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un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre second· II Oiseaux et enfants

III. Comédie dans les feuilles

Victor Hugo· 18 quatrains, octosyllabes, 72 vers

Au fond du parc qui se délabre,Vieux, désert, mais encor charmantQuand la lune, obscur candélabre,S'allume en son écroulement,

Un moineau-franc, que rien ne gêne,A son grenier, tout grand ouvert,Au cinquième étage d'un chêneQu'avril vient de repeindre en vert.

Un saule pleureur se hasardeÀ gémir sur le doux gazon,À quelques pas de la mansardeOù ricane ce polisson.

Ce saule ruisselant se penche ;Un petit lac est à ses pieds,Où tous ses rameaux, branche à branche,Sont correctement copiés.

Tout en visitant sa coquineDans le nid par l'aube doré,L'oiseau rit du saule, et taquineCe bon vieux lakiste éploré.

Il crie à toutes les oisellesQu'il voit dans les feuilles sautant :— Venez donc voir, mesdemoiselles !Ce saule a pleuré cet étang.

Il s'abat dans son tintamarreSur le lac qu'il ose insulter :— Est-elle bête cette mare !Elle ne sait que répéter.

Ô mare, tu n'es qu'une ornière.Tu rabâches ton saule. Allons,Change donc un peu de manière.Ces vieux rameaux-là sont très longs.

Ta géorgique n'est pas drôle.Sous prétexte qu'on est miroir,Nous faire le matin un saulePour nous le refaire le soir !

C'est classique, cela m'assomme.Je préférerais qu'on se tût.Çà, ton bon saule est un bonhomme ;Les saules sont de l'institut.

Je vois d'ici bâiller la truite.Mare, c'est triste, et je t'en veuxD'être échevelée à la suiteD'un vieux qui n'a plus de cheveux.

Invente-nous donc quelque chose !Calque, mais avec abandon.Je suis fille, fais une rose,Je suis âne, fais un chardon.

Aie une idée, un iris jaune,Un bleu nénuphar triomphant !Sapristi ! Il est temps qu'un fauneFasse à ta naïade un enfant.

Puis il s'adresse à la linotte :— Vois-tu, ce saule, en ce beau lieu,A pour état de prendre en noteLe diable à côté du bon Dieu.

De là son deuil. Il est possibleQue tout soit mal, ô ma catin ;L'oiseau sert à l'homme de cible,L'homme sert de cible au destin ;

Mais moi, j'aime mieux, sans envie,Errer de bosquet en bosquet,Corbleu, que de passer ma vieÀ remplir de pleurs un baquet !

Le saule à la morne posture,Noir comme le bois des gibets,Se tait, et la mère natureSourit dans l'ombre aux quolibets

Que jette, à travers les vieux marbres,Les quinconces, les buis, les eaux,À cet Héraclite des arbresCe Démocrite des oiseaux.

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a délabre / candélabre féminine, classiqueb charmant / écroulement masculine, classiquea gêne / chêne féminine, classiqueb ouvert / vert masculine, classiquea hasarde / mansarde féminine, classiqueb gazon / polisson masculine, classiquea penche / branche féminine, classiqueb pieds / copiés masculine, classiquea coquine / taquine féminine, classiqueb doré / éploré masculine, classiquea oiselles / mesdemoiselles féminine, classiqueb sautant / étang masculine, non classiquea tintamarre / mare féminine, classiqueb insulter / répéter masculine, classiquea ornière / manière féminine, classiqueb Allons / longs masculine, classiquea drôle / saule féminine, classiqueb miroir / soir masculine, classiquea m'assomme / bonhomme féminine, classiqueb tût / l'institut masculine, classiquea truite / suite féminine, classiqueb veux / cheveux masculine, classiquea chose / rose féminine, classiqueb abandon / chardon masculine, classiquea jaune / faune féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea linotte / note féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquea possible / cible féminine, classiqueb catin / destin masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb bosquet / baquet masculine, classiquea posture / nature féminine, classiqueb gibets / quolibets masculine, classiquea marbres / arbres féminine, classiqueb eaux / oiseaux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources