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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les années funestes, 1898

III. « Un peuple était debout, et ce peuple était grand »

Victor Hugo· 3 distiquess, alexandrins, 62 vers

Un peuple était debout,‖ et ce peuple était grand.Il marchait lumineux‖ dans le progrès flagrant.Les autres nations disaient : Voici la tête !Il avait traversé‖ cette énorme tempêteQuatrevingt-treize, et mis‖ le vieux monde au tombeau ;Dans la lutte difforme‖ il était resté beau ;Ce fier peuple, assailli‖ d'évènements funèbres,Avait fait des rayons‖ de toutes ces ténèbres ;Il avait fait, démon,‖ dieu, sauveur irrité,De la combustion‖ des siècles sa clarté.Il avait eu Pascal,‖ il avait eu Molière ;Il avait vu sur lui‖ s'épaissir comme un lierreL'amour des nations‖ dont il était l'appui ;Et pendant soixante ans‖ sur sa cime avait luiVoltaire, cet esprit‖ de flamme armé du rire,Ce titan qui, proscrit,‖ empêchait de proscrire,Ce pasteur guidant l'âme,‖ enseignant le devoirEt chassant le troupeau‖ des dogmes au lavoir.Ce peuple avait en lui‖ la loi qui développe ;À force d’être France il devenait Europe ;À force d’être Europe il était l’univers.Il savait rester un‖ tout en étant divers ;Chaque race est un chiffre,‖ il en était la somme ;Et ce peuple était plus‖ qu'un peuple ; il était l'Homme.Dans la forêt sinistre‖ il était l'éclaireur ;Son pas superbe était‖ le recul de l'erreur ;Il proclamait le vrai‖ sur la terre ; une laveSortait de son esprit‖ qui délivrait l'esclave,Et la femme, et le faible,‖ et le pauvre inquiet,Et l'aveugle ignorant,‖ de sorte qu'on voyaitDevant sa flamme, hostile‖ au mal, au crime, aux haines,S'enfuir la vieille nuit‖ traînant les vieilles chaînes.Il était entouré‖ des ruines du mal,D'abus tombés, monceau‖ formidable et fatal,De droits ressuscités,‖ de vertus retrouvées,Et de petites mains‖ d'enfants, vers lui levées.Au lieu de dire : Grâce !‖ il disait : Il le faut !Il combattait la guerre,‖ il tuait l'échafaud.Père et frère, il donnait‖ la vie, ôtait les maîtres.Guetté, mais fort, trop grand,‖ hélas ! pour croire aux traîtres,Il marchait aussi pur‖ que l'aube en floréal,L'œil fixé sur ce ciel‖ qu'on nomme l'idéal.

Subitement, il est‖ tombé dans l'embuscade,Et son cadavre est là‖ sur une barricade.Ce trépassé, sanglant,‖ nu, mordant son baîllon,Pâle, n'a même plus‖ la gloire, ce haillon,Et ses noirs assassins,‖ de leur main lâche et fausse,Creusent sous lui la nuit‖ comme on creuse une fosse.

Décembre souriant,‖ suivi de son Sénat,A fait hommage aux rois‖ de cet assassinat,Les rois ont respiré‖ cet encensoir fétide.Et devant Fualdès mort,‖ le juge est pour BastideEt le prêtre bénit‖ Caïn tuant Abel.Sous ta tiare d'or‖ qui ressemble à Babel,Et qui, de la Sixtine‖ illuminant les voiles,A plus de diamants‖ que le ciel n'a d'étoiles,Sur ta chaire, splendide‖ et sacré tribunal,Pape, tu ne vaux pas,‖ dans ton haut Quirinal,Qui du monde romain‖ domine les déluges,Rois, vous ne valez pas,‖ vous ne valez pas, juges,Tu ne vaux pas, César‖ dans la pourpre élevé,Les chiens qui vont léchant‖ le sang sur le pavé !

Versification

Forme
3 distiquess (distiques)
Rimes
31((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
3 distiquess
Mots à la rime
a grand / flagrant masculine, classiqueb tête / tempête féminine, classiquec tombeau / beau masculine, classiqued funèbres / ténèbres féminine, classiquee irrité / clarté masculine, classiquef Molière / lierre féminine, classiqueg l'appui / lui masculine, classiqueh rire / proscrire féminine, classiquei devoir / lavoir masculine, classiquej développe / Europe féminine, classiquek l’univers / divers masculine, classiquel somme / l'Homme féminine, classiquem l'éclaireur / l'erreur masculine, classiquen lave / l'esclave féminine, classiqueo inquiet / voyait masculine, classiquep haines / chaînes féminine, classiqueq mal / fatal masculine, classiquer retrouvées / levées féminine, classiques faut / l'échafaud masculine, classiquet maîtres / traîtres féminine, classiqueu floréal / l'idéal masculine, classiquea l'embuscade / barricade féminine, classiqueb baîllon / haillon masculine, classiquec fausse / fosse féminine, classiquea Sénat / assassinat masculine, classiqueb fétide / Bastide féminine, classiquec Abel / Babel masculine, classiqued voiles / d'étoiles féminine, classiquee tribunal / Quirinal masculine, classiquef déluges / juges féminine, classiqueg élevé / pavé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources