus en bas‖ sur les pointes des piques.« Les mines de Tobolsk,‖ les cachots des tropiques,« Cayenne, Lambessa,‖ le Spielberg, les pontons« Sont pleins de nos douleurs !‖ Seigneur, nous en sortons.« Nous nous nommons le peuple,‖ et sommes une plaie.Le genre humain saignant‖ est traîné sur la claie.« Nous venons de l'exil,‖ nous venons du tombeau,« Et nous vous rapportons‖ l'âme, notre flambeau !« O Dieu juste, il est temps‖ que votre bras nous venge !
— Quels sont vos meurtriers,‖ et vos bourreaux ? dit l'ange.
Et d'une seule voix‖ ils dirent : — Les soldats.
VIII
Jean à Pathmos, Manou‖ rêvant sur les védas,N'ont rien vu de pareil‖ à ce que je raconte.
Comme après un nuage‖ un autre brouillard monteJe vis alors monter‖ de l'abîme obscurciUn autre amas informe,‖ et l'ange dit : Ici !
Et ce groupe arriva,‖ confus comme une ville,Devant la clarté sombre‖ et toujours immobile.C'étaient des millions‖ d'hommes bardés de fer,Comme Bordeaux en vit‖ du temps de Gaïfer,Cavaliers, fantassins,‖ multitudes fatalesAu cri rauque, au pas lourd,‖ aux statures brutales,A l'œil stupide, ayant‖ des chiffres sur le front.Quelques-uns ressemblaient‖ aux hiboux à l'œil rond,D'autres au léopard‖ hurlant dans sa tanière.Ils étaient tous vêtus‖ de la même manière ;Ils étaient teints de sang,‖ des cheveux aux talons ;Noirs, pressés, ils venaient,‖ sauvages bataillons ;Leurs armes m'étonnaient‖ et m'étaient inconnues.Ils surgissaient en foule‖ et par mille avenues.C'étaient des légions‖ et puis des légions,Flot d'hommes inondant‖ ces mornes régions,Chaos, têtes sans nombre‖ au loin diminuées ;Les croupes des chevaux‖ se mêlaient aux nuées ;Ils traînaient après eux‖ des chariots d'airainAvec le roulement‖ d'un foudre souterrain.Un grand vautour doré‖ les guidait comme un phare.Tant qu'ils étaient au fond‖ de l'ombre, la fanfare,Comme un aigle agitant‖ ses bruyants ailerons,Chantait claire et joyeuse‖ au front des escadrons.Trompettes et tambours‖ sonnaient, et des centauresFrappaient des ronds de cuivre‖ entre leurs mains sonores ;Mais, dès qu'ils arrivaient‖ devant le flamboiement,Les clairons effarés‖ se taisaient brusquement,Tout ce bruit s'éteignait.‖ Reculant en désordre,Leurs chevaux se cabraient‖ et cherchaient à les mordre,Et la lance et l'épée‖ échappaient à leur poing.En voyant la lueur‖ qu'ils ne comprenaient point,Ils s'arrêtaient, courbant‖ leurs faces étonnées ;Ils avaient ce front bas‖ des bêtes enchaînéesQuand, le loup étant pris‖ au piège et garrotté,L'air terrible fait place‖ à l'air épouvanté.
O spectacle de voir‖ la force au pied de l'être !De voir s'évanouir‖ le gendarme et le reître,Hommes, glaives, chevaux,‖ clairons, férocité,Tout le sombre ouragan,‖ devant cette clarté !
IX
L’ange dit : — Qu’êtes-vous ?— Nous sommes les armées.
Alors pâles, debout,‖ les ombres raniméesCrièrent, écartant‖ les linceuls de leurs seins
— Malheur ! malheur ! malheur‖ à tous ces assassins !Et l'ange dit, levant‖ les bras pour les confondre :
— Vous avez entendu.‖ Qu'avez-vous à répondre ?
Et les morts répétaient :‖ Malheur aux assassins !
— Répondez, cria l’ange.Alors ces lourds essaims,Ces soldats plus nombreux‖ que les épis des plaines,Dirent :— Ce n’est pas nous, ce sont nos capitaines.Nous dûmes obéir‖ à leur ordre inhumain ;Nous n'étions que le glaive,‖ eux, ils étaient la main.C'est sur eux, non sur nous,‖ que le crime retombe. —
L'ange, vers la lueur‖ calme comme une tombe,Leva, grave et pensif,‖ son œil fixe aux cils blonds,Puis, se tournant, il fit‖ un signe aux aquilons.
Les vents ayant soufflé,‖ ces hommes disparurent.
X
Puis au fond de la nuit‖ les aquilons coururentEt revinrent, poussant‖ une nuée encor.Et ce nuage était‖ plein de fantômes d'or.
Il s'ouvrit devant l'ange‖ avec un sourd tonnerre.
Je vis des commandants‖ sur leurs chevaux de guerre,L'épée au flanc, la plume‖ au front, l'air irrité,Debout sur la nuée‖ avec autorité,Des flammes dans leurs yeux‖ et du sang dans leurs bouches ;Triomphants, quelques-uns‖ très vieux, et plus farouchesQue les durs Teutatès‖ et les noirs Irmensuls.Ils tenaient des bâtons‖ comme font les consuls.
Et l'ange leur cria :‖ — C'est vous les capitaines ?— C’est nous. Que nous veux-tu ?— Silence aux voix hautaines !Regardez cet ciseau‖ qui dort, et taisez-vous !Dit l'ange ; et, dérangeant‖ sa robe avec courroux,Il leur montra la foudre‖ en son sein endormie.
Il reprit : — Vous avez‖ ainsi qu'une ennemieTraité la race humaine ;‖ où vous avez passéTout est mort, l'herbe a crû ;‖ vous avez écraséLes femmes, les enfants,‖ les vieillards aux fronts chauves,Et lâché vos soldats‖ comme des bêtes fauves ;Vous avez relevé‖ le glaive et l'échafaud,Brisé la loi d'en bas,‖ bravé la loi d'en haut ;Vous êtes devant Dieu ;‖ qu'avez-vous à répondre ?
Comme devant la braise‖ on voit la cire fondre,Ces noirs victorieux‖ tombèrent à genoux,Et, criant et pleurant, dirent :— Ce n’est pas nous !Ce n'est pas nous, Seigneur !‖ Seigneur, ce sont les juges.Après les châtiments,‖ les fléaux, les déluges,Les hommes ont assis‖ sur des sièges sacrésD'autres hommes savants,‖ austères, vénérés,Pour être au milieu d'eux‖ comme la loi vivante.Seigneur, quand nous frappions,‖ tous ces juges qu'on vanteDisaient : — Vous faites bien.‖ Tuez. Versez le sang.Ceci, c'est le coupable.‖ — Or c'était l'innocent.Nous ne le savions pas.‖ Nous, troupe au mai poussée,Nous n'étions que le bras,‖ ils étaient la pensée ;Nous n'étions que la force,‖ eux, ils étaient l'esprit.Nos meurtres sont leur crime !Et l’archange reprit :— Allez ! —Tout s’effaça comme un flocon d’écume.
XI
L'ange leva le doigt,‖ et je vis, dans la brume,Monter et croître au fond‖ des brouillards épaissisUne espèce de cirque,‖ et là, muets, assis,Un tas d'hommes vêtus‖ d'hermine et de simarres,Et je vis à leurs pieds‖ du sang en larges mares,Des billots, des gibets,‖ des fers, des piloris.Ces hommes regardaient‖ l'ange d'un air surprisComme, en lettres de feu,‖ rayonnait sur sa faceSon nom, Justice, entre eux ils disaient à voix basse :— Que veut dire ce mot‖ qu'il porte sur son front ?L’ange cria :— Malheur à ceux qui mentiront !Vos noms ? parlez ! —Et tous semblaient vouloir se taire.— Vous êtes, dit l'esprit,‖ les juges de la terre.De vous tous qui teniez‖ le livre de la loiPas un ne me connaît,‖ mais je vous connais, moi.Écoutez. Vous avez‖ trahi le droit auguste,Absous les scélérats,‖ condamné l'homme juste,Et lié l'innocence‖ aux pieds du crime heureux.Quand le massacre, ouvrant‖ ses ongles ténébreux,Planait sur la cité‖ qui lutte et qui s'effraie,Vous avez comme un aigle‖ adoré cette orfraie ;Quand les soldats noyaient‖ dans le meurtre les lois,A leurs cris furieux‖ vous mêliez votre voix,Vous mettiez votre bouche‖ à leurs clairons de cuivre ;C'est vous qui, de la loi‖ tenant toujours le livre,Des martyrs aux brigands‖ partagiez les habits ;C'est vous qui livriez‖ aux tigres les brebis ;C'est vous qui des héros‖ traîniez les agoniesDu carcan au gibet,‖ du bagne aux gémonies,Juges ; et le bourreau‖ d'épouvante vêtu,Voyant qu'on lui disait‖ d'égorger la vertu,Pensait dans son esprit :‖ Ces hommes-là se trompent.Vous vous êtes assis‖ aux festins qui corrompent,Vous avez applaudi‖ le mal, ri du remords,Et vous avez craché‖ sur la face des morts.O juges, ce sont là‖ des choses exécrables.Qu’avez-vous à répondre ?Alors ces misérables,Tombant hors de leur siège‖ et se prosternant tous,Tremblant et gémissant, dirent :— Ce n’est pas nous.— Mais qui donc est coupable alors ?— Ce sont les princes.La terre est par les rois‖ divisée en provinces.Nous renvoyons aux rois‖ toutes nos actions.Les princes commandaient ;‖ nous leur obéissions,Seigneur, car de tout temps‖ les prêtres et les magesNous ont dit que les rois,‖ ô Dieu, sont vos images.L'ange dit : — Amenez‖ les images de Dieu.Des êtres monstrueux parurent.
XII
Du milieuDe l'abîme on les vit‖ surgir dans l'ombre impure.L'un ressemblait au meurtre‖ et l'autre à la luxure,L'autre à la fraude, l'autre‖ à l'orgueil, celui-ciAu mensonge, et d'horreur‖ je demeurai saisi,Car ils avaient du mal‖ toutes les ressemblances.A travers cette nuit,‖ les brouillards, les silences,Dans ce gouffre sans fond‖ de toutes parts béant,Dans ces immensités‖ qu'emplissait le néant,Ils se dressaient, le sceptre‖ appuyé sur l'épaule ;Les uns, Molochs blanchis‖ par les neiges du pôle,D'autres ayant au front‖ un reflet du midi,Tous habillés de pourpre‖ et d'or, l'œil engourdi,L’air superbe, l’épée au flanc, couronne en tête,Globe en main ; chacun d'eux‖ était seul sur le faîteD'un trône, comme un roi‖ d'Édom ou d'Issachar,Et chaque trône était‖ porté sur un grand char.Devant chaque fantôme,‖ en la brume glacée,Ayant le vague aspect‖ d'une croix renverséeVenait un glaive nu,‖ ferme et droit dans le vent,Qu'aucun bras ne tenait‖ et qui semblait vivant.Les vapeurs au-dessous‖ flottaient basses et lentes.Les chars étaient traînés‖ par des bêtes volantes,Monstres inconnus même‖ au gouffre sans clarté ;Attelages impurs !‖ L'un était emportéPar des tigres ailés‖ au pied large, aux yeux mornes,L'autre par des griffons,‖ l'autre par des licornes,L'autre par des vautours‖ à deux têtes, ayantDes diadèmes d'or‖ sur leur front flamboyant.Tous ces monstres poussaient‖ des cris, battaient de l'aile,Tantôt mêlés, tantôt‖ en ligne parallèle.Les trônes approchaient‖ sous ces lugubres cieux ;On entendait gémir‖ autour des noirs essieuxLa clameur de tous ceux‖ qu'avaient broyés leurs roues ;Ils venaient, ils fendaient‖ l'ombre comme des proues ;Sous un souffle invisible‖ ils semblaient se mouvoir ;Rien n'était plus étrange‖ et plus farouche à voirQue ces chars effrayants‖ tourbillonnant dans l'ombre.Dans le gouffre tranquille‖ où l'humanité sombre,Ces trônes de la terre‖ apparaissaient hideux.
Le dernier qui venait,‖ horrible au milieu d'eux,Était à chaque marche‖ encombré de squelettesEt de cadavres froids‖ aux bouches violettes,Et le plancher rougi‖ fumait, de sang baigné ;Le char qui le portait‖ dans l'ombre était traînéPar un hibou tenant‖ dans sa griffe une hache.Un être aux yeux de loup,‖ homme par la moustache,Au sommet de ce char‖ s'agitait étonné,Et se courbait furtif,‖ livide et couronné.Pas un de ces césars‖ à l'allure guerrièreNe regardait cet homme.‖ A l'écart, et derrière,Vêtu d'un noir manteau‖ qui semblait un linceul,Espèce de lépreux‖ du trône, il venait seul ;Il posait les deux mains‖ sur sa face moroseComme pour empêcher‖ qu'on y vit quelque chose ;Quand parfois il ôtait‖ ses mains en se baissant,En lettres qui semblaient‖ faites avec du sangOn lisait sur son front‖ ces trois mots : Je le jure.
Quoiqu'ils fussent encore‖ au fond de l'ombre obscure,Hommes hideux, de traits‖ et d'âge différents,Je les distinguais tous,‖ car ils étaient très grands.Je crus voir les titans‖ de l'antique nature.Mais ces géants brumeux‖ décroissaient à mesureQu'ils s'éloignaient du point‖ dont ils étaient partis,Et, plus ils approchaient,‖ plus ils étaient petits.Ils rentraient par degrés‖ dans la stature humaine ;La clarté les fondait‖ ainsi qu'une ombre vaine ;Eux que j'avais crus hauts‖ plus que les Apennins,Quand ils furent tout près‖ de moi, c'étaient des nains.Et l'ange, se dressant‖ dans la brume indécise,Était penché sur eux‖ comme la tour de Pise.
XIII
Et les glaives s’étaient éclipsés.L’ange dit :— Qu’êtes-vous ?Et le groupe à ses pieds répondit :— Rois, et maîtres de tout,‖ du droit de nos ancêtres.
Rois ! vous êtes les rois,‖ vous n'êtes pas les maîtres,Dit l'ange. Allons, venez,‖ c'est l'heure, arrivez tous.Vous voilà donc enfin,‖ princes ! D'où sortez-vous ?O princes, vous sortez,‖ et je vais vous le dire,Des forfaits, des fureurs,‖ du meurtre et du délire,Des deuils, des faux serments‖ dont l'homme est éperdu,Et du sang innocent‖ à grands flots répandu.Vous sortez des palais‖ qu'habite la démence,Des fortins, des charniers,‖ et de la plainte immenseDu monde entier criant‖ vers le haut firmament !Rois ! l'homme n'est pas fait‖ pour votre amusement.Rois ! la terre est un temple‖ et non pas une étable.Le tyran, dans l'orgie,‖ accoudé sur la table,Commande au crime, et Dieu‖ commande au châtiment.Princes, avant que Dieu‖ regarde froidementTout le sang qui ruisselle‖ autour de vos armures,Les astres tomberont‖ comme des figues mûresQui tombent d'un figuier‖ secoué par le vent.O rois, qui massacrez‖ sous l'œil du Dieu vivant,La voix du genre humain‖ contre vos fronts s'élève.Plus nombreux que les flots‖ gémissant sur la grève,Les morts auprès de Dieu,‖ rois, vous ont précédés.Ôtez votre couronne, accusés, répondez.Tous ces crimes abjects,‖ mêlés au vice immonde,Les avez-vous commis ?Et ces maîtres du mondeTremblèrent comme l'arbre‖ au vol des ouragans,Et l'ange regardait‖ pâlir ces arrogants ;Et chacun d'eux, pareil‖ au renard qui s'échappe,Criait :— Ce n’est pas nous !— Et qui donc ?— C’est le pape.Seigneur, vous aviez mis‖ parmi nous ce docteur.Il était le semeur,‖ il était le pasteur,Il enseignait d'en haut‖ comme votre vicaire.Nos trônes faisaient cercle‖ autour de cette chaire.Nous écoutions son verbe‖ ainsi que votre voix.Il nous disait : « Je suis‖ celui qui parle aux rois ;« Quiconque me résiste‖ et me brave est impie.« Ce qu'ici-bas j'écris,‖ là-haut Dieu le copie.« L'église, mon épouse,‖ éclose au mont Thabor,« A fait de la doctrine‖ une cage aux fils d'or,« Et comme des oiseaux‖ j'y tiens toutes les âmes.« Seul je suis le mystère‖ et seul j'ai les dictames.« Rois, obéissez-moi‖ selon qu'il est écrit.« Quand vous me regardez,‖ vous voyez Jésus-Christ.« Je fais et je défais‖ la loi quand je la touche,« Et l'explication‖ de tout est dans ma bouche ;« Je suis l'homme-justice‖ et l'homme-vérité. »Or, quand nous abattions‖ droit, peuple, liberté,Quand nous eûmes tué‖ le tribun et l'apôtre,Nous étions d'un côté,‖ les morts étaient de l'autreNous lui dîmes : — Quels sont‖ les bons et les pervers ?Et cet homme leva‖ la main, et l'universVit descendre, Seigneur,‖ de cette main suprêmeSur nous l'apothéose‖ et sur eux l'anathème ;Quand nous exterminions‖ l'aïeul aux pas tremblants,Ce vieillard nous criait :‖ Malheur aux cheveux blancs !Quand nous percions l'enfant‖ au ventre de sa mère,Il nous criait, debout‖ au fond du sanctuaire,Devant la mère froide‖ et devant l'enfant mortL'enfant était coupable‖ et la mère avait tort !Il faisait, pour punir‖ quiconque pense et rêve,Jaillir des crucifix‖ sous les éclairs du glaive !Sa main, plus que nos bras,‖ multipliait les coups.Répondez, Pazzoli,‖ Simoncelli, vous tous !Cet homme interrompait‖ la messe à l'offertoire,Ce prêtre rejetait‖ la gorgée au ciboire,Seigneur, pour faire signe‖ au bourreau de frapper,Et lui montrer du doigt‖ les têtes à couper.Sa ceinture servait‖ de corde à nos potences.Il liait de ses mains‖ l'agneau sous nos sentences ;Et quand on nous criait :‖ Grâce ! il nous criait : Feu !C'est à lui que le mal‖ revient. Voilà, grand Dieu,Ce qu'il a fait ; voilà‖ ce qu'il nous a fait faire.Cet homme était le pôle‖ et l'axe de la sphère ;Il est le responsable‖ et nous le dénonçons !Seigneur, nous n'avons fait‖ que suivre ses leçons,Seigneur, nous n'avons fait‖ que suivre son exemple.Nos forfaits sous ses pieds‖ sont nés dans votre temple ;Il nous a mis l'enfer‖ dans l'âme au lieu du ciel.Lui seul porte le poids‖ du crime universel !
Et l’archange cria :— Faites venir cet homme !Alors les sept clairons dirent :— Pape de Rome !Mastaï ! Mastaï !‖ nous t'appelons sept fois.Viens rapporter à Dieu‖ les peuples et les rois,Car l'Éternel t'attend,‖ assis sur les nuées.
Toutes les profondeurs‖ frémirent, remuées.
Un vieillard blanc et pâle‖ apparut dans la nuit.
XIV
Debout, morne, il tremblait‖ comme un homme qui fuit,Et des mains le tenaient‖ au collet dans la brume.Vêtu de lin plus blanc‖ qu'un encensoir qui fume,Il avait, spectre blême‖ aux idoles pareil,Les baisers de la foule‖ empreints sur son orteil,Dans sa droite un bâton‖ comme l'antique archonte,Sur son front la tiare,‖ et dans ses yeux la honte.De son cou descendait‖ un long manteau doré,Et dans son poignet gauche‖ il tenait, effaré,Comme un voleur surpris‖ par celui qu'il dérobe,Des clefs qu'il essayait‖ de cacher sous sa robe.Il était effrayant‖ à force de terreur.Quand surgit ce vieillard,‖ on vit dans la lueurL'ombre et le mouvement‖ de quelqu'un qui se penche.A l'apparition‖ de cette robe blanche,Au plus noir de l'abîme‖ un tonnerre gronda.L'archange, tout à coup‖ terrible, regarda,De cet œil flamboyant‖ que vit luire Sodome,L’ombre profonde, et dit :— Connaissez-vous cet homme ?Alors, de tous les points‖ de ces immensités,Tous, — car je m'aperçus‖ que tous étaient restés, —Des flancs de la nuée‖ et du bord des abîmes,De toutes parts, en haut,‖ en bas, tyrans, victimes,Mères, enfants, vieillards,‖ les juges, les jugés,Les égorgeurs mêlés‖ avec les égorgés,Les grands et les petits,‖ les obscurs, les célèbres,Tous ceux que j'avais vus‖ passer dans les ténèbres,Avançant leur front triste,‖ ouvrant leur œil terni.Fourmillement affreux‖ qui peuplait l'infini,Tous ces spectres vivant,‖ parlant, riant naguère,Martyrs, bourreaux, et gens‖ du peuple et gens de guerre,Regardant l'homme blanc‖ d'épouvante ébloui,Élevèrent la main‖ et crièrent : C'est lui.
Et pendant qu'ils criaient,‖ sa robe devint rouge.Au fond du gouffre où rien‖ ne tressaille et ne bougeUn écho répéta :‖ — C'est lui ! — Les sombres roisDirent : — C'est lui ! c'est lui !‖ c'est lui ! voilà sa croix !Les clefs du paradis‖ sont dans ses mains fatales. —Et l'homme-loup, debout‖ sur les cadavres pâlesDont le sang tiède encor‖ tombait dans l'infini,Cria d'une voix rauque‖ et sourde : — Il m'a béni !
Et la lueur soudain‖ grandit, funèbre et pure,Et devint formidable‖ ainsi qu'une figure.Il semblait que ce fût‖ le jour qui se levait.
XV
L'ange, pareil au lys‖ que la candeur revêt,Dit au vieillard :— Écoute et vois. Le juge est proche.Tu sais pourquoi tu viens‖ et ce qu'on te reproche,Réponds. —Lui se tourna vers l’ange en frissonnant,Et je vis le spectacle‖ horrible et surprenantD'un homme qui vieillit‖ pendant qu'on le regarde.L'agonie éteignit‖ sa prunelle hagarde,Sa bouche bégaya,‖ son jarret se rompit,Ses cheveux blanchissaient‖ sur son front décrépit,Ses tempes se ridaient‖ comme si les annéesS'étaient subitement‖ sur sa face acharnées,Ses yeux pleuraient, ses dents‖ claquaient comme au gibetLes genoux d'un squelette,‖ et sa peau se plombait,Et, stupide, il baissait,‖ à chaque instant plus pâle,Sa tête qu'écrasait‖ la tiare papale.
L’ange dit :— Comprends-tu, vieillard, ce que tu vois ?
Il frappa sa poitrine‖ et demeura sans voix,Et je vis, ô terreur !‖ qu'il vieillissait encore.Farouche, il regardait‖ cette lugubre auroreEt la robe de sang‖ dont il était vêtu.
L’ange reprit :— Voyons, défends-toi, parle ; as-tu,Pour lui jeter ta faute‖ et pour qu'il en réponde,Au-dessus de ta tête‖ un être dans ce monde ?
Et l’homme répondit :— Je n’ai que vous, mon Dieu !Alors je crus voir luire‖ un rayon du ciel bleu,Des sept anges rêveurs‖ les clairons se baissèrent,Le gouffre, que les nuits‖ insondables enserrent,Frémit comme frémit‖ l'oiseau pris au lacet,Et l'espace entendit‖ une voix qui disait :
XVI
« Les vivants sous le ciel‖ tremblent, souffrent et pleurent ;« La vertu, la raison‖ et la sagesse meurent ;« Le crime est couronné.« L'homme récolte ici‖ ce que là-bas il sème.« Mastaï, Mastaï,‖ Pie appelé neuvième,« Approche, infortuné !
« Nul ne s'évade. Ici‖ les choses sont connues,« Les os sont transparents‖ et les âmes sont nues ;« Ici tout est clartés ;« L'ombre de l'homme prend‖ la forme de sa vie,« La justice affamée‖ ici n'est assouvie« Que de réalités.
« Quand les princes foulaient‖ aux pieds les multitudes,« Transformaient des pays‖ vivants en solitudes,« Dressaient les échafauds,« Et marchaient sur le peuple,‖ affreux, vainqueurs, superbes,« Comme le moissonneur‖ à grands pas dans les herbes« Marche avec une faulx ;
« Tandis que l'orphelin‖ pleurait avec la veuve,« Et que l'humanité‖ gémissait comme un fleuve,« Et qu'eux étaient joyeux,« Et qu'ils pillaient le peuple‖ avec leurs économes,« Tandis que tous ces rois‖ versaient le sang des hommes« Comme moi l'eau des cieux ;
« Tandis que des couteaux‖ ils aiguisaient les pointes,« Toi, tu les bénissais ;‖ tu tombais les mains jointes« A genoux sous un dais,« Et tu me rendais grâce,‖ à moi, souverain maître,« Ne t'imaginant pas‖ que j'existais, ô prêtre,« Et que je t'entendais !
« Me voici. Vois ma face ;‖ et sache que j'existe.« O malheureux, regarde‖ en toi-même et sois triste.« Une main t'a saisi ;« Comme une vision‖ rappelle-toi le monde ;« Ceci c'est ma clarté ;‖ le reste est nuit profonde ;« C'est moi qui suis ici !
« Sache que c'était moi‖ qui t'avais mis au faîte.« Le jour où, proclamé‖ roi, pontife et prophète,« Joyeux, tu te courbas,« Tandis qu'on t'enivrait‖ d'un hymne de victoire,« Et que tout l'univers‖ te chantait dans ta gloire,« Je t'ai parlé tout bas ;
« Je t'ai dit : — Mastaï,‖ je te charge des hommes.« Voici la clef du coffre‖ et le compte des sommes« Qu'il faudra rendre un jour.Sois le gardien sublime‖ et le grand solitaire.« C'est toi qui veilleras‖ au centre de la terre« Sur le haut de ma tour.
« Je t'ai dit : — Mastaï,‖ travaille en ma présence,« Remets de la vertu‖ dans l'âme où l'innocence« Lentement se détruit ;« C'est toi qui verseras‖ de l'huile dans ma lampe,« Pour qu'en l'esprit de l'homme,‖ où le mal parfois rampe,« Il ne soit jamais nuit.
« Je t'ai dit : — Mastaï,‖ chasse Satan, s'il entre.« Tous les crimes hideux,‖ rôdant hors de leur antre« Guettant l'homme éprouvé,« Te trouveront debout‖ sur leur route, ô pontife,« Et fermeront leur gueule‖ et baisseront leur griffe« Devant ton doigt levé.
« Or, le monde t'a vu,‖ toi le saint, toi l'auguste,« Dire au crime : courage !‖ et la porte du juste« A tremblé sur ses gonds,« Tu louas les bourreaux‖ vainqueurs, toi mon ministre ;« Tu pris sur tes genoux,‖ magicien sinistre,« La tête des dragons.
« Devant le créateur,‖ devant les créatures,« Tu mis sur les tyrans,‖ tu mis sur les parjures,« Sur le vol effronté,« Sur le meurtre ivre et fou‖ qui dans le sang se plonge,« Tu mis sur cet amas‖ d'horreur et de mensonge« Mon sceau de vérité.
« Chien du troupeau, tu fus‖ un loup comme les autres !« O rois, ses attentats‖ amnistiaient les vôtres ;« Si bien, pape romain,« Qu'aujourd'hui dans le trouble‖ et dans l'inquiétude,« Pas un abri lointain,‖ pas une certitude« Ne reste au genre humain !
« Pure étoile éclairant‖ les vivants dans leurs routes,« La vérité brillait‖ au fond des sombres voûtes« Où l'œil de l'homme atteint,« Je t'avais, comme Aron‖ et comme Zoroastre,« Mis si haut que toi seul‖ pouvais souffler sur l'astre ;« Prêtre, tu l'as éteint !
« J'avais entre tes mains‖ déposé la justice,« De peur que l'homme n'erre‖ et ne se pervertisse« Comme au temps de Japhet,« Des âmes des vivants‖ j'avais fait ton domaine,« Je t'avais confié‖ la conscience humaine.« Réponds, qu'en as-tu fait ?
XVII
L'homme resta béant,‖ et, sans cri, sans prièreEt sans souffle, il tomba‖ les deux mains en arrière,Comme s'il eût été‖ poussé par la clarté.Je sentis tressaillir‖ l'obscure éternité.
Et, comme je fuyais,‖ dans la nuée ardenteUne face apparut‖ et me cria : Mon Dante,Prends ce pape qui fit‖ le mal et non le bien,Mets-le dans ton enfer,‖ je le mets dans le mien.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 340[aa] 15[abba]
- Mètre
- Alexandrins surtout (739 de 12, 30 de 6)· profil 6, 6+6
- Mots à la rime
- a dit / refroidit masculine, classiqueb l'arbre / marbre féminine, classiquec côté / obscurité masculine, classiqued funèbres / ténèbres féminine, classiquee pesants / ans masculine, classiquef poème / dix-neuvième féminine, classiquea n'avais / chevets masculine, classiqueb sombre / nombre féminine, classiquec quoi / moi masculine, classiqued habituées / nuées féminine, classiquee au-dessous / dissous masculine, classiquef première / lumière féminine, classiqueg d'or / d'Endor masculine, classiqueh météore / l'aurore féminine, classiquei frémissement / diamant masculine, classiquej livide / vide féminine, classiquek flotter / porter masculine, classiquel vivante / d'épouvante féminine, classiquem obscur / mur masculine, classiquen mornes / bornes féminine, classiqueo construit / nuit masculine, classiquep abîmes / subîmes féminine, classiqueb l'espoir / noir masculine, classiquec terre / mystère féminine, classiquea obscurci / si masculine, classiqueb paupières / pierres féminine, classiquec parvis / vis masculine, classiqued insondable / formidable féminine, classiquee plafond / fond masculine, classiquef rampe / lampe féminine, classiqueg agité / éternité masculine, classiqueh terrible / impossible féminine, classiquei perdu / éperdu masculine, classiquej lourde / sourde féminine, classiquek infini / jauni masculine, classiquel immobile / tranquille féminine, classiquem silencieux / yeux masculine, classiquen allumée / inanimée féminine, classiqueo firmament / lugubrement masculine, classiquep flamme / âme féminine, classiqueq sentait / méditait masculine, classiquea éternelles / prunelles féminine, classiqueb tremblement / rayonnement masculine, classiquec prophètes / trompettes féminine, classiqued vermeils / pareils masculine, classiquee Farnèse / fournaise féminine, classiquef clarté / illimité masculine, classiqueg lumière / prière féminine, classiqueh fuit / nuit masculine, classiquei blême / moi-même féminine, classiquej quelqu'un / commun masculine, classiquek juge / peur / refuge féminine, classiqueb jamais / sommets masculine, classiquec désespérées / effarées féminine, classiqued sueur / lueur masculine, classiquee recule / crépuscule féminine, classiquef bas / pas masculine, classiqueg hommes / sommes féminine, classiqueh inaperçus / au-dessus masculine, classiquei sème / soi-même féminine, classiquej vous / genoux masculine, classiquek horrible / l'invisible féminine, classiquel nuit / bruit masculine, classiquem rencontre / montre féminine, classiquen amours / toujours masculine, classiqueo pénètre / connaître féminine, classiquep vont / fond masculine, classiquea l’enfer / l’espace / passe féminine, classiqueb surprenant / rayonnant masculine, classiquec apôtres / autres féminine, classiqued romains / mains masculine, classiquee superbe / verbe féminine, classiquef distinctement / diamant masculine, classiqueg vénèrent / sonnèrent féminine, classiquea trépassés / comparaissez masculine, classiqueb colombes / tombes féminine, classiquec fois / bois masculine, classiqued pleure / l'heure féminine, classiquee vents / vivants masculine, classiquea s'émurent / murmurent féminine, classiqueb muet / remuait masculine, classiquec fumée / armée féminine, classiqued flottant / montant masculine, classiquee rage / d'orage féminine, classiquef soir / voir masculine, classiquea foule / houle féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquec nomme / homme féminine, classiqued moi / L'effroi masculine, classiquee d'ombres / décombres féminine, classiquef chassât / forçat masculine, classiqueg bêtes / têtes féminine, classiqueh fouet / jouet masculine, classiquei cervelles / javelles féminine, classiquej gibet / courbait masculine, classiquek solitaire / terre féminine, classiquel ruisseaux / os masculine, classiquem mitrailles / entrailles féminine, classiquen échevelés / mêlés masculine, classiqueo têtes / tempêtes féminine, classiquep accablés / voilés masculine, classiqueq mères / amères féminine, classiquer font / fond masculine, classiques s'arrêtèrent / ôtèrent féminine, classiquet Seigneur / bonheur masculine, classiqueu inflexible / inaccessible féminine, classiquev gémissement / moment masculine, classiqueb oreille / veille féminine, classiquec prévaut / haut masculine, classiqued tonnerre / terre féminine, classiqueb l'équité / liberté masculine, classiquec encense / l'innocence féminine, classiqued marteau / poteau masculine, classiquee l'épée / coupée féminine, classiquef dent / pendant masculine, classiqueg énormes / difformes féminine, classiqueh punissez / chassés masculine, classiquei exile / l'asile féminine, classiquej Dieu / jeu masculine, classiquek base / vase féminine, classiquel mort / nord masculine, classiquem fosses / grosses féminine, classiquen jadis / bandits masculine, classiqueo mortes / portes féminine, classiquep ensanglantés / jetés masculine, classiqueq piques / tropiques féminine, classiquer pontons / sortons masculine, classiques plaie / claie féminine, classiquet tombeau / flambeau masculine, classiqueu venge / l'ange féminine, classiquea soldats / védas masculine, classiqueb raconte / monte féminine, classiqueb obscurci / Ici masculine, classiquea ville / immobile féminine, classiqueb fer / Gaïfer masculine, classiquec fatales / brutales féminine, équivalented front / rond masculine, classiquee tanière / manière féminine, classiquef talons / bataillons masculine, classiqueg inconnues / avenues féminine, classiqueh légions / régions masculine, classiquei diminuées / nuées féminine, classiquej d'airain / souterrain masculine, classiquek phare / fanfare féminine, classiquel ailerons / escadrons masculine, classiquem centaures / sonores féminine, classiquen flamboiement / brusquement masculine, classiqueo désordre / mordre féminine, classiquep poing / point masculine, classiqueq étonnées / enchaînées féminine, non classiquer garrotté / épouvanté masculine, classiquea l'être / reître féminine, classiqueb férocité / clarté masculine, classiquea vous / armées / ranimées féminine, classiqueb seins / assassins masculine, classiqueb confondre / répondre féminine, classiquea assassins / l’ange / essaims masculine, classiqueb plaines / Dirent / capitaines féminine, classiquec inhumain / main masculine, classiqued retombe / tombe féminine, classiqueb blonds / aquilons masculine, classiquea disparurent / coururent féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquea tonnerre / guerre féminine, classiqueb irrité / autorité masculine, classiquec bouches / farouches féminine, classiqued Irmensuls / consuls masculine, classiquea capitaines / tu / hautaines féminine, classiqueb taisez-vous / courroux masculine, classiquec endormie / ennemie féminine, classiqueb passé / écrasé masculine, classiquec chauves / fauves féminine, classiqued l'échafaud / haut masculine, classiquee répondre / fondre féminine, classiqueb genoux / dirent / nous masculine, classiquec juges / déluges féminine, classiqued sacrés / vénérés masculine, classiquee vivante / vante féminine, classiquef sang / l'innocent masculine, classiqueg poussée / pensée féminine, non classiqueh l'esprit / crime / reprit masculine, classiquei Allez / d’écume / brume féminine, classiqueb épaissis / assis masculine, classiquec simarres / mares féminine, classiqued piloris / surpris masculine, classiquee face / basse féminine, classiquef front / cria / mentiront masculine, classiqueg parlez / taire / terre féminine, classiqueh loi / moi masculine, classiquei auguste / juste féminine, classiquej heureux / ténébreux masculine, classiquek s'effraie / orfraie féminine, classiquel lois / voix masculine, classiquem cuivre / livre féminine, classiquen habits / brebis masculine, classiqueo agonies / gémonies féminine, classiquep vêtu / vertu masculine, classiqueq trompent / corrompent féminine, classiquer remords / morts masculine, classiques exécrables / répondre / misérables féminine, classiquet tous / dirent / nous masculine, classiqueu alors / princes / provinces féminine, classiquev actions / obéissions masculine, classiquew mages / images féminine, classiquex Dieu / parurent / milieu masculine, classiqueb impure / luxure féminine, classiquec celui-ci / saisi masculine, classiqued ressemblances / silences féminine, classiquee béant / néant masculine, classiquef l'épaule / pôle féminine, classiqueg midi / engourdi masculine, classiqueh tête / faîte féminine, classiquei d'Issachar / char masculine, classiquej glacée / renversée féminine, classiquek vent / vivant masculine, classiquel lentes / volantes féminine, classiquem clarté / emporté masculine, classiquen mornes / licornes féminine, classiqueo ayant / flamboyant masculine, classiquep l'aile / parallèle féminine, classiqueq cieux / essieux masculine, classiquer roues / proues féminine, classiques mouvoir / voir masculine, classiquet l'ombre / sombre féminine, classiqueu hideux / d'eux masculine, classiqueb squelettes / violettes féminine, classiquec baigné / traîné masculine, classiqued hache / moustache féminine, classiquee étonné / couronné masculine, classiquef guerrière / derrière féminine, classiqueg linceul / seul masculine, classiqueh morose / chose féminine, classiquei baissant / sang masculine, classiquej jure / obscure féminine, non classiqueb différents / grands masculine, classiquec nature / mesure féminine, classiqued partis / petits masculine, classiquee humaine / vaine féminine, classiquef Apennins / nains masculine, classiqueg indécise / Pise féminine, classiquea éclipsés / dit / vous / répondit masculine, classiqueb ancêtres / maîtres féminine, classiqueb tous / sortez-vous masculine, classiquec dire / délire féminine, classiqued éperdu / répandu masculine, classiquee démence / immense féminine, classiquef firmament / amusement masculine, classiqueg étable / table féminine, classiqueh châtiment / froidement masculine, classiquei armures / mûres féminine, classiquek s'élève / grève féminine, classiquel précédés / répondez masculine, classiquem immonde / commis / monde féminine, classiquen ouragans / arrogants masculine, classiqueo s'échappe / Criait / nous / donc / pape féminine, classiquep docteur / pasteur masculine, classiqueq vicaire / chaire féminine, classiquer voix / rois masculine, classiques impie / copie féminine, classiquet Thabor / d'or masculine, classiqueu âmes / dictames féminine, classiquev écrit / Jésus-Christ masculine, classiquew touche / bouche féminine, classiquex l'homme-vérité / liberté masculine, classiquey l'apôtre / l'autre féminine, classiquez pervers / l'univers masculine, classiquea suprême / l'anathème féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquec mère / sanctuaire féminine, classiqued mort / tort masculine, classiquee rêve / glaive féminine, classiquef coups / tous masculine, classiqueg l'offertoire / ciboire féminine, classiqueh frapper / couper masculine, classiquei potences / sentences féminine, classiquej Feu / Dieu masculine, classiquek faire / sphère féminine, classiquel dénonçons / leçons masculine, classiquem exemple / temple féminine, classiquen ciel / universel masculine, classiquea cria / homme / dirent / Rome féminine, classiqueb fois / rois masculine, classiquec nuées / remuées féminine, classiquea nuit / fuit masculine, classiqueb brume / fume féminine, classiquec pareil / orteil masculine, classiqued archonte / honte féminine, classiquee doré / effaré masculine, classiquef dérobe / robe féminine, classiqueg terreur / lueur masculine, classiqueh penche / blanche féminine, classiquei gronda / regarda masculine, classiquej Sodome / dit / homme féminine, classiquek immensités / restés masculine, classiquel abîmes / victimes féminine, classiquem jugés / égorgés masculine, classiquen célèbres / ténèbres féminine, classiqueo terni / l'infini masculine, classiquep naguère / guerre féminine, classiqueq ébloui / lui masculine, classiquea rouge / bouge féminine, classiqueb rois / croix masculine, classiquec fatales / pâles féminine, classiqued l'infini / béni masculine, classiquea pure / figure féminine, classiqueb levait / revêt masculine, classiqueb vieillard / proche / reproche féminine, classiquec Réponds / frissonnant / surprenant masculine, classiqued regarde / hagarde féminine, classiquee rompit / décrépit masculine, classiquef années / acharnées féminine, classiqueg gibet / plombait masculine, classiqueh pâle / papale féminine, classiquea dit / vois / voix masculine, classiqueb encore / aurore féminine, classiquec vêtu / reprit / tu masculine, classiqueb réponde / monde féminine, classiquea répondit / Dieu / bleu masculine, classiqueb baissèrent / enserrent féminine, classiquec lacet / disait masculine, classiquea pleurent / meurent féminine, classiqueb couronné / infortuné masculine, classiquec sème / neuvième féminine, classiquea connues / nues féminine, classiqueb clartés / réalités masculine, classiquec vie / assouvie féminine, classiquea multitudes / solitudes féminine, classiqueb échafauds / faulx masculine, classiquec superbes / herbes féminine, classiquea veuve / fleuve féminine, classiqueb joyeux / cieux masculine, classiquec économes / hommes féminine, classiquea pointes / jointes féminine, classiqueb dais / t'entendais masculine, classiquec maître / prêtre féminine, classiquea j'existe / triste féminine, classiqueb saisi / ici masculine, classiquec monde / profonde féminine, classiquea faîte / prophète féminine, classiqueb courbas / bas masculine, classiquec victoire / gloire féminine, classiqueb jour / tour masculine, classiquea présence / l'innocence féminine, classiqueb détruit / nuit masculine, classiquec lampe / rampe féminine, classiquea entre / antre féminine, classiqueb éprouvé / levé masculine, classiquec pontife / griffe féminine, classiquea l'auguste / juste féminine, classiqueb gonds / dragons masculine, classiquec ministre / sinistre féminine, classiquea créatures / parjures féminine, classiqueb effronté / vérité masculine, classiquec plonge / mensonge féminine, classiquea autres / vôtres féminine, classiqueb romain / humain masculine, classiquec l'inquiétude / certitude féminine, classiquea routes / voûtes féminine, classiqueb atteint / éteint masculine, classiquec Zoroastre / l'astre féminine, classiquea justice / pervertisse féminine, classiqueb Japhet / fait masculine, classiquec domaine / humaine féminine, classiquea prière / arrière féminine, classiqueb clarté / éternité masculine, classiquea ardente / Dante féminine, classiqueb bien / mien masculine, classique
- Richesse
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Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
769 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources