Les années funestes, 1898
XLV. Lesurques
La Chambre criminelle de la Cour
de cassation…
Déclare la révision du procès Lesurques
non recevable.(Arrêt du 17 décembre 1868.).
« Si l’on eût réhabilité Lesurques,
il eût fallu restituer à sa famille ses biens
confisqués, capital et intérêts, depuis
plus de soixante ans, ce qui, dit-on,
dépasserait deux millions. Cette impor-
tante considération a dû gravement
influer sur l’arrêt de la cour. »(Tous les journaux. Décembre 1868.).
I
Et c'est ainsi qu'un tas‖ d'hommes à jupe rouge,Plus vils dans leur sénat‖ qu'un forçat dans son bouge,Prêtres hideux du temple‖ indigné de la loi,Plats sous la république et rampants sous le roi,Culs-de-jatte du droit‖ dont la griffe est impure,Et dont la conscience‖ incurable suppure,C'est ainsi que d'abjects‖ et cyniques robins,Jésuites que d'un signe‖ on ferait jacobins,Tout prêts à se tailler‖ des bonnets dans leurs toges,Profils féroces, comme‖ on en voit dans les logesDu jardin bestial‖ d'Anvers, et dans l'horreurDes bois où le loup rôde‖ et tient lieu d'empereur,C'est ainsi que Monsieur‖ Troplong, monsieur Delangle,Cuistres, de Guillotin‖ adorant le triangle,Lourds magots variant‖ leurs poses de sommeils,Poussahs de la justice‖ et de l'ennui, pareilsAux mandarins dormant‖ sur les coussins des jonques ;Dupins, Crispins, Scapins,‖ Chaix d'Est-Anges quelconques,C'est ainsi que ces gens‖ qui disent : nous jugeons !Durs comme le granit,‖ souples comme les joncs,Valetaille à genoux‖ sous le plat de l'épée,Ont fait rouvrir les yeux‖ à la tête coupée !
Elle était dans le fond‖ de la tombe, elle avaitLes pierres de la fosse‖ infâme pour chevet ;Autour d'elle gisaient,‖ muets sous l'herbe haute,Tous les sinistres morts‖ qui dorment côte à côteDans ce fatal Clamart‖ dont les cercueils sont courts ;Sans haleine, sans voix,‖ morte, attendant toujours,Elle était là, pensive‖ à cause des ténèbres ;Ses yeux fermés, le sang‖ collant leurs cils funèbres,Semblaient faire un refus‖ farouche au firmament,Et vouloir regarder‖ l'ombre éternellement.L'âme espère au tombeau‖ n'être point poursuivie.Mais un bruit est venu‖ du côté de la vie,Et la tête coupée a remué son œil.Plein d'un feu sombre, a fait‖ le jour dans le cercueil,Et morne, a regardé‖ les hommes, chose affreuse !
Et la nature, mère‖ énorme et douloureuse,Hélas ! s'est efforcée‖ alors de l'apaiser ;Les moineaux ont couru‖ près d'elle se poser,Et la mouche, apportant‖ la pitié de l'atome ;La rosée a lavé‖ sa pâleur ; divin baume,La fleur l’a parfumée, et l’herbe qui verditL'a doucement baisée,‖ et les corbeaux ont dit— N'écoute pas le noir‖ croassement des juges !
Et dans ce moment-là,‖ cyprès, tombeaux, refuges,Ossements, ossements,‖ vous l'avez entendu.Et toi, ciel étoilé,‖ gouffre où rien n'est perdu,Cette tête du, fond de la fosse maudite,A crié ; dans l'horreur‖ sacrée où Dieu médite.— Ils ont trouvé moyen‖ de reboire mon sang,Dieu juste, et de tuer‖ deux fois un innocent !
II
Deux millions, voilà l’obstacle.Si c’étaitPour qu'en son salon rose‖ où chante Colletet,L'impératrice puisse‖ inviter à CompiègneGrandguillot, Grandperret,‖ tous les grands de ce règne ;Si c'était pour gaver‖ de truffes les Bourbeaux,Pour offrir à Pinard‖ des fêtes aux flambeaux,Pour faire aux Nélatons‖ quitter leurs clientèles ;Ou pour couvrir de fleurs,‖ de bijoux, de dentellesLes femmes de la cour‖ aux charmes ingénus,Essaim de nymphes, tas‖ de belles aux bras nus,Riant, montrant l'aisselle‖ et laissant voir la pointeDu sein par l'hiatus‖ d'une gaze peu jointe ;Si c'était pour offrir‖ des chiens au grand veneur ;Si c'était pour dorer,‖ l'or rehaussant l'honneur,Palikao, Failly,‖ Lebœuf, Martinprey, Korte,Tous les épouvantails‖ moustachus de l'escorte ;Si c'était pour aider‖ Rome à faire la nuit ;Si c'était pour aller‖ au Mexique, à grand bruit,Tambour battant, avec‖ une nuée altièreD'étendards déployés,‖ fonder un cimetière ;Si c'était pour forger‖ des chassepots meilleurs,Si c'était pour créer‖ des engins mitrailleursAppropriés au temps‖ de progrès où nous sommes,Afin d'abattre vite‖ et bien des milliers d'hommesComme une faulx passant‖ dans un champ de maïs,Afin de faire, au meurtre‖ immense du pays,Travailler nos soldats‖ changés en janissaires,Afin d'assassiner‖ les hurlantes misères,Afin que le drapeau‖ de France dans ses plisMontre Ricamarie‖ à côté d'Austerlitz,Afin d'exterminer‖ des pauvres, des famines,Des détresses, vieillards,‖ enfants, forçats des mines,Pâles, mourant de faim,‖ réclamant des liards ;Deux millions, c'est peu ;‖ prenez deux milliards ;Mais il s'agit de rendre‖ à l'innocent justice,Il s'agit de frapper‖ un coup qui retentisse,Et de purifier‖ un nom infortuné ;Il s'agit de tirer‖ de l'enfer un damné ;De dire : Apaise-toi,‖ spectre qui te lamentes !Et d'aller, dans l'oubli‖ des tombes infamantes,Chercher une Mémoire,‖ et de mettre ; à côtéD'un mensonge, en ces nuits‖ sans fond, la vérité :On ne peut gaspiller‖ à ce point les finances !
Confisquer fut le droit.‖ Les vieilles ordonnancesSévirent sur Lesurque‖ ainsi qu'au temps ancien.En lui volant sa vie ; on lui vola son bien.Les fils ont disparu,‖ famille foudroyée ;La fille s'est jetée‖ à la Seine et noyéeTout ce groupe effaré, morne, épars, frissonnant,A sombré sous l'arrêt‖ funèbre ; et maintenant,La nuit après la mort,‖ hélas ! c'est la logique ;On ne distingue rien‖ dans cette ombre tragique,Sinon des enfants nus,‖ quelques pauvres petitsDans l’abîme ; orphelins pas encore engloutis…Cette détresse est là‖ sous nos yeux, cela souffre,Crie, appelle, et l'on voit‖ leurs bras sortir du gouffre,Ils pleurent, et la terre‖ et le ciel sont témoins.À présent, calculons.‖ Deux millions au moins.Trois peut-être. Tout rendre‖ aux fils est nécessaire.Il faudra rembourser‖ cette longue misère.N'a-t-on pas plus tôt fait‖ de dire : Toi qui fusInnocent, reste infâme !‖ Et c'est fini. Refus :Tout est dit. Être juste‖ est bien, être économe.Est mieux.
Et puis, de quoi te plains-tu, mon brave homme ?De ce qu'on t'a coupé‖ la tête par erreur ?Ce n'est pas notre faute‖ à nous ; et l'empereurDoit-il, parce qu'on dit‖ beaucoup d'impertinencesSur cet accident-là, pâtir dans ses finances,Renoncer à Biarritz, vu que Lesurque est cher,Et n'avoir plus de quoi‖ payer monsieur Rouher ?Qu'en pensez-vous, Glandaz ?‖ Qu'en pensez-vous, Devienne ?Président Legagneur,‖ autant qu'il m'en souvienne,Tu jugeas l'accusé‖ Bonaparte jadis,Et tu sers l'empereur ;‖ rends ton oracle ! dis !Allons-nous ruiner‖ le budget, qui nous dote,Pour recrépir à neuf‖ une antique anecdote,Pour raccommoder, quoi ?‖ le nom d'un homme mort,Et pour laver au fond‖ du code un vieux remord ?Bah ! nous rencontrerions,‖ si nous l'osions prescrire,Le doux nenni de Magne‖ avec son doux sourire.Le jour où, devant l'huis‖ du trésor, surgirait,Enclose dans les flancs sacrés de notre arrêt,La justice, devoir,‖ dette, loi des croyances,Clarté, sommation‖ céleste aux consciences ;Le caissier, ricanant‖ de Lesurques plaintif,Allumerait son poêle‖ avec ce plumitif.Sous l'empire on est fort ;‖ on gouverne, on décrète ;De la chose jugée‖ on fait sa cigarette.D'ailleurs on est sceptique.‖ À bas les morts gênants !On tourne volontiers‖ le dos aux revenants,Surtout quand le fantôme‖ apporte une quittance.Le vrai vieilli n'est plus‖ vraisemblable à distance ;Et nous ferions hausser‖ les épaules de ceuxQui gagnèrent le lot‖ d'un coup d'état chanceuxSi nous venions leur dire :‖ O succès ! ô puissance !Il existe une chose‖ appelée innocence.
Et puis, voyons, vraiment,‖ où s'arrêterait-on ?Que fut à son début‖ l'empire ? Un gueuleton.S'ait : Mais si l'on persiste‖ à faire ainsi ripaille,L'empereur finira‖ par être sur la paille.Le budget fêlé fuit.‖ Nous avons des héros,Nous avons des sauveurs,‖ et cela coûte gros.On paya Bacciochi,‖ Dieu sait pour quels services,Magnan pour ses forfaits‖ et Morny pour ses vices,Va-t-on indemniser‖ tout le monde à présent ?Hier le criminel, aujourd’hui l’innocent.C'est trop. Bornons les frais.‖ La loi, qui règne et fauche,Frappa Lesurques. Bien.‖ Complétons cette ébauche.On a guillotiné‖ le grand-père à tâtons ;Exécutons les fils‖ orphelins, et mettonsLeur requête au panier,‖ comme on y mit sa tête.
Faisons à ce sépulcre‖ une faillite honnête ;Motivons-la si bien‖ qu'on dise : Ils ont raison.Remettons ce Lesurque‖ en terre, de façonQu'il ne puisse, à travers‖ la broussaille, l'ortie,L'injustice et l'oubli,‖ faire une autre sortie.Les morts n'ont pas le droit‖ d'ennuyer les vivants.Régnons, cadis altiers,‖ du haut de nos divans,Dans notre pourpre ayant‖ un linceul pour doublure.Ne cédons point ; laissons‖ sur ce nom la souillure ;Car la démagogie‖ en ce siècle grandit.Finissons-en avec‖ ce Lesurques. C'est dit.Ne souffrons pas qu'on touche‖ aux lois, vieille bâtisse.Quand un homme a péri‖ par arrêt de justice,Correctement, au jour‖ voulu, sur l'échafaud,N'admettons point qu'on trouve‖ à la hache un défaut.Sans nous tout croulerait‖ sous d'effrayants déluges.Résistons ; et soyons‖ dignes d'être des juges,Après ces vénérés‖ antiques magistrats,Gravement accoudés‖ sur d'augustes fatras,Bien payés par les rois,‖ bien bénis par les prêtres,Et tous morts en odeur‖ de Montfaucon, nos maîtres !Vous allez me trouver‖ peut-être curieux,Mais je voudrais savoir,‖ si tous ces Partarrieux,Tous ces Bellarts qu'on vante‖ et dont on nous agace,Suin copiant Severt,‖ Aulois singeant Bergasse,L'un sanguinaire et vil,‖ l'autre horrible et moqueur,Ont quelque chose en eux‖ qu'on puisse appeler cœur !
III
Et puis, songez-y donc,‖ si l'on allait conclureDe tout cela, qu'il est‖ parfois une fêlureA la chose jugée,‖ et qu'un tribunal peutSe tromper, faire faire‖ à la corde un faux nœud,Un faux coup à la hache,‖ un faux acte au conciergeDe Thémis, un faux pas‖ à la loi ; cette viergeQui n'a jusqu'à ce jour‖ guère eu d'autres épouxQue cinq ou six Bellarts‖ et sept ou huit Maupeoux !
Reste, ô sombre innocent,‖ dans ton opprobre inique.Garde ce crime ainsi‖ que l'ardente tunique,Que devient la peau même‖ et qu'on n'arrache pasLes juges monstrueux‖ prennent leur faux compasEt font autour de toi‖ ce cercle épouvantable.Au banquet de César‖ la— Justice s'attable ;Elle n'a pas le temps‖ d'être juste. Il te faut,Comme Jésus sa croix,‖ porter ton échafaud…Reste sous ton fardeau,‖ patient ! Sur ta tombe,Un remords qui médite,‖ une larme qui tombe,Tu n'as pas même, hélas !‖ ce lugubre bonheur.Sois pour toujours muré‖ dans le noir déshonneur.On t’enferme éperdu dans le forfait d’un autre.
Va, ton crime n'est pas‖ ton crime, il est le nôtre !Car, lorsqu'il râle et meurt,‖ le fer des lois au sein,L'innocent a le monde‖ entier pour assassin.Quiconque a respiré‖ pendant le meurtre, adhère,Et quiconque boit, mange‖ et dort, est solidaire ;Le ciel blâme et maudit‖ le genre humain, passantSans voir que sur la foule‖ immense il pleut du sang.Le peuple qui, stupide,‖ aux juges se confie,Regardant le bourreau‖ pendant qu'il crucifie,Laissant enfoncer l'un‖ après l'autre-les clous,Est lâche, et les moutons‖ sont complices des loups.Le juge, à ce Lesurque‖ où sa rage s'attache,Donne un coup de poignard‖ après un coup de hache ;De féroce il devient‖ infâme ; et nous l'aidonsPar notre indifférence‖ et par nos abandons.Il viole un cercueil.‖ Sous ce fatal empire,Le prêtre est assassin‖ et le juge est vampire !Et nous voyons, béants,‖ ces hommes manierL'innocence et la loi,‖ la tête et le panier !
Ah ! la goutte de sang,‖ plus que la goutte d'huile,S'élargit, et la Grève‖ éclabousse la villeL'échafaud, vu de tous,‖ est un hideux sommet.L'attentat qu'en plein jour,‖ nous présents, l'on commet,Est l'égout collecteur‖ de nos lâchetés sombres.Du droit humain brisé‖ nous sommes les décombres ;Nul n'est de la souillure‖ universelle exempt ;Le grand forfait public est en nous frémissant ;Jamais l'innocent mort,‖ qui nous trouble et nous pèse,Dans notre conscience‖ obscure ne s'apaise.Deuil profond !
Protestons du moins. Si je flétrisCes juges, par mon vers‖ dans leur honte pétris,Si j'ai cette huée‖ implacable à la bouche,Si j'ai redit vingt fois‖ cette plainte farouche,Peuple, c'est que ma part‖ de crime m'étouffait.Peuple, avoir laissé faire,‖ hélas, c'est avoir fait !Garde toute l'horreur‖ de ta lugubre histoire,Lesurques ! dresse-toi,‖ grande figure noire !Qu'on te voie à jamais‖ debout sur l'horizon.Et vous, famille à qui‖ l'on vola sa maison,Martyrs dont la stupeur‖ s'est changée en folie,Veuves qu'on déshonore,‖ orphelins qu'on spolie,Désormais plus de plainte,‖ et taisez-vous, proscrits.Ah ! je frémis de voir‖ leurs prières, leurs cris,Leurs larmes, leurs appels‖ craintifs, leurs plaidoiries,Leurs tremblantes douleurs‖ par le dédain meurtries,Leurs fronts baissés, leurs bras‖ suppliants, quand c'est nous,Nous tous, qui devrions‖ nous traîner à genoux,Joindre les mains, pleurer‖ notre erreur insondable,Peuple, et demander grâce‖ au spectre formidable !
IV
Pourquoi ne pas marcher‖ un peu ? Je vais rêvant,Tâchant de disperser‖ mon mal de tête au vent.C'est décembre. L'eau gronde,‖ immense, et le rivageLa repousse et la brise‖ en son refus sauvage ;L'écume se déchire‖ en larges haillons blancs ;Tous les arbres du bord de la mer sont tremblants ;La nature subit‖ l'hiver, ce noir malaise.L'herbe est mouillée et morte ;‖ au pied de la falaiseUn tumulte d'oiseaux,‖ mauves, courlis, plongeons,Fourmille et se querelle‖ au milieu des ajoncs ;Le nuage et le flot‖ font de grands plis farouches ;Et l'on entend, dans l'air‖ plein d'invisibles bouches,Le sourd chuchotement du ciel mystérieux ;L'écueil se tait, témoin‖ tragique et sérieux,Qui le jour est montagne‖ et la nuit est fantôme,Et qui, tandis qu'au loin‖ fuit la barque, humble atome,Regarde vaguement de ses yeux de granitLes constellations‖ qui rôdent au zénith ;L'infini balbutie‖ un fragment du cantiqueQue dit le Pacifique‖ et qu'entend l'Atlantique ;Là-bas des voiles vont,‖ Dieu sait où ! dans les vents,Les vagues, les roulis et les fracas mouvants,Et s'enfoncent, par l'ombre‖ au loin diminuées,Sous la mélancolie‖ énorme des nuées ;L'océan m'environne‖ avec ses chants, ses cris,Sa brume, et moi je songe à ce gouffre, Paris.
Qu'est-ce que je fais là,‖ près des mers ? Je suis triste.
Et vous vous figurez‖ que votre arrêt existe !Ah ! nous déchirerons,‖ nous tordrons, nous mettronsEn pièces la sentence‖ atroce sur vos fronts !Nous vous souffletterons‖ avec votre justice,Juges ! Il ne se peut‖ qu'un peuple s'abrutisseAu point de croire en vous et de vous respecter !Il faudra bien un jour‖ te laisser confronter,Code, avec le bon sens,‖ et le bon sens est rude.Juges ! votre sagesse‖ est une vieille prudeQui, pour cacher ses mains‖ malpropres, met des gants,Et votre conscience,‖ ô bonzes arrogants,A laissé bien des fois‖ César trousser sa jupe :Sous vos crânes hautains‖ dont le bourgeois est dupe,Vos scrupules, vos lois,‖ vos textes, vos fiertés,Vos pudeurs, vos vertus‖ et vos austérités,N’ont qu’un souci, se vendre, et sont des RigolbochesDansant leur danse impure‖ au fond de vos caboches.Négocier sa voix,‖ brocanter son serment,Livrer au plus offrant‖ son âme habilementEt sans qu'il y paraisse,‖ est votre art, et j'attesteTroplong qui réussit le tour manqué par Teste.Troplong a le collier et Teste a le carcan ;Au fond c'est le même homme‖ et c'est le même encan.Vous êtes bien les vrais‖ successeurs des vieux cuistresQui peuplaient la Grand'Chambre‖ au temps des rois sinistres,Et qui dans leurs décrets‖ mêlaient le vrai, le faux,Le bien, le mal, l'horreur,‖ la mort, les échafauds,Lourds, et dissimulant‖ cette pointe assassinePar l'assaisonnement‖ d'un latin de cuisine !
Votre sentence ira‖ pourrir dans le vieux tasDe leurs indignités‖ et de leurs attentats.Vous imaginez-vous,‖ ô sombres imbéciles,Qu'après l'arrêt bavé‖ par vos bouches fossiles,Tout est dit ; que c'est fait ;‖ que vous avez ôtéDu monde l'équilibre‖ et des cœurs l'équité,Que vous êtes, magots‖ toussant dans vos flanelles,Quelque chose à côté‖ des clartés éternelles,Et qu'il sort du bouquin‖ légal un tel pouvoirQue l'homme empêche Dieu‖ de faire son devoir !
Ah ! l’on pourra puiser au fond des écritoiresLes galimatias‖ et les réquisitoiresEt la prose infamante‖ où Broë triomphait,Et cracher sur ce spectre,‖ et dire : c'est bien fait !Ah ! l'on entassera‖ tant qu'on voudra la honte ;Le juge, le bailli,‖ le capitoul, l'archonte,Toutes les robes d'ombre‖ et tous les bonnets noirs,Tous les hiboux ayant‖ les greffes pour manoirs,Pourront venir, pourront‖ prodiguer leur grimoireEt leur haine à cette humble‖ et tragique mémoire,Ces stercoraires sont‖ un assez vil essaim.Pour croasser sans cesse :‖ assassin ! assassin !Ils pourront, tous, en foule,‖ à l'heure où la nuit tombe,Se percher, au-dessus‖ de cette pauvre tombe,Dans les hideux rameaux‖ du code, obscur cyprèsD'où tombe cette fiente‖ immonde, leurs arrêts ;Ils pourront épaissir‖ leur justice fétideSur ce damné, des lois morne cariatide ;Ils pourront ajouter le désespoir au deuil,Sous leur chose jugée‖ accabler ce cercueil,Faire une ignominie‖ exprès pour cette fosse,Déclarer le lys noir‖ et la vérité fausse ;Paris, ce vieux Paris‖ si petit et si grand,Pourra dormir, chanter,‖ manger, boire, ignorantA qui le droit, à qui‖ l'opprobre, à qui la palme ;Soudain, un jour, le ciel‖ oublié, le ciel calme,Blanchira du côté‖ maudit de l'horizon ;Ceux qui regarderont‖ auront un grand frissonEt l'attente sacrée‖ entrera dans leur âme ;Et l'on verra, là-bas,‖ dans l'atmosphère infâme,Tout à coup, au-dessus‖ du sépulcre effrayantQue la loi, l’Euménide inepte, en bégayant,Monstre aveugle, a flétri‖ dans sa toute-puissance,Se lever lentement‖ cet astre, l'innocence !
14 décembre.
Décembre.
2 décembre.
H.-H. 27 décembre.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 180((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a rouge / bouge féminine, classiqueb loi / roi masculine, classiquec impure / suppure féminine, classiqued robins / jacobins masculine, classiquee toges / loges féminine, classiquef l'horreur / d'empereur masculine, classiqueg Delangle / triangle féminine, classiqueh sommeils / pareils masculine, classiquei jonques / quelconques féminine, classiquej jugeons / joncs masculine, classiquek l'épée / coupée féminine, classiquea avait / chevet masculine, classiqueb haute / côte féminine, classiquec courts / toujours masculine, classiqued ténèbres / funèbres féminine, classiquee firmament / éternellement masculine, classiquef poursuivie / vie féminine, classiqueg œil / cercueil masculine, classiqueh affreuse / douloureuse féminine, classiqueb l'apaiser / poser masculine, classiquec l'atome / baume féminine, classiqued verdit / dit masculine, classiquee juges / refuges féminine, classiqueb entendu / perdu masculine, classiquec maudite / médite féminine, classiqued sang / innocent masculine, non classiquea l’obstacle / c’était / Colletet masculine, classiqueb Compiègne / règne féminine, classiquec Bourbeaux / flambeaux masculine, classiqued clientèles / dentelles féminine, classiquee ingénus / nus masculine, classiquef pointe / jointe féminine, classiqueg veneur / l'honneur masculine, classiqueh Korte / l'escorte féminine, classiquei nuit / bruit masculine, classiquej altière / cimetière féminine, classiquek meilleurs / mitrailleurs masculine, classiquel sommes / d'hommes féminine, classiquem maïs / pays masculine, classiquen janissaires / misères féminine, classiqueo plis / d'Austerlitz masculine, classiquep famines / mines féminine, classiqueq liards / milliards masculine, classiquer justice / retentisse féminine, classiques infortuné / damné masculine, classiquet lamentes / infamantes féminine, classiqueu côté / vérité masculine, classiquev finances / ordonnances féminine, classiqueb ancien / bien masculine, classiquec foudroyée / noyée féminine, classiqued frissonnant / maintenant masculine, classiquee logique / tragique féminine, classiquef petits / engloutis masculine, classiqueg souffre / gouffre féminine, classiqueh témoins / moins masculine, classiquei nécessaire / misère féminine, classiquej fus / Refus masculine, classiquek économe / mieux / homme féminine, classiqueb erreur / l'empereur masculine, classiquec d'impertinences / finances féminine, classiqued cher / Rouher masculine, classiquee Devienne / souvienne féminine, équivalentef jadis / dis masculine, classiqueg dote / anecdote féminine, classiqueh mort / remord masculine, classiquei prescrire / sourire féminine, classiquej surgirait / arrêt masculine, classiquek croyances / consciences féminine, classiquel plaintif / plumitif masculine, classiquem décrète / cigarette féminine, classiquen gênants / revenants masculine, classiqueo quittance / distance féminine, classiquep ceux / chanceux masculine, classiqueq puissance / innocence féminine, classiquea s'arrêterait-on / gueuleton masculine, classiqueb ripaille / paille féminine, classiquec héros / gros masculine, classiqued services / vices féminine, classiquee présent / l’innocent masculine, classiquef fauche / ébauche féminine, classiqueg tâtons / mettons masculine, classiqueh tête / honnête féminine, classiqueb raison / façon masculine, classiquec l'ortie / sortie féminine, classiqued vivants / divans masculine, classiquee doublure / souillure féminine, classiquef grandit / dit masculine, classiqueg bâtisse / justice féminine, classiqueh l'échafaud / défaut masculine, classiquei déluges / juges féminine, classiquej magistrats / fatras masculine, classiquek prêtres / maîtres féminine, classiquel curieux / Partarrieux masculine, classiquem agace / Bergasse féminine, classiquen moqueur / cœur masculine, classiquea conclure / fêlure féminine, classiqueb peut / nœud masculine, classiquec concierge / vierge féminine, classiqued époux / Maupeoux masculine, classiquea inique / tunique féminine, classiqueb pas / compas masculine, classiquec épouvantable / s'attable féminine, classiqued faut / échafaud masculine, classiquee tombe féminine, classiquef bonheur / déshonneur masculine, classiqueg autre / nôtre féminine, classiqueb sein / assassin masculine, classiquec adhère / solidaire féminine, classiqued passant / sang masculine, classiquee confie / crucifie féminine, non classiquef clous / loups masculine, classiqueg s'attache / hache féminine, classiqueh l'aidons / abandons masculine, classiquei empire / vampire féminine, classiquej manier / panier masculine, classiquea d'huile / ville féminine, classiqueb sommet / commet masculine, classiquec sombres / décombres féminine, classiqued exempt / frémissant masculine, classiquee pèse / s'apaise féminine, classiquea profond / flétris / pétris masculine, classiqueb bouche / farouche féminine, classiquec m'étouffait / fait masculine, classiqued histoire / noire féminine, classiquee l'horizon / maison masculine, classiquef folie / spolie féminine, classiqueg proscrits / cris masculine, classiqueh plaidoiries / meurtries féminine, classiquei nous / genoux masculine, classiquej insondable / formidable féminine, classiquea rêvant / vent masculine, classiqueb rivage / sauvage féminine, classiquec blancs / tremblants masculine, classiqued malaise / falaise féminine, classiquee plongeons / ajoncs masculine, classiquef farouches / bouches féminine, classiqueg mystérieux / sérieux masculine, classiqueh fantôme / atome féminine, classiquei granit / zénith masculine, classiquej cantique / l'Atlantique féminine, classiquek vents / mouvants masculine, classiquel diminuées / nuées féminine, classiquem cris / Paris masculine, classiquea triste / existe féminine, classiqueb mettrons / fronts masculine, classiquec justice / s'abrutisse féminine, classiqued respecter / confronter masculine, classiquee rude / prude féminine, classiquef gants / arrogants masculine, classiqueg jupe / dupe féminine, classiqueh fiertés / austérités masculine, classiquei Rigolboches / caboches féminine, classiquej serment / habilement masculine, classiquek j'atteste / Teste féminine, classiquel carcan / encan masculine, classiquem cuistres / sinistres féminine, classiquen faux / échafauds masculine, classiqueo assassine / cuisine féminine, classiquea tas / attentats masculine, classiqueb imbéciles / fossiles féminine, classiquec ôté / l'équité masculine, classiqued flanelles / éternelles féminine, classiquee pouvoir / devoir masculine, classiquea écritoires / réquisitoires féminine, classiqueb triomphait / fait masculine, classiquec honte / l'archonte féminine, classiqued noirs / manoirs masculine, classiquee grimoire / mémoire féminine, classiquef essaim / assassin masculine, classiqueh cyprès / arrêts masculine, classiquei fétide / cariatide féminine, classiquej deuil / cercueil masculine, classiquek fosse / fausse féminine, classiquel grand / ignorant masculine, classiquem palme / calme féminine, classiquen l'horizon / frisson masculine, classiqueo âme / infâme féminine, classiquep effrayant / bégayant masculine, classiqueq toute-puissance / l'innocence féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
363 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources