Les années funestes, 1898
LIV. Départ et retour des régiments
— Aigles, où courez-vous ?Que c’est beau la lumière !Que c’est beau le soleil ! Dans sa splendeur première,Quand l'aurore apparut,‖ l'aigle la contempla,Et, s'envolant, il dit‖ à l'astre me voilà !Car vous avez, oiseaux‖ que hait l'ombre éternelle,Pour le soleil les yeux,‖ pour la liberté l'aile.L'aigle chasse la brume‖ affreuse du vallon ;Il n'est qu'un souffle alors,‖ mais s'appelle aquilon.Les peuples ont besoin,‖ Dieu seul étant leur règle,D'avoir au-dessus d'eux‖ l'immense vol de l'aigle ;Car il tombe de l'aigle‖ un éblouissement.L'aigle va chercher l'aube‖ au fond du firmament,Vole, et crie en planant‖ dans son vaste équilibre :Hommes, voilà comment‖ on est quand on est, libre !Le groupe obscur des Nuits‖ craint cet,audacieux.Aigles, votre coup d'aile‖ est nécessaire aux cieux.Tout ce qui n'est pas vie,‖ amour, clarté, principe,Devant votre passage‖ effrayant, se dissipeVotre fier bruit d'orage‖ épouvante le mal ;Le monde esprit succède‖ au vil monde animal ;Partout où vous planez‖ surgit la délivrance,Vous n'êtes plus la Guerre‖ et vous vous nommez France.Le bruit d’ailes s’éloigne. Ils s’en vont.
On diraitQue le ciel tout à coup‖ devient une forêt.Dieu ! quelle chute brusque‖ et sombre de ténèbres !Sous l'épaississement‖ des silences funèbres,Tout s'efface, et l'espace‖ obscur se refroidit ;L'horizon misérable‖ et morne a l'air maudit ;Des lueurs qui brillaient‖ meurent l'une après l'autre ;De ces langues de feu‖ qui tombaient sur l'apôtre,A peine'en flotte-t-il‖ quelques-unes, au fondD'une ombre où nul ne voit‖ ce que les peuples font ;Toute la terre a pris‖ l'aspect visionnaire ;Et dans cette noirceur‖ roule un vague tonnerre.Le paysage horrible‖ est pestilentiel ;Chacun des quatre vents ;‖ aux quatre coins du ciel,Prononce un mot sinistre,‖ et, comme dans un rêve,On entend sur les monts, sur la mer, sur la grève,Cette clameur : Hélas !‖ Puebla ! puis ce glas :Hélas ! Mentana ! puis‖ ces cris : Aubin ! Hélas !Hélas ! Ricarnarie !‖ Hélas ! Un sombre dômeReluit ; c'est Rome, à moins‖ que ce ne soit Sodome.Des silhouettes sont‖ à terre, et c'est épars,Nu, terrible, et le sang‖ fume de toutes parts ;On entend un tumulte ailé qui se rapproche ;Et dans l'ombre, ici, là,‖ sous l'arbre, sous la roche,Dans les villes, au fond‖ des bois, au pied des tours,Partout, on voit des morts…
H. H. Décembre.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a vous / lumière / première féminine, classiqueb contempla / voilà masculine, classiquec éternelle / l'aile féminine, classiqued vallon / aquilon masculine, classiquee règle / l'aigle féminine, classiquef éblouissement / firmament masculine, classiqueg équilibre / libre féminine, classiqueh audacieux / cieux masculine, classiquei principe / dissipe féminine, classiquej mal / animal masculine, classiquek délivrance / France féminine, classiquea vont / dirait / forêt masculine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classiquec refroidit / maudit masculine, classiqued l'autre / l'apôtre féminine, classiquee fond / font masculine, classiquef visionnaire / tonnerre féminine, classiqueg pestilentiel / ciel masculine, classiqueh rêve / grève féminine, classiquei glas / Hélas masculine, classiquej dôme / Sodome féminine, classiquek épars / parts masculine, équivalentel rapproche / roche féminine, classiquem tours / morts / vautours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources