Le verso de la page, 1858
« Non, ce n'est pas la fin. Non, non, tout n'est pas dit »
Non, ce n'est pas la fin.‖ Non, non, tout n'est pas dit.Ô morne anxiété‖ qui germe et qui grandit !Tourment de la pensée‖ après l'œuvre achevée !Stupeur de l'aigle esprit‖ en voyant sa couvée !Scrupules du songeur‖ sur ce qu'il a songé.Se venger, c'est la loi‖ du passé submergé.C'est la vieille coutume‖ et c'est la vieille table ;Tout n'est pas dit après‖ le verdict lamentablePrononcé par les cris, les pleurs, les désespoirs.Vous êtes des bourreaux‖ vous-mêmes, masques noirs !Et le bourreau n'a pas‖ le dernier la parole.L'avenir triomphant‖ veut une autre auréoleQue l'âpre flamboiement‖ des expiations.Ô Dieu, vous m'envoyez‖ les pâles visions ;Ô Dieu, comment choisir‖ dans toutes ces nuées ?La vierge est implacable ;‖ et les prostituéesSont féroces ; le mal,‖ le bien sont toujours prêts,Hélas, à se servir‖ des mêmes couperets !
Les révolutions,‖ ces grandes affranchies !Sont farouches ; étant‖ filles des monarchies.
Donc, quand le genre humain‖ voulut, enfin lassé,Entrer dans l'avenir‖ et sortir du passé,Il n'aperçut pas d'autre‖ ouverture que celleQui s'offrait, sous ce fer‖ où l'éclair étincelle,Entre ces deux poteaux,‖ chambranles effrayants !Oui, c'est la seule issue,‖ hommes, troupeaux fuyants ;Sortez par ce sépulcre.‖ O mystère insondable !Hélas ! c'est du passé‖ la porte formidable !Entrez dans l'avenir‖ par ce pas sépulcral.C'est à travers le mal‖ qu'il faut sortir du mal.Le genre humain, pour fuir‖ de la sanglante ornière,Marche sur une tête‖ humaine, la dernière ;C'est avec de l'enfer‖ qu'il commence les cieux ;Car l'homme en écrasant‖ le monstre est monstrueux.Éruption des droits‖ de l'homme ! Sombres laves !Sortie épouvantable‖ et fauve des esclaves !O toi que rien ne trouble‖ et ne fait dévier !Lugubre enfantement‖ du Vingt-et-un janvier !Tout un monde surgit,‖ tout un monde s'écroule !Fiacre horrible qui passe‖ au milieu de la foule !Sacerdoce et pouvoir‖ sont là ; que disent-ils ?Morne chuchotement‖ de ces deux noirs profils !Pendant qu'autour d'eux gronde,‖ éclate et se proclameLa révolte du peuple‖ et l'émeute de l'âme,Pendant que, sur la terre‖ et dans le firmament,On entend le funèbre‖ et double craquementDe l'ancien paradis‖ et de l'ancien royaume,Le roi spectre tout bas‖ parle au prêtre fantôme.
Qu'est-ce qu'il avait fait,‖ ce roi, ce condamné,Ce patient pensif‖ et pâle ? il était né.Est-ce une injuste mort ?‖ qui donc l'oserait dire ?C'est la punition ;‖ c'est aussi le martyre.Responsabilité‖ sombre de l'innocent !O révolutions !‖ l'idéal est en sang ;Le grandiose est fauve‖ et l'horrible est sublime ;Et comment expliquer‖ ces aspects de l'abîme ?
Oh ! quels chocs de faisceaux,‖ de tribuns, de pavois !Je vois luire les fronts,‖ j'entends parler les voix ;La lumière est accrue‖ et l'ombre est agrandie ;Toute cette héroïque‖ et fière tragédiePasse devant mes yeux‖ comme par tourbillons.
La Marseillaise dit :‖ Formez vos bataillons !Là-bas, dans un rayon de gouffre et de colère,Le vieux bonnet damné‖ du forçat séculaireLuit au bout d'une pique,‖ étrange labarum.Ce n'est pas un sénat,‖ ce n'est pas un forum,C'est un tas de titans‖ qui vient tout reconstruire.Tous ces colosses noirs‖ se mettent à bruire.Nuit, tempête ; océan‖ épouvantable et beau !Chaque vague qui fuit‖ s'appelle Mirabeau,Robespierre, Brissot,‖ Guadet, Buzot, Barnave,Pétion… Hébert salit‖ l'écume de sa bave.— Et, submergé, saignant,‖ arraché, mort, épars,Le vieux dogme, partout,‖ noyé de toutes parts,Tombe, et tout le passé‖ s'en va dans la même onde.
Danton parle ; il est plein‖ de la rumeur d'un monde ;C'est une idée et c'est‖ un homme ; il resplendit ;Il ébranle les cœurs‖ et les murs ; ce qu'il ditEst semblable au passage‖ orageux d'un quadrige ;Un torrent de parole‖ énorme qu'il dirige,Un verbe surhumain,‖ superbe, engloutissant,S'écroule de sa bouche‖ en tempête, et descendEt coule et se répand‖ sur la foule profonde.Il bâtit ? non, il brise ;‖ il détruit ? non, il fonde.Pendant qu'il jette au vent‖ de l'avenir ses crisMêlés à la clameur‖ des vieux trônes proscrits,Le peuple voit passer‖ une roue inouïeDe tonnerre et d'éclairs‖ dont l'ombre est éblouie ;Il parle ; il est l'élu,‖ l'archange, l'envoyé !Et l'interrompra-t-on ?‖ qui l'ose est foudroyé !Qui pourrait lui barrer‖ la route ? qui ? personne.Tout ploie en l'écoutant,‖ tout vibre, tout frissonne,Tant ces discours tombés‖ d'en haut sont accablants,Tant l'âme est forte, et tant,‖ pour les hommes tremblants,Ces roulements du char‖ de l'esprit sont terribles !
Auprès des flamboyants‖ se dressent les horribles ;Justiciers, punisseurs,‖ vengeurs, démons du bien.— Grâce ! encore un moment !‖ grâce ! Ils répondent : Rien !
Entendez-vous Marat‖ qui hurle dans sa cave !Sa morsure au tyran‖ s'en va baiser l'esclave.Il souffle la fureur, les griefs acharnés ;La vengeance, la mort,‖ la vie, aux déchaînés ;A plat ventre, grinçant‖ des dents, livide, oblique,Il travaille à l’immense évasion publique ;Il perce l'épais mur‖ du bagne, et, dans son trou,Du grand cachot de l'ombre‖ il tire le verrou ;Il saisit l'ancien monde,‖ il en montre la plaie ;Il le traîne de rue‖ en rue, il est la claie ;Il est en même temps‖ la huée ; il écrit,Le vent d'orage emporte‖ et sème son esprit,Une feuille de fange‖ et d'aurore inondée,Espèce de guenille horrible de l’idée ;Il dénonce, il délivre ;‖ il console, il maudit ;De la liberté sainte‖ il est l'âpre bandit ;Il agite l'antique‖ et monstrueuse chaîne,Hideux, faisant sonner‖ le fer contre s'a haine ;On voit autour de lui‖ des ossements humains.Charlotte, ayant le cœur‖ des stoïques romains,Seule osera tenter‖ cet antre inabordable.Il est le misérable,‖ il est le formidable ;Il est l’auguste infâme ; il est le nain géant ;Il égorge, massacre, extermine, en créant ;Un pauvre en deuil l’émeut, un roi saignant le charme ;Sa fureur aime ; il verse,‖ une effroyable larme ;Fauve, il pleure avec rage‖ au secours des souffrants !Il crie au mourant : Tue !‖ Il crie au volé : Prends !Il crie à l'Opprimé :‖ Foule aux pieds ! broie ! accable !Doux pour une détresse et pour l’autre implacable,Il fait à cette foule ;‖ à cette nation,A ce peuple, un salut‖ d'extermination.Dur, mais grand ; front livide‖ entre les fronts célèbres !Ténébreux, il attaque et détruit les ténèbres.Cette chauve-souris‖ fait la guerre au corbeau.Prêtre imposteur du vrai,‖ difforme amant du beau,Il combat l'ombre avec‖ toutes, les armes noires,Pierres, boue et crachats,‖ affronts, cris dérisoires,Hymnes à l'échafaud,‖ poignard, rire infernal,Il puise à pleines mains‖ dans l'affreux arsenal ;Cet homme peut toucher‖ à tout, hors à la foudre.
La meule doit broyer‖ si le moulin veut moudre ;Sur les versants divers‖ des abîmes penchants ;Ceux qui paraissent bons,‖ ceux qui semblent méchants,Ébauchent en commun‖ la même délivrance ;Ils font le jour, ils font‖ le peuple, ils font la France.Qu'appelez-vous Bourbon,‖ majesté, roi, dauphin ?Toute chose dont sort‖ l'indigence, la faim,L'ignorance, le mal,‖ la guerre, l'homme brute,C'est fini, cela doit‖ s'en aller dans la chute.C'est une tête ? Eh bien,‖ le panier la reçoit.Ils marchent, détruisant‖ l'obstacle, quel qu'il soit ;Et c'est leur dogme à tous :‖ — tuer quiconque tue.Ruine où l'ordre éclôt,‖ vit et se constitue !
C'est par excès d'amour‖ qu'ils abhorrent ; bontéDevient haine ; ils n'ont plus‖ de cœur que d'un côtéÀ force de songer au sort des misérables,Et par miséricorde‖ ils sont inexorables.Pour eux, Louis dix sept,‖ c'est déjà tout un roi ;Qu'importe sa pâleur,‖ sa fièvre, son effroi ?Ils écoutent le triste‖ avenir qui sanglote.L'enfant a dans leurs mains‖ la lourdeur d'un despote ;Ils l'écrasent — meurs donc !‖ — sous le trône natal.Ainsi tous les débris‖ du vieux monde fatal,Évêques mis aux fers,‖ rois traînés à la barre,Disparaissent, broyés‖ sous leur pitié barbare.Tigres compatissants !‖ formidables agneaux !Le sang que Danton verse‖ éclabousse Vergniaux ;Sous la Montagne ainsi‖ qu'aux pieds de la GirondeLa même terre tremble‖ et le même flot gronde.Oui, le droit se dressa‖ sur les codes bâtards,Oui, l'on sentit, ainsi‖ qu'à tous les avatars,Le tressaillement sourd‖ du flanc des destinéesQuand, montant lentement‖ son escalier d'années,Le dix-huitième siècle‖ atteignit quatrevingt.Encor treize, le nombre‖ étrange, et le jour vint !Alors, comme il arrive‖ à chaque phénomène,A chaque changement‖ d'âme de l'âme humaine,Comme lorsque Jésus‖ mourut au Golgotha,L'éternel sablier‖ des siècles s'arrêta,Laissant l'heure incomplète‖ et discontinuée ;L'œil profond des penseurs‖ plongea dans la nuée,Et l'on vit une main‖ qui retournait le temps.On comprit qu'on touchait‖ aux solennels instants,Que tout recommençait,‖ qu'on entrait dans la phase,Que le sommet allait‖ descendre sous la base,Que le nadir allait‖ devenir le zénith,Que le peuple montait‖ sur le roi qui finit.
Un blême crépuscule‖ apparut sur Sodome,Promesse menaçante ;‖ et le peuple, pauvre homme,Mendiant dont le vent‖ tordait le vil manteau,Forçat dans sa galère‖ ou juif dans son ghetto,Se leva, suspendit‖ sa plainte monotone,Et rit, et s'écria :‖ — Voici la grande automne !La saison vient. C'est mûr.‖ Un signe est dans les cieux.
La Révolution,‖ pressoir prodigieux,Commença le travail‖ de la sainte récolte,Et, des cœurs comprimés‖ exprimant la révolte,Broyant les rois caducs‖ debout depuis Clovis,Fit son œuvre suprême‖ et triste, et, sous sa vis,Toute l'Europe fut‖ comme une vigne sombre.Alors, dans le champ vague‖ et livide de l'ombre ;Se répandit, fumant,‖ on ne sait quel, flot noir,O terreur ! et l'on vit ;‖ sous l'effrayant pressoir,Naître de la lumière‖ à travers d'affreux voiles,Et jaillir et couler‖ du sang et des étoiles ;On vit le vieux sapin‖ des trônes ruisseler,Tandis qu'on entendait‖ l'ancien monde râler,Et, le front radieux, la main rouge et fangeuse,Chanter la Liberté,‖ la grande vendangeuse.
Jours du peuple cyclope‖ et de l'esprit titan !Vie et trépas tournant‖ le même cabestan !Temps splendide et fatal‖ qui mêle en sa fournaiseAu cri d'un Josaphat‖ l'hymne d'une Genèse !
Quiconque t'osera‖ regarder fixement,Convention, cratère,‖ Etna, gouffre fumant,Quiconque plongera‖ la fourche dans ta braise,Quiconque sondera‖ ce puits, Quatrevingt-treize,Sentira se cabrer‖ et s'enfuir son esprit.Quand Moïse vit Dieu,‖ le vertige le prit ;Et moi, devant l'histoire‖ aux horizons sans nombre,Je tremble, et j'ai le même‖ éblouissement sombre.Car c’est voir Dieu que voir les grandes lois du sort.
Non ! le glaive, la mort‖ répondant à la mort,Non, ce n'est pas la fin.‖ Jette plus bas la sonde,Mon esprit. Ce serait‖ l'étonnement du mondeEt la déception‖ des hommes qu'un progrèsNe vînt pas sans laisser aux justes des regrets,Que l'ombre attristât l'aube‖ à se lever si lente,Et que, pour le toucher‖ avec sa main sanglanteLe temps de lui céder‖ la place et le chemin,Toujours l'affreux hier‖ ensanglantât demain !Non, ce n'est pas la fin.‖ Non, il n'est pas possible,Dieu, que toute ta loi‖ soit de changer de cible,Et de faire passer‖ le meurtre et le forfaitDes mains des rois aux mains‖ du peuple stupéfait.Le peuple ne veut pas‖ de ce morne héritage.
Que serait donc l'effort‖ de l'homme si le sageN'avait à constater‖ qu'un résultat si vain,Le choc du droit humain‖ contre le droit divin !Et s'il n'apercevait‖ que cette lueur troubleQuand il écoute au fond‖ de l'ombre la voix double,Le passé, l'avenir,‖ la matière, l'esprit,La voix du peuple Enfer,‖ la voix, du peuple Christ !
C'est vrai, l'histoire est sombre.‖ Ô rois ! hommes tragiques !Démences du pouvoir‖ sans limites ! logiquesDe l'épée et du sceptre,‖ exterminant, broyant,Allant à travers tout‖ à leur but effrayant !Oh ! la toute-puissance—‖ a Caïn pour ancêtre.Rien qu'à voir par éclairs‖ les siècles apparaître,Quels rêves inouïs !‖ que d'étranges lueurs :Voici les idiots‖ à côté des tueurs.Zam, s'éveillant trop tard,‖ met l'aurore à l'amende ;Claude égorge sa femme‖ et puis la redemande ;Bajazet veut lier‖ les vents à des poteaux ;Xercès fouette la mer,‖ Phur crache sur l'Athos.O deuil ! le pharaon‖ suivi du Barmécide ;Ici le parricide‖ et là l'infanticide ;Pères dénaturés,‖ fils en rébellion.Octave usurpe, opprime,‖ égorge, et dans LyonSoixante nations‖ lui bâtissent un temple ;La Flandre est un bûcher‖ que Philippe contemple ;Léon dix en riant‖ étrangle un cardinal ;Maxence après Galère‖ apparaît infernal ;Voilà Sanche, abruti‖ d'ivresses funéraires ;Celui-ci, Mahomet,‖ tua ses dix-neuf frères ;Après avoir frappé‖ son père ; ManfrediS'assied dessus jusqu'à‖ ce qu'il soit refroidi ;Les Transtamares font‖ revivre les Orestes ;Achab fait ramasser‖ sous sa table ses restesPar des hommes sans mains,‖ sans pieds, sans dents, sans yeux ;Caïus triomphe avec‖ du sang jusqu'aux essieux ;Richard d'York étouffe‖ Édouard cinq ; RamireLe Mauvais est mauvais,‖ mais Jean le Bon est pire ;Sélim, tout effaré‖ de débauche et d'encens ;Court dans Stamboul, perçant‖ de flèches les passants ;Andronic détruit Brousse‖ et dépeuple Nicée ;Christiern fait tous les jours‖ arroser d'eau glacéeDes captifs enchaînés‖ nus dans les souterrains ;Galéas Visconti,‖ les bras liés aux reins,Râle, étreint par les nœuds‖ de la corde que SforcePassé dans les œillets‖ de sa veste de force ;Cosme, à l'heure où midi‖ change en brasier le ciel,Fait lécher par un bouc‖ son père enduit de miel ;Soliman met Tauris‖ en feu pour se distraire ;Alonze, furieux‖ qu'on allaite son frère,Coupe le bout des seins‖ d'Urraque avec ses dents ;Vlad regarde mourir‖ ses neveux prétendantsEt rit de voir le pal‖ leur sortir par la bouche ;Borgia communie ;‖ Abbas, maçon farouche,Fait avec de la pierre‖ et des hommes vivantsD'épouvantables tours‖ qui hurlent dans les vents ;Là, le sceptre vandale,‖ ici la loi burgonde ;Cléopâtre renaît‖ pire dans Frédégonde ;Ivan est sur Moscou,‖ Carlos est sur Madrid :Sous cet autre, Louis‖ dit le Grand, on ouvritLes mères pour tuer‖ leurs enfants dans leurs ventres.Mais où sont donc les loups !‖ Oh ! les antres ! les antres !La jungle où les, boas‖ glissent, fangeux et froids !Est-ce du sang qui coule‖ aux veines de ces rois ?Ont-ils des cœurs aussi ?‖ Sont-ils ce que nous sommes ?Cieux profonds ! oh ! plutôt‖ que l'aspect de ces hommes,La rencontre du tigre,‖ et, plutôt que leur voix,Le sourd rugissement‖ du lion dans les bois !
Eh bien, vengeance donc !‖ mort ! malheur ! représailles !La torche aux Rhamséions,‖ aux Schœnbruns, aux Versailles !Qu'Ossa soit à son tour‖ broyé par Pélion !Au bourreau les bourreaux !‖ Justice ! talion !Talion ! talion !
— Silence aux cris sauvages !Non ! assez de malheur,‖ de meurtre et de ravages !Assez d'égorgements !‖ assez de deuil ! assezDe fantômes sans tête‖ et d'affreux trépassés !Assez de visions‖ funèbres dans la brume !Assez de doigts hideux,‖ montrant le sang qui fume,Noirs, et comptant les trous‖ des linceuls dans la nuit !Pas de suppliciés‖ dont le cri nous poursuit !Pas de spectres jetant‖ leur ombre sur nos têtes !Nous sommes ruisselants‖ de toutes les tempêtes ;Il n'est plus qu'un devoir‖ et qu'une vérité,C'est, après tant d'angoisse‖ et de calamité,Homme, d'ouvrir son cœur,‖ oiseau, d'ouvrir son aileVers ce ciel que remplit la grande âme éternelle !Le peuple, que les rois‖ broyaient sous leurs talons,Est la pierre promise‖ au temple, et nous voulonsQue la pierre, bâtisse et non qu’elle lapide !Pas de sang ! pas de mort !‖ C'est un reflux stupideQue la férocité‖ sur la férocité.Un pilier d'échafaud‖ soutient mal la cité.Tu veux faire mourir !‖ Moi je veux faire naître !Je mure le sépulcre‖ et j'ouvre la fenêtre.Dieu n'a pas fait le sang,‖ à l'amour réservé,Pour qu'on le donne à boire‖ aux fentes du pavé.S'agit-il de tuer ?‖ O peuple il s'agit d'être.Quoi ! tu veux te venger,‖ passant ? de qui ? du maître ?Si tu ne vaux pas mieux,‖ que viens-tu faire ici ?
Tout mystère où l'on jette‖ un meurtre est obscurci ;L'énigme, ensanglantée‖ est plus âpre à résoudre ;L'ombre, s'ouvre terrible‖ après le coup de foudre ;Tuer n'est pas créer,‖ et l'on se tromperaitSi l'on croyait que tout‖ finit au couperet ;C’est là qu’inattendue, impénétrable, immense,Pleine d'éclairs subits,‖ la question commence ;C'est du bien et du mal ;‖ mais le mal est plus grand.Satan rit à travers‖ l'échafaud transparent.Le bourreau, quel qu'il soit,‖ a le pied dans l'abîme ;Quoi qu'elle fasse, hélas !‖ la hache fait un crime ;Une lugubre nuit‖ fume sur ce tranchant ;Quand il vient de tuer,‖ comme, en s'en approchant,On frémit de le voir‖ tout ruisselant, et commeOn sent qu’il a frappé dans l’ombre plus qu’un homme,Sitôt qu'a disparu‖ le coupable immolé,Hors du panier tragique‖ où la tête a roulé,Le principe innocent,‖ divin, inviolable,Avec son regard d'astre‖ à l'aurore semblable,Se dresse, spectre auguste,‖ un cercle rouge au cou.
L'homme est impitoyable,‖ hélas, sans savoir où.Comment ne voit-il pas‖ qu'il vit dans un problème,Que l'homme est solidaire‖ avec ses monstres même,Et qu'il ne peut tuer‖ autre chose qu'Abel !Lorsqu'une tête tombe,‖ on sent trembler le ciel.Décapitez Néron,‖ cette hyène insensée,La vie universelle est dans Néron blessée ;Faites monter Tibère à l’échafaud demain,Tibère saignera‖ le sang du genre humain.Nous sommes tous mêlés‖ à ce que fait la Grève ;Quand un homme, en public,‖ nous voyant comme un rêve,Meurt, implorant en vain‖ nos lâches abandons,Ce meurtre est notre meurtre‖ et nous en répondons ;C'est avec un morceau‖ de notre insouciance,C'est avec un haillon‖ de notre conscience,Avec notre âme à tous,‖ que l'exécuteur lasEssuie en s'en allant‖ son hideux coutelas.
L'homme peut oublier ;‖ les choses importunesS'effacent dans l'éclat‖ ondoyant des fortunes ;Le passé, l'avenir,‖ se voilent par moments ;Les festins, les flambeaux,‖ les feux, les diamants,L'illumination‖ triomphale des fêtes,Peuvent éclipser l'ombre‖ énorme des prophètesAutour des grands bassins,‖ au bord des claires eaux ;Les enfants radieux‖ peuvent aux cris d'oiseauxMêler le bruit confus‖ de leurs lèvres fleuries,Et, dans le Luxembourg‖ ou dans les Tuileries,Devant les vieux héros‖ de marbre aux poings crispés,Danser, rire et chanter :‖ les lauriers sont coupés !La Courtille au front bas‖ peut noyer dans les verresLe souvenir des jours‖ illustres et sévères ;La valse peut ravir,‖ éblouir, enivrerDes femmes de satin,‖ heureuses de livrerLe plus de nudité‖ possible aux yeux de flamme ;L'hymen peut murmurer‖ son chaste épithalame ;Le bal masqué, lascif,‖ paré, bruyant, charmant,Peut allumer sa torche‖ et bondir follement,Goule au linceul joyeux,‖ larve en fleurs, spectre rose ;Mais, quel que soit le temps,‖ quelle que soit la cause,C'est toujours une nuit‖ funeste au peuple entierQue celle où, conduisant‖ un prêtre, un guichetierFouille au trousseau de clefs‖ qui pend à sa ceinturePour aller, sur le lit‖ de fièvre et de torture,Réveiller avant l'heure‖ un pauvre homme endormi,Tandis que, sur la Grève,‖ entrevus à demi,Sous les coups de marteau‖ qui font fuir la chouette,D'effrayants madriers‖ dressent leur silhouette,Rougis par la lanterne‖ horrible du bourreau !
Le vieux glaive du juge‖ a la nuit pour fourreau.Le tribunal ne peut‖ de ce fourreau livideTirer que la douleur,‖ l'anxiété, le vide,Le néant, le remords,‖ l'ignorance et l'effroi,Qu'il frappe au nom du peuple‖ ou venge au nom du roi.
Justice ! dites-vous.‖ — Qu'appelez-vous justice ?Qu'on s'entr'aide, qu'on soit‖ des frères, qu'on vêtisseCeux qui sont nus, qu'on donne‖ à tous le pain sacré,Qu'on brise l'affreux bagne‖ où le pauvre est muré,Mais qu'on ne touche point‖ à la balance sombre !Le sépulcre où, pensif,‖ l'homme naufrage et sombre,Au delà d'aujourd'hui,‖ de demain, des saisons,Des jours, du flamboiement‖ de nos vains horizons,Et des chimères, proie‖ et fruit de notre étude,A son ciel plein d'aurore‖ et fait de certitude ;La justice en est l'astre‖ immuable et lointain.Notre justice à nous,‖ comme notre destin,Est tâtonnement, trouble,‖ erreur, nuage, doute ;Martyr, je m'applaudis ;‖ juge, je me redoute ;L'infaillible, est-ce moi,‖ dis ? est-ce toi ? réponds.Vous criez : — Nos douleurs‖ sont notre droit. Frappons.Nous sommes trop souffrants,‖ trop saignants, trop funèbres,Pour ne pas condamner‖ quelqu'un dans nos ténèbres.Puisque vous ne voyez‖ rien de clair dans le sort,Ne vous hâtez pas trop‖ d'en conclure la mort,Fût-ce la mort d'un roi,‖ d'un maître et d'un despote :Dans la brume insondable‖ où tout saigne et sanglote,Ne vous hâtez pas trop‖ de prendre vos malheurs,Vos jours sans feu, vos jours‖ sans pain, vos cris, vos pleurs,Et ce deuil qui sur vous‖ et votre race tombePour les faire servir‖ à construire une tombe.Quel pas aurez-vous fait‖ pour avoir ajoutéA votre obscur destin,‖ ombre et fatalité,Cette autre obscurité‖ que vous nommez justice ?Faire de l'échafaud,‖ menaçante bâtisse,Un autel à bénir‖ le progrès nouveau-né,O vivants, c'est démence ;‖ et qu'aurez-vous gagné.Quand, d'un culte de mort‖ lamentables ministres,Vous aurez marié‖ ces infirmes sinistres,La justice boiteuse‖ et l'aveugle anankè ?
Le glaive toujours cherche‖ un but toujours manqué ;La palme, cette flamme‖ aux fleurs étincelantes .Faite d'azur, frémit‖ devant des mains sanglantes,Et recule et s'enfuit,‖ sensitive des cieux !La colère assouvie‖ a le front soucieux.Quant à moi, tu le sais,‖ nuit calme où je respire,J'aurais là, sous mes pieds,‖ mon ennemi, le pire,Caïn juge, Judas‖ pontife, Satan roi,Que j'ouvrirais, ma porte‖ et dirais : Sauve-toi !
En avant ! du progrès‖ reculons les frontières.Non, l'élargissement‖ des mornes cimetières,Ô jeunes nations,‖ n'est pas ce qu'il nous faut.En avant !
Qu’est-ce donc qu’il nous veut, l’échafaud,Cette charpente spectre‖ accoutumée aux foules,Cet îlot noir qu'assiège‖ et que bat de ses houles,La multitude, aux flots‖ inquiets et mouvants,Ce sépulcre qui vient attaquer,les vivants,Et qui, sur les palais‖ ainsi que sur les bouges,Surgit, levant un glaive‖ au bout de ses bras rouges ?Mystère qui, se livre‖ aux carrefours, morceauDe, la tombe qui vient‖ tremper dans le ruisseau,Bravant le jour, le bruit,‖ les cris, bière effrontéeQui, féroce, cynique‖ et lâche, semble athée !O spectacle exécré‖ dans les plus repoussants,Une mort qui se fait‖ coudoyer aux passants,Qui permet qu'un crieur‖ hors de l'ombre la tire !Une mort qui n'a pas‖ l'épouvante du rire,Dévoilant l'escalier‖ qui dans la nuit descend,Disant : voyez ! marchant‖ dans la rue, et laissantLa boue éclabousser‖ son linceul semé d'astres ;Qui, sur un tréteau, montre‖ entre deux vils pilastresSon horreur, son front noir,‖ son œil de basilic ;Qui consent à venir‖ travailler en public,Et qui, prostituée,‖ accepte sur les places,La familiarité‖ des fauves populaces !
Quant à flatter la foule‖ et les passants, non pas.
Ah ! le peuple est en haut,‖ mais la foule est en bas.La foule, c'est l'ébauche‖ à côté du décombre ;C'est le chiffre, ce grain‖ de poussière du nombre ;C'est le vague profil‖ des ombres dans la nuit ;La foule passe, crie,‖ appelle, pleure, fuitVersons sur ses douleurs‖ la pitié fraternelle.Mais quand elle se lève,‖ ayant la force en elle,On doit à la grandeur‖ de la foule, au péril,Au saint triomphe, au droit,‖ un langage viril ;Puisqu'elle est la maîtresse,‖ il sied qu'on lui rappelleLes lois d'en haut que l'âme‖ au fond des cieux épelle,Les principes sacrés,‖ absolus, rayonnants ;On ne baise ses pieds‖ que nus, froids et saignants.Ce n'est point pour ramper‖ qu'on rêve aux solitudes.Le songeur et la foule‖ ont des rencontres rudesC'était avec un front‖ où la colère boutQu'Ézéchiel criait‖ aux ossements : Debout !Moïse était sévère‖ en rapportant les tables ;Dante grondait. L'esprit‖ des penseurs redoutables,Grave, orageux, pareil‖ au mystérieux ventSoufflant du ciel profond‖ dans le désert mouvantOù Thèbes s'engloutit‖ comme un vaisseau qui sombre,Ce fauve esprit, chargé‖ des balaiements de l'ombre,A, certes, autre chose‖ à faire que d'allerCaresser, dans la nuit‖ trop lente à s'étoiler,Ce grand monstre de pierre‖ accroupi qui médite,Ayant en lui l'énigme‖ adorable ou maudite ;L'ouragan n'est pas tendre‖ aux colosses émus ;Ce n'est pas d'encensoirs‖ que le sphinx est camus.La vérité, voilà‖ le grand encens austèreQu'on doit à cette masse‖ où palpite un mystère,Et qui porte en son sein‖ qu'un ventre appesantitLe droit juste mêlé‖ de l'injuste appétit.Voici le peuple avec‖ son épouse, l'idée,Voici la populace‖ avec son accordée,La guillotine ; eh ! bien‖ je choisis l'idéalQui supprime Tyburn‖ abolit White Hall ;Et quand la mort, ouvrant‖ son désastreux registre,Me dit : — Que jettes-tu‖ dans ce panier sinistre ?Ou la tête du peuple,‖ ou la tête du roi ? —Je dis : — Ni celle-ci,‖ ni celle-là. — Ma loi,C'est la vie ; et ma joie,‖ ô Dieu, c'est l'aube pure.Je ne suis pas de ceux‖ qui font la pourriture ;Je ne suis pas de ceux‖ qui donnent à mangerAu sépulcre, où l'on voit‖ ramper et s'allongerL'affreux sarcopte éclos‖ du miasme délétère ;Je ne suis pas de ceux‖ vers qui les vers de terre,Béants, tournent leur tête‖ aveugle dans la nuit.
Tout supplice est un fait‖ contre la loi, traduit,Pour l'éducation‖ des foules indécises,Devant l'esprit humain,‖ suprême cour d'assises.Saint prétoire, infaillible‖ et grave tribunalOù Beccaria juge‖ aidé de Juvénal.Le penseur n'absout point‖ les grands forfaits lyriquesQue l'histoire engloutit‖ sous ses panégyriques ;Il excuse parfois,‖ il n'approuve jamais.Il veut de l'aube, et non‖ du sang, sur les sommets.Peuple ou roi, quel que soit‖ le tuteur, il le blâme.Pour lui l'assassinat,‖ même illustre, est infâme ;Tout temple est sombre avec‖ une morgue au milieu.Quand le sang coule, il dit :‖ malheur ! admirant peuLe resplendissement‖ magnifique du glaive ;Il n'a pas, quand le cri‖ des victimes s'élève,Pour éblouissement‖ la grandeur du bourreau ;Pour lui, Saint-Just poussant‖ Danton au tombereau,Louis quatorze affreux,‖ penché sur les Cévennes,Implacable, saignant‖ la France aux quatre veines,Titus livrant Sion‖ massacrée aux vautours,Quoi qu'on puisse alléguer‖ et dire, c'est toujoursLe même crime errant‖ dans la même nuit noire ;Si grand que soit l'éclat,‖ quelle que soit la gloire,C'est toujours à ses yeux‖ le meurtre, et, plein d'ennui,Partout, il le condamne ;‖ et tout ce qu'il sait, lui,C'est qu'on ne lui fait pas‖ accepter des décombres,Des désastres, des morts,‖ des écrasements sombres,Même en posant dessus‖ la patte d'un lion.
Non, jamais de vengeance‖ et pas de talion.Quoi ! le cipaye irait‖ jetant au feu des femmesEt tordant des enfants,‖ tout vivants dans les flammes ;Quoi ! l'irlandais bigot,‖ à travers le brouillard,Surgirait, la massue‖ au poing ; quoi, le lollardJoindrait le fer qui frappe‖ à la main qui mendie ;Quoi ! le hubin boirait‖ du sang ; quoi ! l'incendieÉclairerait le rire‖ horrible du truand ;Le camisard aurait‖ dans sa poche en tuantSa bible toute grasse‖ à force d'être lue ;Et l'âme incorruptible,‖ et la bouche absolue,La bouche du poète‖ et l'âme du penseurSe tairaient ! et le jour‖ accepterait pour sœur,Sous prétexte qu'ensemble‖ autrefois nous souffrîmes,L'aveugle obscurité,‖ toute pleine de crimes !Non, parle, et parle haut,‖ vérité ! vérité !La misère n'a pas‖ le droit de cruauté ;Les échafauds s'en vont‖ et leur ombre s'efface ;L'impassible équité‖ ne veut pas qu'on en fasse,Pas même avec le bois‖ douloureux des grabats ;Non ! nous n'admettons point,‖ dans le deuil d'ici-bas,Qu'on puisse être bourreau‖ parce qu'on fut victime.Le meurtre fils des pleurs‖ n'est pas plus légitime ;Quand le faible dévient‖ à son tour le plus fort,La conscience donne‖ à la rancune tortEt force les instincts‖ de vengeance à se taire,Et l'on n'est point absous‖ par ce juge pour faireDu mal avec le mal‖ que d'autres vous ont fait.
Cette livre de chair‖ dont Shylock triomphait,Malheur à qui la veut‖ dans sa sauvage envie !L'homme est le travailleur‖ du printemps, de la vie,De la graine semée‖ et du sillon creusé,Et non le créancier‖ livide du passé.Hélas ! des oppresseurs‖ naissent les terroristes ;Il n'est pas bon d'avoir,‖ ô vieilles races tristes,Pour père le haillon‖ et pour mère la nuit ;L'ignorance appartient‖ au mal qui la séduit,La misère au front morne‖ élève mal les âmes.La multitude peut‖ jeter d'augustes flammes.Mais qu'un vent souffle, on voit‖ descendre tout à coupDu haut de l'honneur vierge‖ au plus bas de l'égoutLa foule, cette grande‖ et fatale orpheline ;Et cette Jeanne d'Arc‖ se change en Messaline.Ah ! quand Gracchus se dresse‖ aux rostres foudroyants,Quand Cinégyre mord‖ les navires fuyants,Quand avec les Trois-cents,‖ hommes faits ou pupilles,Léonidas s'en va‖ tomber aux Thermopyles,Quand Botzaris surgit,‖ quand Schwitz confédéréBrise l'Autriche avec‖ son dur bâton ferré,Quand l’altier Winkelried, ouvrant ses bras épiques,Meurt dans l'embrassement‖ formidable des piques,Quand Washington combat,‖ quand Bolivar paraît,Quand Pélage rugit‖ au fond de sa forêt,Quand la Convention‖ impassible tient têteA trente rois, mêlés‖ dans la même tempête ;Quand, liguée et terrible‖ et rapportant la nuit,Toute l'Europe accourt,‖ gronde et s'évanouit,Comme aux pieds de la digue‖ une vague écumeuse,Devant les grenadiers‖ pensifs de Sambre-et-MeuseC'est le peuple ; salut,‖ ô peuple souverain !Mais quand le lazzarone‖ ou le transteverin .De quelque Sixte-Quint‖ baise à genoux la crosse,Quand la cohue inepte,‖ insensée et féroce,Étouffe sous ses flots,‖ d'un vent sauvage émus,L'honneur dans Coligny,‖ la raison dans Ramus,Quand un poing monstrueux,‖ de l'ombre où l'horreur flotte,Sort, tenant aux cheveux‖ la tête de CharlottePâle du coup de hache‖ et rouge du soufflet,C'est la foule ; et ceci‖ me heurte et me déplaît ;C'est l'élément aveugle‖ et confus ; c'est le nombre ;C'est la sombre faiblesse‖ et c'est la force sombre.Certes, nous vénérons‖ Sparte, Athènes, Paris,Et tous les grands forums‖ d'où partent les grands cris ;Mais nous plaçons plus haut‖ la conscience auguste.Tout un peuple égaré‖ ne pèse pas un juste ;Tout un océan fou‖ bat en vain un grand cœur.Le nombre, masse obscure‖ et facile au vainqueur,Souvent rit des martyrs‖ et trahit les apôtres ;Et le droit n'est pas là ;‖ nous ne voulons, nous autresAyant Danton pour père‖ et Hampden pour aïeul,Pas plus du tyran Tous‖ que du despote Un Seul.
Le droit est au-dessus‖ de Tous ; nul vent contraireNe le renverse ; et Tous‖ ne peuvent rien distraireNi rien aliéner‖ de l'avenir commun.Le peuble souverain‖ de lui-même, et chacunSon propre roi ; c'est là‖ le droit. Rien ne l'entame.Quoi ! l'homme que voilà‖ qui passe, aurait mon âme !Honte ! il pourrait demain,‖ par un vote hébété,Prendre, prostituer,‖ vendre ma liberté !Jamais. La foule un jour‖ peut couvrir le principe ;Mais le flot redescend,‖ l'écume se dissipe,La vague en s'en allant‖ laisse le droit à nu.Qui donc s'est figuré‖ que le premier venuAvait droit sur mon droit !‖ qu'il fallait que je prisseSa bassesse pour joug,‖ pour règle son caprice !Que j'entrasse au cachot‖ s'il entre au cabanon !Que je fusse forcé‖ de me faire chaînonParce qu'il plaît à tous‖ de se changer en chaîne !Que le pli du roseau‖ devînt la loi du chêne !
Ah ! le premier venu,‖ le passant, parlons-en.Il contient un héros‖ doublé d'unLes révolutions,‖ durables, quoi qu'il fasse,Ont pour cet inconnu‖ qui jette à leur surfaceTantôt de l'infamie‖ et tantôt de l'honneur,Le dédain qu'a le mur‖ pour le badigeonneur.Voyez-le, ce bourgeois‖ de Paris ou d'AthènesOu de Rome, pareil‖ à l'eau qui des fontainesTombe au pavés, s'en va‖ dans le ruisseau fatal,Et devient boue après‖ avoir été cristal.Cet homme étonne, après‖ tant de jours beaux et rudes,Par son indifférence‖ au fond des turpitudes,Ceux mêmes qu'ont d'abord‖ éblouis ses vertus ;Il est Falstaff après‖ avoir été Brutus ;Il entre dans l'orgie‖ en sortant de la gloire ;Allez lui demander‖ s'il sait sa propre histoire,Ce qu'était Washington‖ ou ce qu'a fait Bara,Son cœur mort ne bat plus‖ aux noms qu'il adora.Naguère il restaurait‖ les vieux cultes, les bustesDe ses héros tombés,‖ de ses aïeux robustes,Phocion expiré,‖ Lycurgue enseveli,Riego mort, et voyez‖ maintenant quel oubli !Triste corbeau honteux‖ d'avoir été le cygne,Il est si bien esclave‖ à présent qu'il s'indigneDe ses hauts faits passés‖ perdus dans la vapeur ;Il à son audace ancienne, il en a peur.Il fut grand, et s'en lave ;‖ il fut saint, et l'ignore ;Il ne s'aperçoit pas‖ même qu'il déshonorePar l'œuvre d'aujourd'hui‖ son ouvrage d'hierIl devient lâche et vil,‖ lui qu'on a vu si fier ;Et, sans que rien en lui‖ se révolte et proteste,Barbouille un cabaret‖ sordide avec le resteDe la chaux dont il vient‖ de blanchir un tombeau.Mais quoi ! reproche-t-on‖ son plumage au corbeau,A l’air qui fuit, le vent, à la mer qui s’écrouleL'onde, et ses millions‖ de têtes à la foule ?Que sert de chicaner‖ ses erreurs, son chemin,Ses retours en arrière,‖ à ce nuage humain,A ce grand tourbillon‖ des vivants, incapable,Hélas ! d'être innocent‖ comme d'être coupable ?A quoi bon ? quoique vague,‖ obscur, sans point d'appui,Il est utile ; et tout‖ en flottant devant lui,Il a pour fonction,‖ à Paris comme à Londre,De faire le progrès,‖ et d'autres d'en répondre ;La République anglaise‖ expire, se dissout,Tombe, et laisse Milton‖ derrière elle debout ;La foule a disparu,‖ mais le penseur demeure ;C'est assez pour que tout‖ germe et que rien ne meure.Dans les chutes du droit‖ rien n'est désespéré.Qu'importe le méchant‖ heureux, fier, vénéré ?Tu fais des lâchetés,‖ ciel profond ; tu succombes,Rome ; la liberté‖ va vivre aux catacombes ;Les dieux sont au vainqueur.‖ Caton reste aux vaincus.Kosciusko surgit‖ des os de GalgacusOn interrompt Jean Huss ;‖ soit ; Luther continue.La lumière est toujours‖ par quelque bras tenue ;On mourra, s'il le faut,‖ pour prouver qu'on a foi ;Et volontairement,‖ simplement, sans effroi,Des justes sortiront‖ de la foule asservie,Iront droit au sépulcre‖ et quitteront la vie,Ayant plus de dégoût‖ des hommes que des vers.Oh ! ces grands Régulus,‖ de tant d'oubli couverts,Arria, Porcia,‖ ces héros qui sont femmes,Tous ces courages purs,‖ toutes ces fermes âmes,Curtius, Adam Lux,‖ Thraséas calme et fort,Ce puissant Condorcet,‖ ce stoïque Chamfort,Comme ils ont chastement‖ quitté la terre indigne !Ainsi fuit la colombe,‖ ainsi plane le cygne, —Ainsi l'aigle s'en va‖ du marais des serpents.Léguant l'exemple à tous,‖ aux méchants, aux rampants,A l'égoïsme, au crime,‖ aux lâches cœurs pleins d'ombre,Ils se sont endormis‖ dans le grand sommeil sombre ;Ils ont fermé les yeux‖ ne voulant plus rien voir ;Ces martyrs généreux‖ ont sacré le devoir,Puis se sont étendus‖ sur la funèbre couche ;Leur mort à la vertu‖ donne un baiser farouche.
Ô caresse sublime‖ et sainte du tombeauAu grand, au pur, au bon,‖ à l'idéal, au beau !En présence de ceux‖ qui disent : Rien n'est juste !Devant tout ce qui trouble,‖ et nuit, devant Locuste,Devant Pallas, devant‖ Carrier, devant Sanchez,Devant les appétits‖ sur le néant penchés,Les sophistes niant,‖ les cœurs faux, les fronts vides,Quelle affirmation‖ que ces grands suicides !Ah ! quand tout paraît mort‖ dans le monde vivant,Quand on ne sait s'il faut‖ avancer plus avant,Quand pas un cri du fond‖ des masses ne s'élance,Quand l'univers n'est plus‖ qu'un vaste et lourd silence,Quand rien ne semble plus‖ témoigner ni vouloir,Celui qui, des cercueils‖ suivant le sentier noir,Ira chercher ces morts‖ dans leur asile austère,Et qui se collera,‖ l'oreille, contre terre,Entendra leur tombeau‖ dire à voix haute : Oui.
Quoi ! le deuil triomphant,‖ le meurtre épanoui,Sont les conditions‖ de nos progrès ! Mystère !Quel est donc ce travail‖ étrange de la terre ?Quelle est donc cette loi‖ du développementDe l'homme par l'enfer,‖ la peine et le tourment ?Pour quelque but final‖ dont notre humble prunelleN'aperçoit même pas‖ la lueur éternelle,L'être des profondeurs‖ a-t-il donc décrétéDans les azurs sans fond‖ de la sublimité,Que l'homme ne doit point‖ faire un pas qui n'enseigneDe quel pied il chancelle‖ et de quel flanc il saigne,Que la douleur est l'or‖ dont se paie ici-bas,Le bonheur acheté‖ par tant d'âpres combats ;Que toute Rome doit‖ commencer par un antre ;Que tout enfantement‖ doit déchirer le ventre ;Qu'en ce monde l'idée‖ aussi bien que la chairDoit saigner, et, touchée‖ en naissant par le fer,Doit avoir, pour le deuil‖ comme pour l'espérance,Son mystérieux sceau‖ de vie et de souffranceDans cette cicatrice‖ auguste, le nombril ;Que l'œuf de l'avenir,‖ pour éclore en avril,Doit être déposé‖ dans une chose morte ;Qu'il faut que le bien naisse‖ et que l'épi mûr sorteDe cette plaie en fleur‖ qu'on nomme le sillon ;Que le cri jaillit mieux‖ en mordant le bâillon ;Que l'homme doit atteindre‖ à des Édens suprêmesDont la porte déjà,‖ dans l'ombre des problèmes,Apparaît radieuse‖ à ses yeux enflammés,Mais que les deux battants‖ en resteront fermés,Malgré le saint, le christ,‖ le prophète et l'apôtre,Si Satan n'ouvre l'un,‖ si Caïn n'ouvre l'autre ?O contradictions‖ terribles ! d'un côtéOn voit la loi de paix,‖ de vie et de bontéPar-dessus l'infini‖ dans les prodiges luire ;Et de l'autre on écoute‖ une voix triste dire :— Penseurs, réformateurs,‖ porte-flambeaux, esprits,Lutteurs, vous atteindrez‖ l'idéal ! à quel prix ?Au prix du sang, des fers,‖ du deuil, des hécatombes.La route du progrès,‖ c'est le chemin des tombes. —Voyez : le genre humain,‖ à cette heure, oppriméPar les forces sans yeux‖ dont ce globe est formé,Doit vaincre la matière,‖ et, c'est là le problème,L'enchaîner, pour se mettre‖ en liberté lui-même.L'homme prend la nature‖ énorme corps à corps ;Mais comme elle résiste !‖ elle abat les plus forts.Derrière l'inconnu‖ la nuit se barricade ;Le monde entier n'est plus‖ qu'une vaste embuscade ;Tout est piège ; le sphinx,‖ avant d'être dompté ;Empreint son ongle au flanc‖ de l'homme épouvanté ;Par moments, il sourit‖ et fait des offres traîtres ;Les savants, les songeurs,‖ ceux qui sont les seuls prêtres,Cèdent à ces appels‖ funèbres et moqueurs ;L'énigme invite, embrasse‖ et brise ses vainqueurs ;Les éléments, du moins‖ ce qu'ainsi l'erreur nomme,Ont des attractions‖ redoutables sur l'homme ;La terre au flanc profond‖ tente Empédocle, et l'eauTente Jason, Diaz,‖ Gama, Marco Polo,Et Colomb que dirige‖ au fond des flots sonoresLe doigt du cavalier‖ sinistre des Açores ;Le feu tente Fulton,‖ l'air tente Montgolfier ;L'homme fait pour tout vaincre‖ ose tout défier.Maintenant regardez‖ les cadavres. La sommeDe tous les combattants‖ que le progrès consomme,Étonne le sépulcre‖ et fait rêver la mort.Combien d'infortunés‖ noyés dans leur effort.Pour — atteindre à des bords nouveaux et fécondables !Les découvertes sont‖ des filles formidablesQui dans leur lit tragique‖ étouffent leurs amants.O loi ! tous les tombeaux‖ contiennent des aimantsLes grands cœurs ont l'amour‖ lugubre du martyre,Et le rayonnement‖ du précipice attire.
Ceux-ci sacrifiant,‖ ceux-là sacrifiés.Cette croissance humaine‖ où vous vous confiezSur nos difformités‖ se développe et monte…Destin terrifiant !‖ tout sert, même la honte ;La prostitution‖ a sa fécondité ;Le crime a son emploi‖ dans la fatalité ;Étant corruption,‖ un germe y peut éclore.Ceci qu'on aime naît‖ de ceci qu'on déplore.Ce qu'on voit clairement,‖ c'est qu'on souffre. Pourquoi ?On entre dans le mieux‖ avec des cris d'effroi ;On sort presque à regret‖ du pire où l'on séjourne.Le genre humain gravit‖ un escalier qui tourneEt plonge dans la nuit‖ pour rentrer dans le jour ;On perd le bien de vue‖ et le mal tour à tour ;Le meurtre est bon ; la mort‖ sauve ; la loi moraleSe courbe et disparaît‖ dans l'obscure spirale.A de certains moments,‖ à Tyr comme à Sion,Ce qu'on prend pour le crime‖ est la punition ;Punition utile‖ et féconde, où surnageOn ne sait quelle vie‖ éclose du carnage.Les dalles de l'histoire,‖ avec leurs affreux tasDe trahisons, de vols,‖ d'ordures, d'attentats,Avec leur effroyable‖ encombrement de boueOù de tous les Césars‖ on voit passer la roue,Avec leurs Tigellins,‖ avec leurs Borgias,Ne seraient que l'étable‖ infâme d'Augias,La latrine et l'égout‖ du sort, sans le lavageDe sang que par instants‖ on fait sur ce pavage.C'est dans le sang que Rome‖ et Venise ont fleuri.Du sang ! et l'on entend‖ dans les siècles ce cri :— Une aile sort du ver‖ et l'un engendre l'autre.L'âge qui plane est fils‖ du siècle qui se vautre.Le monde reverdit‖ dans le deuil, dans l'horreur ;Champ sombre dont Nemrod‖ est le dur laboureur !
Toute fleur est d'abord‖ fumier, et la natureCommence par manger‖ sa propre pourriture ;La raison n’a raison qu’après avoir eu tort ;Pour avancer d'un pas‖ le genre humain se tord ;Chaque évolution‖ qu'il fait dans la tourmenteSemble une apocalypse‖ où quelqu'un se lamente.Ouvrage lumineux,‖ ténébreux ouvrier.
Sitôt que le char marche‖ il se met à crier.
L'esclavage est un pas‖ sur l'anthropophagie ;La guillotine, affreuse‖ et de meurtres rougie,Est un pas sur le croc,‖ le pal et le bûcher ;La guerre est un berger‖ tout autant qu'un boucher ;Cyrus crie : en avant !‖ tous les grands chefs d'armées,Trouant le genre humain‖ de routes enflammées ;Ont une tache d'aube‖ au front, noirs éclaireurs ;Ils refoulent la nuit,‖ les brouillards, les erreurs,L'ombre, et le conquérant‖ est le missionnaireTerrible du rayon‖ que contient le tonnerre.Sésostris vivifie‖ en tuant, Gengiskan.Est la lave féconde‖ et sombre du volcan,Alexandre ensemence,‖ Attila fertilise.Ce monde, que l'effort‖ douloureux civilise,Cette création‖ où l'aube pleure et luit,Où rien n'éclôt qu'après‖ avoir été détruit,Où les accouplements‖ résultent des divorces,Où Dieu semble englouti‖ sous le chaos des forces,Où le bourgeon jaillit‖ du nœud qui l'étouffait,C'est du mal qui travaille‖ et du bien qui se fait.Mais quelle ombre ! quels flots‖ de fumée et d'écume !Quelles illusions‖ d'optique en cette brume !Est-ce un libérateur,‖ ce tigre qui bondit ?Ce chef, est-ce un héros‖ ou bien est-ce un bandit ?Devinez. Qui le sait ?‖ dans ces profondeurs faitesDe crime et de vertu,‖ de meurtres et de fêtes,Trompé par ce qu'on voit‖ et par ce qu'on entend,Comment retrouver l'astre‖ en tant d'horreur flottant ?
De là vient qu'autrefois‖ tout semblait vain et trouble ;Tout semblait de la nuit‖ qui monte et qui redouble ;Le vaste écroulement‖ des faits tumultueux,Les combats, les assauts‖ traîtres et tortueux,Les Carthages, les Tyrs,‖ les Byzances, les Romes,Les catastrophes, chute‖ épouvantable d'hommes,Avaient l'air d'un tourment‖ stérile ; et, se suivantComme la grêle suit‖ les colères du vent,Et comme la chaleur‖ succède à la froidure,Semblaient ne dégager‖ qu'une loi Rien ne dure.Les nations, courbant‖ la tête, n'avaient plusD'autre philosophie‖ en ces flux et refluxQue la rapidité‖ des chars passant sur elles ;Nul ne voyait le but‖ de ces vaines querelles ;Et Flaccus s'écriait :‖ — Puisque tout fuit, aimons,Vivons, et regardons‖ tomber l'ombre des monts ;Riez, chantez, cueillez‖ des grappes dans les treillesPour les pendre, ô Lydé,‖ derrière vos oreilles ;Ce peu de chose est tout.‖ Par Bacchus, sur le poidsDes héros, des grandeurs, de la gloire et des rois,Je questionnerai‖ Caron, le passeur d'ombres ! —
Depuis on a compris.‖ Les foules et les nombresOnt perdu leur aspect‖ de chaos par degrés,Laissant vaguement voir‖ quelques points éclairés.Quoi ! la guerre, le choc‖ alternatif et rudeDes batailles tombant‖ sur l'âpre multitude,Sur le bloc triste et brut‖ des fauves nations,Quoi ! ces frémissements‖ et ces commotionsQue donne au droit qui naît,‖ au peuple qui se lève,La rencontre sonore‖ et féroce du glaive,Ce vaste tourbillon‖ d'étincelles qui sortDes combats, des héros‖ s'entreheurtant, du sort,Ce tumulte insensé‖ des camps et des tueries,Quoi ! le piétinement‖ de ces cavaleries,Les escadrons couvrant‖ d'éclairs les régiments,Quoi ! ces coups de canon‖ battant ces murs fumants,Ces coups d'épieux, ces coups‖ d'estocs, ces coups de piques,Le retentissement‖ des cuirasses épiques,Ces victoires broyant‖ les hommes, cet enfer,Quoi ! les sabres sonnant‖ sur les casques de fer,L'épouvante, les cris‖ des mourants qu'on égorge…— C'est le bruit des marteaux‖ du progrès dans la forge.— Hélas !
En même temps, l’infini, qui connaîtL'endroit où chaque cause‖ aboutit, et qui n'estQu'une incommensurable‖ et haute conscience ;Faite d'immensité,‖ de paix, de patience,Laisse, sachant le but,‖ choisissant le moyen,Souvent, hélas ! le mal‖ se faire avec du bien ;Telle est la profondeur‖ de l'ordre ; obscur, suprême,Tranquille, et s'affirmant‖ par ses démentis même.C’est ainsi qu’un bandit de Marc-Aurèle est né ;C'est ainsi que, hideux,‖ devant l'homme étonné,Le ciel y consentant,‖ avec le Christ auguste,Avec la loi d'un saint,‖ avec la mort d'un juste,Avec ces mots si doux :‖ — Nourris quiconque a faim.— Aime autrui comme toi.‖ — Ne fais pas au prochainCe que tu ne veux pas‖ qu'à toi-même on te fasse.Avec cette morale‖ où tout est vie et grâce,Avec ses dogmes pris‖ au plus serein des cieux,Loyola construisit‖ son piège monstrueux ;Sombre araignée à qui‖ Dieu, pour tisser sa toile,Donnait des fils d'aurore‖ et des rayons d'étoile.
Et même, en regardant‖ plus haut, quel est celuiQui s'écrira : — Je suis‖ l'astre, et j'ai toujours lui ;Je n'ai jamais failli,‖ jamais péché ; j'ignoreLes coups du tentateur‖ à ma vitre sonore ;Je suis sans faute. — Est-il‖ un juste audacieuxQui s'ose affirmer pur‖ devant l'azur des cieux ?L'homme a beau faire, il faut‖ qu'il cède à sa nature ;Une femme l'émeut,‖ dénouant sa ceinture,Il boit, il mange, il dort,‖ il a froid, il a chaud ;Parfois la plus grande âme‖ et le cœur le plus hautSuccombe aux appétits‖ d'en bas ; et l'esprit quêteLes satisfactions‖ immondes de la bête,Regarde à la fenêtre‖ obscène, et va, les soirs,Rôder de honte en honte‖ au seuil des bouges noirs.Tout homme est le sujet‖ de la chair misérable ;Le corps est condamné,‖ le sang est incurable ;Pas un sage n'a pu‖ se dire, en vérité,Guéri de la matière‖ et de l'humanité.
Mal, bien, tel est le triste‖ et difforme mélangeLe bien est un linceul‖ en même temps qu'un lange ;Si le mal est sépulcre,‖ il est aussi berceau ;Ils naissent l'un de l'autre,‖ et la vie est leur sceau.Les philosophes pleins‖ de crainte ou d'espérance,Songent et n'ont entre eux‖ pas d'autre différence,En révélant l'Éden,‖ et même en le prouvant,Que le voir en arrière‖ ou le voir en avant.Les sages du passé‖ disent : — l'homme recule ;Il sort de la lumière‖ et plonge au crépuscule,L'homme est parti de tout‖ pour naufrager dans rien.Ils disent : bien et mal.‖ Nous disons : mal et bien.Mal et bien, est-ce là‖ le mot ? le chiffre unique ?Le dogme ? est-ce d'Isis‖ la dernière tunique ?Mal et bien, est-ce là‖ toute la loi ? — La loi !Qui la connaît ? Quelqu'un‖ parmi nous, hors de soiComme en soi, sous l'amas‖ de faits, d'époques, d'âges,A-t-il percé ce gouffre‖ et fait ces grands sondages ?Quelqu'un démêle-t-il‖ le germe originel ?Quelqu'un voit-il le point‖ extrême du tunnel ?Quelqu'un voit-il la base‖ et voit-il la toiture ?Avons-nous seulement‖ pénétré la nature ?Qu'est-ce que la lumière‖ et qu'est-ce que l'aimant ?Qu'est le cerveau ? de quoi‖ se fait le mouvement ?D'où vient que la chaleur‖ manque aux rayons de lune ?Qu'est-ce que c'est qu'une âme ?‖ un astre en est-il une ?Le parfum est-il l'âme‖ errante du pistil ?Une fleur souffre-t-elle ?‖ un rocher pense-t-il ?Qu'est-ce que l'Onde ? Etnas,‖ Cotopaxis, Vésuves,D'où vient le flamboiement‖ de vos énormes cuves ?Où donc est la poulie‖ et la corde et le seauQui pendent dans ton puits,‖ ô noir Chimborazo ?Vivants ! distinguons-nous‖ une chose d'un être ?Qu'est-ce que mourir ? dis,‖ mortel ! qu'est-ce que naître ?Vous demandez d'un fait :‖ est-ce toute la loi ?Voyons, qui que tu sois,‖ toi qui parles, dis-moi,Qu'es-tu ? Tu veux sonder‖ l'abîme ? es-tu de forceA scruter le travail‖ des sèves sous l'écorce ;A guetter, dans la nuit‖ des filons souterrains,L'hymen de l'eau terrestre‖ avec les flots marinsEt la formation‖ des métaux ; à poursuivreDans leurs antres le plomb,‖ le mercure et le cuivre,Si bien que tu pourrais‖ dire : Voici commentL'or se fait dans la terre‖ et l'aube au firmament !Le peux-tu ? parle. Non.‖ Eh bien, sois économeD'axiomes sur Dieu,‖ de sentences sur l'homme,Et ne prononce pas‖ d'arrêts dans l'infini.Et qui donc ici-bas,‖ qui, maudit ou béni,Peut de quoi que ce soit,‖ force, âme, esprit, matière,Dire : — Ce que j'ai là,‖ c'est la loi tout entière ;Ceci, c'est Dieu, complet,‖ avec tous ses rayons ;Mettez-le-moi bien vite‖ en vos collections,Et tirez le verrou‖ de peur qu'il ne s'échappe.Savant dans son usine‖ ou prêtre sous sa chape,Qui donc nous montrera‖ le sort des deux côtés ?Qui se promènera‖ dans les éternités,Comme dans les jardins‖ de Versailles Lenôtre ?Qui donc mesurera‖ l'ombre d'un bout à l'autre,Et la vie et la tombe,‖ espaces inouïsOù le monceau des jours‖ meurt sous l'amas des nuits,Où de vagues éclairs‖ dans les ténèbres glissent ;Où les extrémités‖ des lois s'évanouissent !
Que cette obscure loi‖ du progrès dans le deuil,Du succès dans la chute‖ et du port dans l'écueil,Soit vraie ou fausse, absurde‖ et folle, ou démontrée ;Que, dragon, de l'Éden‖ elle garde l'entrée,Ou ne soit qu'un mirage‖ informe, le certainC'est que, devant l'énigme‖ et devant le destin,Les plus fermes parfois‖ s'étonnent et fléchissent.A peine dans la nuit‖ quelques cimes blanchissent,Que la brume a déjà‖ repris d'autres sommets ;De grands monts, qui semblaient‖ lumineux à jamais,Qu'on croyait délivrés‖ de l'abîme, s'y dressent,Mais noirs, et, lentement‖ effacés, disparaissent.Toutes les vérités‖ se montrent un moment,Puis se voilent, le verbe‖ avorte en bégaiement ;Le jour, si c'est du jour‖ que cette clarté sombre,N'a l'air de se lever‖ que pour regarder l'ombre ;On ne voit plus le phare ;‖ on ne sait que penser ;Vient-on de reculer,‖ ou vient-on d'avancer ?Oh ! dans l'ascension‖ humaine, que la marcheEst lente, et comme on sent‖ la pesanteur de l'arche !Comme ceux qui de tous‖ portent les intérêtsOnt l'épaule meurtrie‖ aux angles du progrès !Comme tout se défait‖ et retombe à mesure !Pas de principe acquis ;‖ pas de conquête sûre ;A l'instant où l'on croit‖ l'édifice achevé,Il s'écroule, écrasant‖ celui qui l'a rêvé ;Le plus grand siècle peut‖ avoir son heure immonde ;Parfois sur tous les points‖ du globe un fléau gronde,Et l'homme semble pris‖ d'un accès de fureur.L'Européen, ce frère‖ aîné, joute d'horreurAvec le caraïbe,‖ avec le malabare ;L'Anglais civilisé‖ passe l'Indou barbare ;O pugilat hideux‖ de Londre et de Delhy !Le but humain s'éclipse‖ en un infâme oubli,Il est nuit du Danube‖ au Nil, du Gange à l'Èbre.L'antique continent‖ est sanglant et funèbre,L'ancien monde est hagard ;‖ mais dans l'autre, ô clarté,Du moins je vois venir‖ à moi la Liberté.Qu'est-ce que tu me veux,‖ ô marchande d'esclaves ?Quoi ! de ses fers brisés,‖ l'homme fait des entraves !La tache qui flétrit‖ Stamboul à son déclinSouille l'aube du monde‖ auguste de Franklin !Sur la terre de Penn‖ les chiens chassent aux hommes,Néron et Borgia,‖ ces spectres des deux Romes,Entendent sur leur tombe‖ un bruit toujours grossiDe fers et de carcans ;‖ et Washington aussi.Ah ! l'esclavage au front‖ abject, aux yeux obliques,Deuil pour les royautés,‖ est honte aux républiques.Derrière un nègre aux fers‖ il ne reste plus rien.Quand un est paria,‖ qui donc est citoyen ?Le droit, le plus sacré‖ de tous les noms qu'on nomme,Est entier ; il suffit‖ qu'il soit absent d'un hommeEt qu'un seul n'en ait pas‖ pour que nul n'en ait plus.O genre humain, malgré‖ tant d'âges révolus,Ta vieille loi de haine‖ est toujours la plus forte,L'Évangile est toujours‖ la grande clarté morte.La fraternité râle‖ et l'amour est proscrit,Et tu n'as pas encor‖ décloué Jésus-Christ.
N'importe. Allons au but,‖ continuons. Les choses,Quand l'homme tient la clef,‖ ne sont pas longtemps closes.Peut-être qu'elle-même,‖ ouvrant ses pâles yeux,La nuit, lasse du mal,‖ ne demande pas mieux.Que de trouver celui‖ qui saura la convaincre.Le devoir de l'obstacle‖ est de se laisser vaincre.L'obscurité nous craint‖ et recule en grondant.Regardons les penseurs‖ de l'âge précédent,Ces héros, ces géants,‖ qu'une même âme anime,Détachés par la mort‖ de leur travail sublime,Passer, les pieds poudreux‖ et le front étoilé ;Saluons la sueur‖ du relai dételé ;Et marchons. Nous aussi,‖ nous avons notre étape.Le pied de l'avenir‖ sur notre pavé frappe ;En route ! Poursuivons‖ le chemin commencé ;Augmentons l'épaisseur‖ de l'ombre du passé ;Laissons derrière nous,‖ et le plus loin possible,Toute l'antique horreur,‖ de moins en moins visible.Déjà le précurseur‖ dans ces brumes brilla ;Platon vint jusqu'ici,‖ Luther a monté là ;Voyez, de grands rayons‖ marquent de grands passages ;L'ombre est pleine partout‖ du flamboiement des sages ;Voici l'endroit profond‖ où Pascal s'est penché,Criant : gouffre ! Jean-Jacque‖ où je marche a marché ;C'est là que, s'envolant‖ lui-même aux cieux, Voltaire,Se sentant devenir‖ sublime, a perdu terre,Disant : Je vois ! ainsi‖ qu'un prophète ébloui.Luttons, comme eux ; luttons,‖ le front épanoui ;Marchons ! un pas qu'on fait,‖ c'est un champ qu'on révèle ;Déchiffrons dans les temps‖ nouveaux la loi nouvelle ;Le cœur n'est jamais sourd,‖ l'esprit n'est jamais las,Et la route est ouverte‖ au fiers apostolats.
Qu'est-ce que ce cercueil‖ déposé sur deux chaises ?C'est Charles premier, roi.‖ Les communes anglaisesOnt fait ce monument‖ de justice. Et quel estCet homme à l'œil sévère,‖ au rude gantelet,Qui s'avance pensif‖ vers la bière hagarde,Soulève le couvercle‖ effrayant, et regarde ?C'est Cromwell. Il fut grand ;‖ tout devant lui trembla.
Soit ; nous ne voulons plus‖ de ces spectacles-là.C'est grand dans le passé ;‖ c'est mauvais dans notre âge.Quoiqu'un reste de nuit‖ nous souille et nous outrage,Désormais, ô vivants,‖ nous avons fait ce pas,Il faut aux nations‖ un sauveur qui n'ait pasDe curiosité‖ pour les têtes coupées ;Nous rejetons la hache‖ au tas noir des épées ;Nous l'abhorrons ; il faut‖ aux hommes maintenantUn libérateur pur,‖ apaisé, rayonnant,Qui ne soit pas vampire‖ en même temps qu'archange,Et qui n'ait pas au front,‖ en tirant de la fangeLes peuples de misère‖ et d'opprobre couverts,La sinistre lueur‖ des cercueils entr'ouverts.
Non ! Jamais d'échafauds !‖ C'est par d'autres répliquesQue doivent s'affirmer‖ les saintes républiques.Ce siècle, le plus grand‖ des siècles, l'a compris.Le jour où Février‖ se leva sur Paris,Il fit deux parts de l'œuvre‖ immense de nos pères,Et, grave, agenouillé‖ devant les grands mystères,Ne gardant que le droit,‖ rendit à Dieu la mort.Notre doigt n'est pas fait‖ pour presser le ressortDe ce fer monstrueux‖ qui tombe et se relève ;La liberté n'est pas‖ un outil de la Grève ;Elle s'emmanche mal‖ au couperet hideux ;Carrier, Le Bas, Hébert,‖ sont des Philippes deux ;Fouquier-Tinville touche‖ au duc d'Albe, BarrièreVaut de Maistre, et Chaumette‖ a Bâville pour frère ;Marat, Couthon, Saint-Just, d’où la vengeance sort,Servent la vie avec‖ les choses de la mort ;Ce qu'ils font est fatal ;‖ c'est toujours la vieille œuvre,Et l'on y sent le froid‖ de l'antique couleuvre.Non, le bien ne doit point‖ avoir de repentirs.Au nom de tous les morts‖ et de tous les martyrs,Non, jamais de vengeance !‖ et la vie est sacrée.L’aigle des temps nouveaux, planant dans l’empyrée,Laisse le sang rouiller le bec du vieux vautour.Le peuple doit grandir,‖ étant maître à son tour,Et c'est par la douceur‖ que la grandeur se prouve.Vie et Paix ! Nos enfants‖ ne tettent plus la louve ;Notre avenir n'est plus‖ dans un antre, allaitéPar l'affreux ventre noir‖ de la fatalité.
Ce patient traîné‖ dans un tombeau qui roule,Ces prunelles de tigre‖ éclatant dans la foule,Ce prêtre, ce bourreau,‖ tout ce groupe fatal,Ce tréteau, pilori‖ s'il n'est pas piédestal,Ce panier, cette fosse‖ infâme qui se creuse,Cette hache, c'était‖ de l'ombre malheureuse ;Cela cachait le ciel,‖ le vrai, l'astre éclipsé ;C'était du crépuscule‖ et c'était du passé ;Le peuple sent en lui‖ sa nouvelle âme éclore,Et ne veut rien de l'ombre‖ et veut tout de l'aurore.Avançons. Le progrès,‖ c'est un besoin d'azur.Certes, Danton fut grand ;‖ Robespierre était pur ;Jadis, broyant, malgré‖ les cris et les menaces,Les mâchoires de l'hydre‖ entre ses poings tenaces,Gladiateur géant‖ du cirque des fléaux,Mordu par toute l'ombre‖ et par tout le chaos,Ce grand Quatrevingt-treize‖ a fait ce qu'il dut faire ;Mais nous qui respirons‖ l'idéale atmosphère,Nous sommes d'autres cœurs ;‖ les temps fatals sont clos ;Notre siècle, au-dessus‖ du vieux niveau des flots,Au-dessus de la haine,‖ au-dessus de la crainte,Fait sa tâche ; il construit‖ la grande Babel sainte ;Dieu laisse, cette fois‖ l'homme bâtir sa tour.La république doit‖ s'affirmer par l'amour,Par l'entrelacement‖ des mains et des pensées,Par tous les lys s'ouvrant‖ à toutes les rosées,Par le beau, par le bon,‖ par le vrai, par le grand,Par le progrès debout,‖ vivant, marchant, flagrant,Par la matière à l'homme‖ enfin libre asservie,Par le sourire auguste‖ et calme de la vie,Par la fraternité‖ sur tous les seuils riant,Et par une blancheur‖ immense à l'orient :Après le dix août‖ superbe, où dans la brumeSous le dernier éclair‖ le dernier trône fume,Après Louis, martyr‖ de son hérédité,Roi que brisa la France‖ en mal de liberté,Après cette naissance,‖ après cette agonie,Toute l'œuvre tragique‖ et farouche est finie.L'ère d'apaisement‖ suit l'ère de terreur.Le droit n'a pas besoin‖ de se mettre en fureur,Et d'arriver les mains‖ pleines de violences,Et de jeter un glaive au plateau des balances.Il paraît, on tressaille ;‖ il marche ; on dit : C'est Dieu.Mort à la mort ! Au feu‖ la loi sanglante ! au feuLe vieux koran de fer,‖ l'affreux code implacableQui tord l'irrémissible‖ avec l'irrévocable,Qui frappe, qui se venge,‖ et qui se trompe ! À bas,Croix qui saisis Jésus‖ et lâches Barrabas !A bas, potence, avec‖ toutes tes branches noires !Fourche que Vouglans mêle‖ à ses réquisitoires,Solive épouvantable‖ où Tristan s'accouda,Machine de Tyburn‖ et de la Cébeda,Démolis-toi toi-même,‖ et croule, mutilée,Avec le saint-office‖ et la chambre étoilée,Et tourne contre toi‖ la mort que tu contiens !Charpente que l'enfer‖ fait lécher à ses chiens,Va pourrir dans la terre éternelle et divineQui ne te connaît point,‖ toi l'arbre sans racine,Qui t'exclut de la sève‖ et qui ne donne pasLa vie au bois féroce‖ où germe le trépas !Fuis, dissous-toi ; perds-toi‖ dans la grande nature !Engins qu’a maniés le meurtre et la torture,O monstrueux outils‖ de la tombe, assassins,Rappelez-vous les bons,‖ les innocents, les saints,Et, demandez-vous-en‖ compte les uns aux autres !Tous les crimes du faible‖ ont pour source les vôtres.
Poutre, ébrèche la hache‖ et brise le couteau !Hache, deviens cognée‖ et frappe le poteau !Frappe ! Exterminez-vous,‖ ô ténébreux complices !Et tombe pêle-mêle,‖ ô forêt des supplices,Roue, échelle, garrot,‖ gibet, et glaive et faulx,Sous le bras du progrès,‖ bûcheron d'échafauds !
Non, non quoi que ce soit‖ qui ressemble à la haine.N'est pas le dénouement,‖ et l'aurore est certaine ;C'est au bonheur que doit,‖ quoi qu'on fasse, aboutirL'effort humain, ce sombre‖ et souriant martyr ;La vie aux yeux sereins‖ sort toujours de la tombe ;Tout déluge a pour fin‖ le vol d'une colombeJamais l'espoir sacré‖ n'a dit : Je me trompais.Oh ! ne vous lassez point,‖ penseurs ; versez la paix,Versez la foi, versez‖ l'idée et la prière,Et sur ces flots de nuit‖ des torrents de lumière !Gloire à Dieu ! nul progrès‖ ne se fait à demi…Le malheur du méchant,‖ le deuil de l'ennemi,Non, ce n'est pas le but,‖ sous le Ciel qui débordeDe bonté, de pardon,‖ d'extase et, de concorde.Vivants, toutes les fois‖ que ce globe de fer,Ébauche un peu d'éden,‖ ruine un peu d'enfer,Et qu'un écueil s'écroule,‖ et qu'un phare, flamboie,Et que les nations‖ font des pas vers la joieEn luttant, en cherchant ;‖ en priant, en aimantLe ciel rayonne et semble‖ un grand consentement.
Ô tous ! vivez, marchez, croyez ! soyez tranquilles.— Mais quoi ! le râle sourd‖ des discordes civiles,Ces siècles de douleurs,‖ de pleurs, d'adversités,Hélas ! tous ces souffrants,‖ tous ces déshérités,Tous ces proscrits, le deuil,‖ la haine universelle,Tout ce qui dans le fond‖ des âmes s'amoncelle,Cela ne va-t-il pas‖ éclater tout à coup ?La colère est partout,‖ la fureur est partout ;Les cieux sont noirs ; voyez,‖ regardez ; il éclaire !Qu'est-ce que la fureur ?‖ qu'importe la colère ?La vengeance sera‖ surprise de son fruit ;Dieu nous transforme ; il a‖ pour tâche en notre nuitL'auguste avortement‖ de la foudre en aurore.
Dieu prend dans notre cœur‖ la haine et la dévore ;Il se jette sur nous‖ des profondeurs du jour ;Et nous arrache tout‖ de l'âme, hors l'amour ;Avec ce bec d'acier,‖ la conscience, il plongeJusqu'à notre pensée‖ et jusqu'à notre songe,Fouille notre poitrine‖ et, quoi que nous fassions,Jusqu'aux vils intestins‖ qu'on nomme passions ;Il pille nos instincts‖ mauvais, il nous dépouilleDe ce qui nous tourmente‖ et de ce qui nous souille ;Et, quand il nous a faits‖ pareils au ciel béni,Bons et purs, il s'envole,‖ et rentre à l'infini ;Et, lorsqu'il a passé‖ sur nous, l'âme plus grandeSent qu'elle ne hait plus,‖ et rend grâce, et demande :Qui donc m'a prise ainsi‖ dans ses serres de feu ?Et croit que c'est un aigle,‖ et comprend que c'est Dieu.Pour atteindre à ce but,‖ l'amour, tous les contraires,Désarmés, attendris,‖ calmés, deviendront frères ;Nous verrons se confondre‖ en douces unionsCe que nous acceptons‖ et ce que nous nions ;Les parfums sortiront‖ à travers les écorces ;L'idée éclairera‖ l'aveuglement des forces ;L'antique antagonisme‖ entre l'âme et le corpsSera comme une lyre‖ aux célestes accords ;Le souffle baisera‖ l'argile, et la matièrePlongera dans l'esprit‖ sa farouche frontière ;La charrue aidera‖ l'hymne, et les travailleursAuront aux mains la gerbe‖ et sur le front des fleurs ;Car pour le verbe saint‖ nulle voix n'est muette !La pioche du mineur,‖ la strophe du poète,Creusent la même énigme‖ et cherchent le même or.Qu'importe les chemins‖ où l'homme marche encorTantôt mouillé de pluie‖ et tantôt blanc de poudre !
C'est en fraternité‖ que tout doit se dissoudre ;Et Dieu fera servir‖ le calcul, la raison,L'étude et la science,‖ à cette guérison.
Peuples, Demain n'est pas‖ un monstre qui nous guetteNi la flèche qu'Hier‖ en s'enfuyant nous jette.Ô peuples ! l'avenir‖ est déjà parmi nous.Il veut le droit de tous‖ comme le pain pour tous ;Calme, invincible, au champ‖ de bataille suprême,Il lutte ; à voir comment‖ il frappe, on sent qu'il aime ;Regardez-le passer,‖ ce grand soldat masqué !Il se dévoilera,‖ peuples, au jour marqué ;En attendant il fait‖ son œuvre ; la penséeSort, lumière, à travers‖ sa visière baissée ;Il lutte pour la femme,‖ il lutte pour l'enfant,Pour le peuple qu'il sert,‖ pour l'âme qu'il défend,Pour l'idéal splendide‖ et libre ; et la mêlée,Sombre, de ses deux yeux‖ de flamme est étoilée.
Son bouclier, où luit‖ ce grand mot : Essayons !Est fait d'une poignée‖ énorme de rayons.Il ébauche l'Europe,‖ il achève la France ;Il chasse devant lui,‖ terrible, l'ignorance,Les superstitions‖ où les cœurs sont plongés,Et tout le tourbillon‖ des pâles préjugés.Oh ! ne le craignez pas,‖ peuples ! son nom immenseC'est aujourd'hui combat‖ et c'est demain clémence.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 664((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a dit / grandit masculine, classiqueb achevée / couvée féminine, classiquec songé / submergé masculine, classiqued table / lamentable féminine, classiquee désespoirs / noirs masculine, classiquef parole / auréole féminine, classiqueg expiations / visions masculine, classiqueh nuées / prostituées féminine, classiquei prêts / couperets masculine, classiquea affranchies / monarchies féminine, classiquea lassé / passé masculine, classiqueb celle / étincelle féminine, classiquec effrayants / fuyants masculine, classiqued insondable / formidable féminine, classiquee sépulcral / mal masculine, classiquef ornière / dernière féminine, classiqueg cieux / monstrueux masculine, classiqueh laves / esclaves féminine, classiquei dévier / janvier masculine, classiquej s'écroule / foule féminine, classiquek disent-ils / profils masculine, classiquel proclame / l'âme féminine, classiquem firmament / craquement masculine, classiquen royaume / fantôme féminine, classiquea condamné / né masculine, classiqueb dire / martyre féminine, classiquec l'innocent / sang masculine, non classiqued sublime / l'abîme féminine, classiquea pavois / voix masculine, classiqueb agrandie / tragédie féminine, classiquec tourbillons / bataillons masculine, classiqueb colère / séculaire féminine, classiquec labarum / forum masculine, classiqued reconstruire / bruire féminine, classiquee beau / Mirabeau masculine, classiquef Barnave / bave féminine, classiqueg épars / parts masculine, classiqueh onde / monde féminine, classiqueb resplendit / dit masculine, classiquec quadrige / dirige féminine, classiqued engloutissant / descend masculine, classiquee profonde / fonde féminine, classiquef cris / proscrits masculine, classiqueg inouïe / éblouie féminine, classiqueh l'envoyé / foudroyé masculine, classiquei personne / frissonne féminine, classiquej accablants / tremblants masculine, classiquek terribles / horribles féminine, classiqueb bien / Rien masculine, classiquea cave / l'esclave féminine, classiqueb acharnés / déchaînés masculine, classiquec oblique / publique féminine, classiqued trou / verrou masculine, classiquee plaie / claie féminine, classiquef écrit / esprit masculine, classiqueg inondée / l’idée féminine, classiqueh maudit / bandit masculine, classiquei chaîne / haine féminine, classiquej humains / romains masculine, classiquek inabordable / formidable féminine, classiquel géant / créant masculine, classiquem charme / larme féminine, classiquen souffrants / Prends masculine, classiqueo accable / implacable féminine, classiquep nation / d'extermination masculine, classiqueq célèbres / ténèbres féminine, classiquer corbeau / beau masculine, classiques noires / dérisoires féminine, classiquet infernal / arsenal masculine, classiqueu foudre / moudre féminine, classiqueb penchants / méchants masculine, classiquec délivrance / France féminine, classiqued dauphin / faim masculine, classiquee brute / chute féminine, classiquef reçoit / soit masculine, classiqueg tue / constitue féminine, classiquea bonté / côté masculine, classiqueb misérables / inexorables féminine, classiquec roi / effroi masculine, classiqued sanglote / despote féminine, classiquee natal / fatal masculine, classiquef barre / barbare féminine, classiqueg agneaux / Vergniaux masculine, classiqueh Gironde / gronde féminine, classiquei bâtards / avatars masculine, classiquej destinées / d'années féminine, classiquek quatrevingt / vint masculine, classiquel phénomène / humaine féminine, classiquem Golgotha / s'arrêta masculine, classiquen discontinuée / nuée féminine, classiqueo temps / instants masculine, classiquep phase / base féminine, classiqueq zénith / finit masculine, classiquea Sodome / homme féminine, classiqueb manteau / ghetto masculine, classiquec monotone / automne féminine, classiqued cieux / prodigieux masculine, classiqueb récolte / révolte féminine, classiquec Clovis / vis masculine, classiqued sombre / l'ombre féminine, classiquee noir / pressoir masculine, classiquef voiles / étoiles féminine, classiqueg ruisseler / râler masculine, classiqueh fangeuse / vendangeuse féminine, classiquea titan / cabestan masculine, classiqueb fournaise / Genèse féminine, classiquea fixement / fumant masculine, classiqueb braise / Quatrevingt-treize féminine, classiquec esprit / prit masculine, classiqued nombre / sombre féminine, classiquee sort / mort masculine, classiqueb sonde / monde féminine, classiquec progrès / regrets masculine, classiqued lente / sanglante féminine, classiquee chemin / demain masculine, classiquef possible / cible féminine, classiqueg forfait / stupéfait masculine, classiqueh héritage / sage féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquec trouble / double féminine, classiqued l'esprit / Christ masculine, classiquea tragiques / logiques féminine, classiqueb broyant / effrayant masculine, classiquec ancêtre / apparaître féminine, classiqued lueurs / tueurs masculine, classiquee l'amende / redemande féminine, classiquef poteaux / l'Athos masculine, classiqueg Barmécide / l'infanticide féminine, classiqueh rébellion / Lyon masculine, classiquei temple / contemple féminine, classiquej cardinal / infernal masculine, classiquek funéraires / frères féminine, classiquel Manfredi / refroidi masculine, classiquem Orestes / restes féminine, classiquen yeux / essieux masculine, classiqueo Ramire / pire féminine, classiquep d'encens / passants masculine, classiqueq Nicée / glacée féminine, classiquer souterrains / reins masculine, classiques Sforce / force féminine, classiquet ciel / miel masculine, classiqueu distraire / frère féminine, classiquev dents / prétendants masculine, classiquew bouche / farouche féminine, classiquex vivants / vents masculine, classiquey burgonde / Frédégonde féminine, classiquez Madrid / ouvrit masculine, classiquea ventres / antres féminine, classiqueb froids / rois masculine, classiquec sommes / hommes féminine, classiqued voix / bois masculine, classiquea représailles / Versailles féminine, classiqueb Pélion / talion masculine, classiquea talion / sauvages / ravages féminine, classiqueb assez / trépassés masculine, classiquec brume / fume féminine, classiqued nuit / poursuit masculine, classiquee têtes / tempêtes féminine, classiquef vérité / calamité masculine, classiqueg aile / éternelle féminine, classiqueh talons / voulons masculine, classiquei lapide / stupide féminine, classiquej férocité / cité masculine, classiquek naître / fenêtre féminine, classiquel réservé / pavé masculine, classiquem d'être / maître féminine, classiquen ici / obscurci masculine, classiqueb résoudre / foudre féminine, classiquec tromperait / couperet masculine, classiqued immense / commence féminine, classiquee grand / transparent masculine, classiquef l'abîme / crime féminine, classiqueg tranchant / approchant masculine, classiqueh comme / homme féminine, classiquei immolé / roulé masculine, classiquej inviolable / semblable féminine, classiquek cou / où masculine, classiqueb problème / même féminine, classiquec qu'Abel / ciel masculine, classiqued insensée / blessée féminine, classiquee demain / humain masculine, classiquef Grève / rêve féminine, classiqueg abandons / répondons masculine, classiqueh insouciance / conscience féminine, classiquei las / coutelas masculine, classiquea importunes / fortunes féminine, classiqueb moments / diamants masculine, classiquec fêtes / prophètes féminine, classiqued eaux / d'oiseaux masculine, classiquee fleuries / Tuileries féminine, classiquef crispés / coupés masculine, classiqueg verres / sévères féminine, classiqueh enivrer / livrer masculine, classiquei flamme / épithalame féminine, classiquej charmant / follement masculine, classiquek rose / cause féminine, classiquel entier / guichetier masculine, classiquem ceinture / torture féminine, classiquen endormi / demi masculine, classiqueo chouette / silhouette féminine, classiquep bourreau / fourreau masculine, classiqueb livide / vide féminine, classiquec l'effroi / roi masculine, classiquea justice / vêtisse féminine, classiqueb sacré / muré masculine, classiquec sombre féminine, classiqued saisons / horizons masculine, classiquee étude / certitude féminine, classiquef lointain / destin masculine, classiqueg doute / redoute féminine, classiqueh réponds / Frappons masculine, classiquei funèbres / ténèbres féminine, classiquek despote / sanglote féminine, classiquel malheurs / pleurs masculine, classiquem tombe féminine, classiquen ajouté / fatalité masculine, classiqueo justice / bâtisse féminine, classiquep nouveau-né / gagné masculine, classiqueq ministres / sinistres féminine, classiquer anankè / manqué masculine, classiqueb étincelantes / sanglantes féminine, équivalentec cieux / soucieux masculine, classiqued respire / pire féminine, classiquee roi / Sauve-toi masculine, classiquea frontières / cimetières féminine, classiqueb faut / avant / l’échafaud masculine, classiqueb foules / houles féminine, classiquec mouvants / vivants masculine, classiqued bouges / rouges féminine, classiquee morceau / ruisseau masculine, classiquef effrontée / athée féminine, classiqueg repoussants / passants masculine, classiqueh tire / rire féminine, classiquei descend / laissant masculine, classiquej d'astres / pilastres féminine, classiquek basilic / public masculine, classiquel places / populaces féminine, classiquea pas / bas masculine, classiqueb décombre / nombre féminine, classiquec nuit / fuit masculine, classiqued fraternelle / elle féminine, classiquee péril / viril masculine, classiquef rappelle / épelle féminine, classiqueg rayonnants / saignants masculine, classiqueh solitudes / rudes féminine, classiquei bout / Debout masculine, classiquej tables / redoutables féminine, classiquek vent / mouvant masculine, classiquem d'aller / s'étoiler masculine, classiquen médite / maudite féminine, classiqueo émus / camus masculine, classiquep austère / mystère féminine, classiqueq appesantit / appétit masculine, classiquer l'idée / accordée féminine, classiques l'idéal / Hall masculine, classiquet registre / sinistre féminine, classiqueu roi / loi masculine, classiquev pure / pourriture féminine, classiquew manger / s'allonger masculine, classiquex délétère / terre féminine, classiquey nuit / traduit masculine, classiqueb indécises / d'assises féminine, classiquec tribunal / Juvénal masculine, classiqued lyriques / panégyriques féminine, classiquee jamais / sommets masculine, classiquef blâme / infâme féminine, classiqueg milieu / peu masculine, classiqueh glaive / s'élève féminine, classiquei bourreau / tombereau masculine, classiquej Cévennes / veines féminine, classiquek vautours / toujours masculine, classiquel noire / gloire féminine, classiquem d'ennui / lui masculine, classiquen décombres / sombres féminine, classiqueo lion / talion masculine, classiqueb femmes / flammes féminine, classiquec brouillard / lollard masculine, classiqued mendie / l'incendie féminine, classiquee truand / tuant masculine, classiquef lue / absolue féminine, classiqueg penseur / sœur masculine, classiqueh souffrîmes / crimes féminine, classiquei vérité / cruauté masculine, classiquej s'efface / fasse féminine, classiquek grabats / d'ici-bas masculine, classiquel victime / légitime féminine, classiquem fort / tort masculine, classiquen taire / faire féminine, classiqueo fait / triomphait masculine, classiqueb envie / vie féminine, classiquec creusé / passé masculine, classiqued terroristes / tristes féminine, classiquee nuit / séduit masculine, classiquef âmes / flammes féminine, classiqueg coup / l'égout masculine, classiqueh orpheline / Messaline féminine, non classiquei foudroyants / fuyants masculine, classiquej pupilles / Thermopyles féminine, classiquek confédéré / ferré masculine, classiquel épiques / piques féminine, classiquem paraît / forêt masculine, classiquen tête / tempête féminine, classiqueo nuit / s'évanouit masculine, classiquep écumeuse / Sambre-et-Meuse féminine, classiqueq souverain / transteverin masculine, classiquer crosse / féroce féminine, classiques émus / Ramus masculine, classiquet flotte / Charlotte féminine, classiqueu soufflet / déplaît masculine, classiquew Paris / cris masculine, classiquex auguste / juste féminine, classiquey cœur / vainqueur masculine, classiquez apôtres / autres féminine, classiquea aïeul / Seul masculine, classiquea contraire / distraire féminine, classiqueb commun / chacun masculine, classiquec l'entame / âme féminine, classiqued hébété / liberté masculine, classiquee principe / dissipe féminine, classiquef nu / venu masculine, classiqueg prisse / caprice féminine, classiqueh cabanon / chaînon masculine, classiquei chaîne / chêne féminine, classiquea parlons-en / d'un masculine, classiqueb fasse / surface féminine, classiquec l'honneur / badigeonneur masculine, classiqued d'Athènes / fontaines féminine, classiquee fatal / cristal masculine, classiquef rudes / turpitudes féminine, classiqueg vertus / Brutus masculine, classiqueh gloire / histoire féminine, classiquei Bara / adora masculine, classiquej bustes / robustes féminine, classiquek enseveli / oubli masculine, classiquel cygne / s'indigne féminine, classiquem vapeur / peur masculine, classiquen l'ignore / déshonore féminine, classiqueo d'hier / fier masculine, classiquep proteste / reste féminine, classiqueq tombeau / corbeau masculine, classiquer s’écroule / foule féminine, classiques chemin / humain masculine, classiquet incapable / coupable féminine, classiqueu d'appui / lui masculine, classiquev Londre / répondre féminine, classiquew dissout / debout masculine, classiquex demeure / meure féminine, classiquey désespéré / vénéré masculine, classiquez succombes / catacombes féminine, classiquea vaincus / Galgacus masculine, classiqueb continue / tenue féminine, classiquec foi / effroi masculine, classiqued asservie / vie féminine, classiquee vers / couverts masculine, classiquef femmes / âmes féminine, classiqueg fort / Chamfort masculine, classiqueh indigne / cygne féminine, classiquei serpents / rampants masculine, classiquej d'ombre / sombre féminine, classiquek voir / devoir masculine, classiquel couche / farouche féminine, classiquea tombeau / beau masculine, classiqueb juste / Locuste féminine, classiquec Sanchez / penchés masculine, classiqued vides / suicides féminine, classiquee vivant / avant masculine, classiquef s'élance / silence féminine, classiqueg vouloir / noir masculine, classiqueh austère / terre féminine, classiquei Oui / épanoui masculine, classiqueb Mystère / terre féminine, classiquec développement / tourment masculine, classiqued prunelle / éternelle féminine, classiquee décrété / sublimité masculine, classiquef n'enseigne / saigne féminine, classiqueg ici-bas / combats masculine, classiqueh antre / ventre féminine, classiquei chair / fer masculine, classiquej l'espérance / souffrance féminine, classiquek nombril / avril masculine, classiquel morte / sorte féminine, classiquem sillon / bâillon masculine, classiquen suprêmes / problèmes féminine, classiqueo enflammés / fermés masculine, classiquep l'apôtre / l'autre féminine, classiqueq côté / bonté masculine, classiquer luire / dire féminine, classiques esprits / prix masculine, classiquet hécatombes / tombes féminine, classiqueu opprimé / formé masculine, classiquev problème / lui-même féminine, classiquew corps / forts masculine, classiquex barricade / embuscade féminine, classiquey dompté / épouvanté masculine, classiquez traîtres / prêtres féminine, classiquea moqueurs / vainqueurs masculine, classiqueb nomme / l'homme féminine, classiquec l'eau / Polo masculine, classiqued sonores / Açores féminine, classiquee Montgolfier / défier masculine, classiquef somme / consomme féminine, classiqueg mort / effort masculine, classiqueh fécondables / formidables féminine, classiquei amants / aimants masculine, classiquej martyre / attire féminine, classiquea sacrifiés / confiez masculine, classiqueb monte / honte féminine, classiquec fécondité / fatalité masculine, classiqued éclore / déplore féminine, classiquee Pourquoi / d'effroi masculine, classiquef séjourne / tourne féminine, classiqueg jour / tour masculine, classiqueh morale / spirale féminine, classiquei Sion / punition masculine, classiquej surnage / carnage féminine, classiquek tas / d'attentats masculine, classiquel boue / roue féminine, classiquem Borgias / d'Augias masculine, classiquen lavage / pavage féminine, classiqueo fleuri / cri masculine, classiquep l'autre / vautre féminine, classiqueq l'horreur / laboureur masculine, classiquea nature / pourriture féminine, classiqueb tort / tord masculine, classiquec tourmente / lamente féminine, classiqued ouvrier / crier masculine, classiquea l'anthropophagie / rougie féminine, classiqueb bûcher / boucher masculine, classiquec d'armées / enflammées féminine, classiqued éclaireurs / erreurs masculine, classiquee missionnaire / tonnerre féminine, classiquef Gengiskan / volcan masculine, classiqueg fertilise / civilise féminine, classiqueh luit / détruit masculine, classiquei divorces / forces féminine, classiquej l'étouffait / fait masculine, classiquek d'écume / brume féminine, classiquel bondit / bandit masculine, classiquem faites / fêtes féminine, classiquen entend / flottant masculine, classiquea trouble / redouble féminine, classiqueb tumultueux / tortueux masculine, classiquec Romes / d'hommes féminine, classiqued suivant / vent masculine, classiquee froidure / dure féminine, classiquef plus / reflux masculine, classiqueg elles / querelles féminine, classiqueh aimons / monts masculine, classiquei treilles / oreilles féminine, classiquej poids / rois masculine, classiquek d'ombres / nombres féminine, classiqueb degrés / éclairés masculine, classiquec rude / multitude féminine, classiqued nations / commotions masculine, classiquee lève / glaive féminine, classiquef sort masculine, classiqueg tueries / cavaleries féminine, classiqueh régiments / fumants masculine, classiquei piques / épiques féminine, classiquej enfer / fer masculine, classiquek égorge / forge féminine, classiquea Hélas / connaît / n'est masculine, classiqueb conscience / patience féminine, classiquec moyen / bien masculine, classiqued suprême / même féminine, classiquee né / étonné masculine, classiqueg faim / prochain masculine, classiqueh fasse / grâce féminine, classiquej toile / d'étoile féminine, classiquea celui / lui masculine, classiqueb j'ignore / sonore féminine, classiquec audacieux / cieux masculine, classiqued nature / ceinture féminine, classiquee chaud / haut masculine, classiquef quête / bête féminine, classiqueg soirs / noirs masculine, classiqueh misérable / incurable féminine, classiquei vérité / l'humanité masculine, classiquea mélange / lange féminine, classiqueb berceau / sceau masculine, classiquec d'espérance / différence féminine, classiqued prouvant / avant masculine, classiquee recule / crépuscule féminine, classiquef rien / bien masculine, classiqueg unique / tunique féminine, classiqueh loi / soi masculine, classiquei d'âges / sondages féminine, classiquej originel / tunnel masculine, classiquek toiture / nature féminine, classiquel l'aimant / mouvement masculine, classiquem lune / une féminine, classiquen pistil / pense-t-il masculine, classiqueo Vésuves / cuves féminine, classiquep seau / Chimborazo masculine, classiqueq être / naître féminine, classiquer loi / dis-moi masculine, classiques force / l'écorce féminine, classiquet souterrains / marins masculine, classiqueu poursuivre / cuivre féminine, classiquev comment / firmament masculine, classiquew économe / l'homme féminine, classiquex l'infini / béni masculine, classiquey matière / entière féminine, classiquez rayons / collections masculine, classiquea s'échappe / chape féminine, classiqueb côtés / éternités masculine, classiquec Lenôtre / l'autre féminine, classiqued inouïs / nuits masculine, classiquee glissent / s'évanouissent féminine, classiquea deuil / l'écueil masculine, classiqueb démontrée / l'entrée féminine, classiquec certain / destin masculine, classiqued fléchissent / blanchissent féminine, classiquee sommets / jamais masculine, classiquef dressent / disparaissent féminine, classiqueg moment / bégaiement masculine, classiquei penser / d'avancer masculine, classiquej marche / l'arche féminine, classiquek intérêts / progrès masculine, classiquel mesure / sûre féminine, classiquem achevé / rêvé masculine, classiquen immonde / gronde féminine, classiqueo fureur / d'horreur masculine, classiquep malabare / barbare féminine, classiqueq Delhy / oubli masculine, classiquer l'Èbre / funèbre féminine, classiques clarté / Liberté masculine, classiquet d'esclaves / entraves féminine, classiqueu déclin / Franklin masculine, classiquev hommes / Romes féminine, classiquew grossi / aussi masculine, classiquex obliques / républiques féminine, classiquey rien / citoyen masculine, classiquez nomme / homme féminine, classiquea plus / révolus masculine, classiqueb forte / morte féminine, classiquec proscrit / Jésus-Christ masculine, classiquea choses / closes féminine, classiqueb yeux / mieux masculine, classiquec convaincre / vaincre féminine, classiqued grondant / précédent masculine, classiquee anime / sublime féminine, classiquef étoilé / dételé masculine, classiqueg étape / frappe féminine, classiqueh commencé / passé masculine, classiquei possible / visible féminine, classiquej brilla / là masculine, classiquek passages / sages féminine, classiquel penché / marché masculine, classiquem Voltaire / terre féminine, classiquen ébloui / épanoui masculine, classiqueo révèle / nouvelle féminine, classiquep las / apostolats masculine, classiquea chaises / anglaises féminine, classiqueb est / gantelet masculine, classiquec hagarde / regarde féminine, classiqued trembla / spectacles-là masculine, classiqueb âge / outrage féminine, classiquec pas masculine, classiqued coupées / épées féminine, classiquee maintenant / rayonnant masculine, classiquef qu'archange / fange féminine, classiqueg couverts / entr'ouverts masculine, classiquea répliques / républiques féminine, classiqueb compris / Paris masculine, classiquec pères / mystères féminine, classiqued mort / ressort masculine, classiquee relève / Grève féminine, classiquef hideux / deux masculine, classiqueg Barrière / frère féminine, classiquei œuvre / couleuvre féminine, classiquej repentirs / martyrs masculine, classiquek sacrée / l’empyrée féminine, classiquel vautour / tour masculine, classiquem prouve / louve féminine, classiquen allaité / fatalité masculine, classiquea roule / foule féminine, classiqueb fatal / piédestal masculine, classiquec creuse / malheureuse féminine, classiqued éclipsé / passé masculine, classiquee éclore / l'aurore féminine, classiquef d'azur / pur masculine, classiqueg menaces / tenaces féminine, classiqueh fléaux / chaos masculine, classiquei faire / atmosphère féminine, classiquej clos / flots masculine, classiquek crainte / sainte féminine, classiquel tour / l'amour masculine, classiquem pensées / rosées féminine, classiquen grand / flagrant masculine, classiquep riant / l'orient masculine, classiquer hérédité / liberté masculine, classiques agonie / finie féminine, classiquet terreur / fureur masculine, classiqueu violences / balances féminine, classiquev Dieu / feu masculine, classiquew implacable / l'irrévocable féminine, classiquex bas / Barrabas masculine, classiquey noires / réquisitoires féminine, classiquez s'accouda / Cébeda masculine, classiquea mutilée / étoilée féminine, classiqueb contiens / chiens masculine, classiquec divine / racine féminine, classiqued pas / trépas masculine, classiquee nature / torture féminine, classiquef assassins / saints masculine, classiqueg autres / vôtres féminine, classiquea couteau / poteau masculine, classiqueb complices / supplices féminine, classiquec faulx / d'échafauds masculine, classiquea haine / certaine féminine, classiqueb aboutir / martyr masculine, classiquec tombe / colombe féminine, classiqued trompais / paix masculine, classiquee prière / lumière féminine, classiquef demi / l'ennemi masculine, classiqueg déborde / concorde féminine, classiqueh fer / d'enfer masculine, classiquei flamboie / joie féminine, classiquej aimant / consentement masculine, classiquea tranquilles / civiles féminine, classiqueb d'adversités / déshérités masculine, classiquec universelle / s'amoncelle féminine, classiqued coup / partout masculine, classiquee éclaire / colère féminine, non classiquef fruit / nuit masculine, classiqueg aurore / dévore féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquec plonge / songe féminine, classiqued fassions / passions masculine, classiquee dépouille / souille féminine, classiquef béni / l'infini masculine, classiqueg grande / demande féminine, classiqueh feu / Dieu masculine, classiquei contraires / frères féminine, classiquej unions / nions masculine, classiquek écorces / forces féminine, classiquel corps / accords masculine, classiquem matière / frontière féminine, classiquen travailleurs / fleurs masculine, classiqueo muette / poète féminine, classiquep or / encor masculine, classiqueq poudre / dissoudre féminine, classiqueb raison / guérison masculine, classiquea guette / jette féminine, classiqueb nous / tous masculine, classiquec suprême / aime féminine, classiqued masqué / marqué masculine, classiquee pensée / baissée féminine, classiquef l'enfant / défend masculine, classiqueg mêlée / étoilée féminine, classiquea Essayons / rayons masculine, classiqueb France / l'ignorance féminine, classiquec plongés / préjugés masculine, classiqued immense / clémence féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
1331 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources