La légende des siècles, 1859· I D’ève à jésus
Première rencontre du Christ avec le tombeau
En ce temps-là, Jésus‖ était dans la Judée ;Il avait délivré‖ la femme possédée,Rendu l'ouïe aux sourds‖ et guéri les lépreux ;Les prêtres l'épiaient‖ et parlaient bas entre eux.Comme il s'en retournait‖ vers la ville bénie,Lazare, homme de bien,‖ mourut à Béthanie.Marthe et Marie étaient‖ ses sœurs ; Marie, un jour,Pour laver les pieds nus‖ du maître plein d'amour,Avait été chercher‖ son parfum le plus rare.Or, Jésus aimait Marthe‖ et Marie et Lazare.Quelqu’un lui dit : Lazare est mort.Le lendemain,Comme le peuple était‖ venu sur son chemin,Il expliquait la loi,‖ les livres, les symboles,Et, comme Élie et Job,‖ parlait par paraboles.Il disait : — Qui me suit,‖ aux anges est pareil.Quand un homme a marché‖ tout le jour au soleilDans un chemin sans puits‖ et sans hôtellerie,S'il ne croit pas, quand vient‖ le soir, il pleure, il crie ;Il est las ; sur la terre‖ il tombe haletant.S'il croit en moi, qu'il prie,‖ il peut au même instantContinuer sa route‖ avec des forces triples. —Puis il s'interrompit,‖ et dit à ses disciples :— Lazare, notre ami,‖ dort ; je vais l'éveiller. —Eux dirent : — Nous irons,‖ maître, où tu veux aller. —Or, de Jérusalem,‖ où Salomon mit l'arche,Pour gagner Béthanie,‖ il faut trois jours de marche.Jésus partit. Durant‖ cette route souvent,Tandis qu'il marchait seul‖ et pensif en avant,Son vêtement parut‖ blanc comme la lumière.
Quand Jésus arriva,‖ Marthe vint la première,Et, tombant à ses pieds,‖ s'écria tout d'abord :— Si nous t'avions eu, maître,‖ il ne serait pas mort.Puis reprit en pleurant :‖ — Mais il a rendu l'âme.Tu viens trop tard. Jésus‖ lui dit : — Qu'en sais-tu, femme ?Le moissonneur est seul‖ maître de la moisson.
Marie était restée‖ assise à la maison.
Marthe lui cria : — Viens,‖ le maître te réclame.Elle vint. Jésus dit :‖ — Pourquoi pleures-tu, femme ?Et Marie à genoux‖ lui dit : — Toi seul es fort.Si nous t'avions eu, maître,‖ il ne serait pas mort.Jésus reprit : — Je suis‖ la lumière et la vie.Heureux celui qui voit‖ ma trace et l'a suivie !Qui croit en moi vivra,‖ fût-il mort et gisant. —Et Thomas, appelé‖ Didyme, était présent.Et le seigneur, dont Jean‖ et Pierre suivaient l'ombre,Dit aux juifs accourus‖ pour le voir en grand nombre :— Où donc l'avez-vous mis ?‖ — Ils répondirent : Vois,Lui montrant de la main,‖ dans un champ, près d'un bois,A côté d'un torrent‖ qui dans les pierres coule,Un sépulcre.Et Jésus pleura.Sur quoi la fouleSe prit à s'écrier :‖ — Voyez comme il l'aimait !Lui qui chasse, dit-on,‖ Satan et le soumet,Eût-il, s'il était Dieu,‖ comme on nous le rapporte,Laissé mourir quelqu'un‖ qu'il aimait de la sorte ?
Or, Marthe conduisit‖ au sépulcre Jésus.Il vint. On avait mis‖ une pierre dessus,— Je crois en vous, dit Marthe,‖ ainsi que Jean et Pierre ;Mais voilà quatre jours‖ qu'il est sous cette pierre.
Et Jésus dit : — Tais-toi,‖ femme, car c'est le lieuOù tu vas, si tu crois,‖ voir la gloire de Dieu. —Puis il reprit : — Il faut‖ que cette pierre tombe. —La pierre ôtée, on vit‖ le dedans de la tombe.
Jésus leva les yeux‖ au ciel et marcha seulVers cette ombre où le mort‖ gisait dans son linceul,Pareil au sac d'argent‖ qu'enfouit un avare.Et, se penchant, il dit‖ à haute voix : Lazare !
Alors le mort sortit‖ du sépulcre ; ses piedsDes bandes du linceul‖ étaient encor liés ;Il se dressa debout‖ le long de la muraille ;Jésus dit : — Déliez‖ cet homme, et qu'il s'en aille. —Ceux qui virent cela‖ crurent en Jésus-Christ.
Or, les prêtres, selon‖ qu'au livre il est écrit,S'assemblèrent, troublés,‖ chez le prêteur de Rome ;Sachant que Christ avait‖ ressuscité cet homme,Et que tous avaient vu‖ le sépulcre s'ouvrir,Ils dirent : — Il est temps‖ de le faire mourir.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 38((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a Judée / possédée féminine, classiqueb lépreux / eux masculine, classiquec bénie / Béthanie féminine, classiqued jour / d'amour masculine, classiquee rare / Lazare féminine, classiquef mort / lendemain / chemin masculine, classiqueg symboles / paraboles féminine, classiqueh pareil / soleil masculine, classiquei hôtellerie / crie féminine, classiquej haletant / instant masculine, classiquek triples / disciples féminine, classiquel l'éveiller / aller masculine, classiquem l'arche / marche féminine, classiquen souvent / avant masculine, classiqueo lumière / première féminine, classiqueb d'abord / mort masculine, classiquec l'âme / femme féminine, classiqued moisson / maison masculine, classiquea réclame / femme féminine, classiqueb fort / mort masculine, classiquec vie / suivie féminine, classiqued gisant / présent masculine, classiquee l'ombre / nombre féminine, classiquef Vois / bois masculine, classiqueg coule / sépulcre / pleura / foule féminine, classiqueh l'aimait / soumet masculine, classiquei rapporte / sorte féminine, classiquea Jésus / dessus masculine, classiqueb Pierre / pierre féminine, classiquea lieu / Dieu masculine, classiqueb tombe féminine, classiquea seul / linceul masculine, classiqueb avare / Lazare féminine, classiquea pieds / liés masculine, classiqueb muraille / aille féminine, classiquec Jésus-Christ / écrit masculine, classiqueb Rome / homme féminine, classiquec s'ouvrir / mourir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
79 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources