La légende des siècles, 1883· XVII Le cercle des tyrans
Liberté
De quel droit mettez-vous‖ des oiseaux dans des cages ?
De quel droit ôtez-vous‖ ces chanteurs aux bocages,Aux sources, à l'aurore,‖ à la nuée, aux vents ?De quel droit volez-vous‖ la vie à ces vivants ?Homme, crois-tu que Dieu,‖ ce père, fasse naîtreL'aile pour l'accrocher‖ au clou de ta fenêtre ?Ne peux-tu vivre heureux‖ et content sans cela ?Qu'est-ce qu'ils ont donc fait‖ tous ces innocents-là,Pour être au bagne avec‖ leur nid et leur femelle ?
Qui sait comment leur sort‖ à notre sort se mêle ?Qui sait si le verdier‖ qu'on dérobe aux rameauxQui sait si le malheur‖ qu'on fait aux animauxEt si la servitude‖ inutile des bêtesNe se résolvent pas‖ en Nérons sur nos têtes ?Qui sait si le carcan‖ ne sort pas des licous ?Oh ! de nos actions‖ qui sait les contre-coups,Et quels noirs croisements‖ ont au fond du mystèreTant de choses qu'on fait‖ en riant sur la terre ?Quand vous cadenassez‖ sous un réseau de ferTous ces buveurs d'azur‖ faits pour s'enivrer d'air,Tous ces nageurs charmants‖ de la lumière bleue,Chardonneret, pinson,‖ moineau franc, hochequeue,Croyez-vous que le bec‖ sanglant des passereauxNe touche pas à l'homme‖ en heurtant ces barreaux ?Prenez garde à la sombre‖ équité ! Prenez garde !Partout où pleure et crie‖ un captif, Dieu regarde.Ne comprenez-vous pas‖ que vous êtes méchants ?A tous ces enfermés‖ donnez la clef des champs !Aux champs les rossignols,‖ aux champs les hirondelles !Les âmes expieront‖ tout ce qu'on fait aux ailes.La balance invisible‖ a deux plateaux obscurs.Prenez garde aux cachots‖ dont vous ornez vos murs !Du treillage aux fils d'or‖ naissent les noires grilles ;La volière sinistre‖ est mère des bastilles.Respect aux doux passants‖ des airs, des prés, des eaux !Toute la liberté‖ qu'on prend à des oiseauxLe destin juste et dur‖ la reprend à des hommes.Nous avons des tyrans‖ parce que nous en sommes.Tu veux être libre, homme ?‖ et de quel droit, ayantChez toi le détenu,‖ ce témoin effrayant ?Ce qu'on croit sans défense‖ est défendu par l'ombre.Toute l'immensité‖ sur le pauvre oiseau sombreSe penche, et te dévoue‖ à l'expiation.Je t'admire oppresseur‖ criant : oppression !Le sort te tient pendant‖ que ta démence braveCe forçat qui sur toi‖ jette une ombre d'esclave ;Et la cage qui pend‖ au seuil de ta maisonVit, chante, et fait sortir‖ de terre la prison.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a cages / bocages féminine, classiqueb vents / vivants masculine, classiquec naître / fenêtre féminine, classiqued cela / innocents-là masculine, classiquee femelle / mêle féminine, classiqueb rameaux / animaux masculine, classiquec bêtes / têtes féminine, classiqued licous / contre-coups masculine, classiquee mystère / terre féminine, classiquef fer / d'air masculine, classiqueg bleue / hochequeue féminine, classiqueh passereaux / barreaux masculine, classiquei garde / regarde féminine, classiquej méchants / champs masculine, classiquek hirondelles / ailes féminine, classiquel obscurs / murs masculine, classiquem grilles / bastilles féminine, classiquen eaux / oiseaux masculine, classiqueo hommes / sommes féminine, classiquep ayant / effrayant masculine, classiqueq l'ombre / sombre féminine, classiquer l'expiation / oppression masculine, classiques brave / d'esclave féminine, classiquet maison / prison masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources