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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· IV Pour d’autres

VII. Choses écrites à Créteil

Victor Hugo· 19 quatrains, octosyllabes, 76 vers

Sachez qu'hier, de ma lucarne,J'ai vu, j'ai couvert de clins d'yeuxUne fille qui dans la MarneLavait des torchons radieux.

Près d'un vieux pont, dans les saulées,Elle lavait, allait, venait ;L'aube et la brise étaient mêléesÀ la grâce de son bonnet.

Je la voyais de loin. Sa manteL'entourait de plis palpitants.Aux folles broussailles qu'augmenteL'intempérance du printemps,

Aux buissons que le vent soulève,Que juin et mai, frais barbouilleurs,Foulant la cuve de la sève,Couvrent d'une écume de fleurs,

Aux sureaux pleins de mouches sombres,Aux genêts du bord, tous diversAux joncs échevelant leurs ombresDans la lumière des flots verts,

Elle accrochait des loques blanches,Je ne sais quels haillons charmantsQui me jetaient, parmi les branches,De profonds éblouissements.

Ces nippes, dans l'aube dorée,Semblaient, sous l'aulne et le bouleau,Les blancs cygnes de CythéréeBattant de l'aile au bord de l'eau.

Des cupidons, fraîche couvée,Me montraient son pied fait au tour ;Sa jupe semblait relevéePar le petit doigt de l'amour.

On voyait, je vous le déclare,Un peu plus haut que le genou.Sous un pampre un vieux faune hilareMurmurait tout bas : Casse-cou !

Je quittai ma chambre d'auberge,En souriant comme un bandit ;Et je descendis sur la bergeQu'une herbe, glissante, verdit.

Je pris un air incendiaireJe m'adossai contre un pilier,Et je lui dis : « Ô lavandière !(Blanchisseuse étant familier)

« L'oiseau gazouille, l'agneau bêle,« Gloire à ce rivage écarté !« Lavandière, vous êtes belle.« Votre rire est de la clarté.

« Je suis capable de faiblesses.« Ô lavandière, quel beau jour !« Les fauvettes sont des drôlesses« Qui chantent des chansons d'amour.

« Voilà six mille ans que les roses« Conseillent, en se prodiguant,« L'amour aux cœurs les plus moroses.« Avril est un vieil intrigant.

« Les rois sont ceux qu'adorent celles« Qui sont charmantes comme vous ;« La Marne est pleine d'étincelles ;« Femme, le ciel immense est doux.

« Ô laveuse à la taille mince« Qui vous aime est dans un palais.« Si vous vouliez, je serais prince ;« Je serais dieu, si tu voulais. »

La blanchisseuse, gaie et tendre,Sourit, et, dans le hameau noir,Sa mère au loin cessa d'entendreLe bruit vertueux du battoir.

Les vieillards grondent et reprochent,Mais, ô jeunesse ! il faut oser.Deux sourires qui se rapprochentFinissent par faire un baiser.

Je m'arrête. L'idylle est douce,Mais ne veut pas, je vous le dis,Qu'au delà du baiser on pousseLa peinture du paradis.

Versification

Forme
19 quatrains (quatrains)
Rimes
19(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
19 quatrains
Mots à la rime
a lucarne / Marne féminine, classiqueb d'yeux / radieux masculine, classiquea saulées / mêlées féminine, classiqueb venait / bonnet masculine, classiquea mante / qu'augmente féminine, classiqueb palpitants / printemps masculine, classiquea soulève / sève féminine, classiqueb barbouilleurs / fleurs masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb divers / verts masculine, classiquea blanches / branches féminine, classiqueb charmants / éblouissements masculine, classiquea dorée / Cythérée féminine, classiqueb bouleau / l'eau masculine, classiquea couvée / relevée féminine, classiqueb tour / l'amour masculine, classiquea déclare / hilare féminine, classiqueb genou / Casse-cou masculine, classiquea d'auberge / berge féminine, classiqueb bandit / verdit masculine, classiquea incendiaire / lavandière féminine, classiqueb pilier / familier masculine, classiquea bêle / belle féminine, classiqueb écarté / clarté masculine, classiquea faiblesses / drôlesses féminine, classiqueb jour / d'amour masculine, classiquea roses / moroses féminine, classiqueb prodiguant / intrigant masculine, classiquea celles / d'étincelles féminine, classiqueb vous / doux masculine, classiquea mince / prince féminine, classiqueb palais / voulais masculine, classiquea tendre / d'entendre féminine, classiqueb noir / battoir masculine, classiquea reprochent / rapprochent féminine, classiqueb oser / baiser masculine, classiquea douce / pousse féminine, classiqueb dis / paradis masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources