Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· V Silhouettes du temps jadis
X. Confiance
À MÉRANTE
Ami, tu me dis : « Joie extrême !« Donc, ce matin, comblant ton vœu,« Rougissante, elle a dit : Je t'aime !« Devant l'aube, cet autre aveu.
« Ta victoire, tu la dévoiles.« On t'aime, ô Léandre, ô Saint-Preux,« Et te voilà dans les étoiles,« Sans parachute, malheureux ! »
Et tu souris. Mais que m'importe !Ton sourire est un envieux.Sois gai ; moi, ma tristesse est morte.Rire c'est bien, aimer c'est mieux.
Tu me croyais plus fort en thème,N'est-ce pas ? tu te figuraisQue je te dirais : Elle m'aime,Défions-nous, et buvons frais.
Point. J'ai des manières étranges ;On fait mon bonheur, j'y consens ;Je vois là-haut passer des angesEt je me mêle à ces passants.
Je suis ingénu comme Homère,Quand cet aveugle aux chants bénisAdorait la mouche éphémèreQui sort des joncs de l'Hypanis.
J'ai la foi. Mon esprit facileDès le premier jour constataDans la Sologne une Sicile,Une Aréthuse en Rosita.
Je ne vois point dans une femmeUn filou, par l'ombre enhardi.Je ne crois pas qu'on prenne une âmeComme on vole un maravedi.
La supposer fausse, et plâtrée,Non, justes dieux ! je suis épris.Je ne commence point l'entréeAu paradis, par le mépris.
Je lui donne un cœur sans lui dire :Rends-moi la monnaie ! — Et je croisÀ sa pudeur, à mon délire,Au bleu du ciel, aux fleurs des bois.
J'entre en des sphères idéalesSans fredonner le vieux pont-neufDe Villon aux piliers des HallesEt de Fronsac à l'Œil-de-Bœuf.
Je m'enivre des harmoniesQui, de l'azur, à chaque pas,M'arrivent, claires, infinies,Joyeuses, et je ne crois pas
Que l'amour trompe nos attentes,Qu'un bien-aimé soit un martyr,Et que toutes ces voix chantantesDescendent du ciel pour mentir.
Je suis rempli d'une musique ;Je ne sens point, dans mes halliers,La désillusion classiqueDes vieillards et des écoliers.
J'écoute en moi l'hymne suprêmeDe mille instruments triomphauxQui tous répètent qu'elle m'aime,Et dont pas un ne chante faux.
Oui, je t'adore ! oui, tu m'adores !C'est à ces mots-là que sont dusTous ces vagues clairons sonoresDans un bruit de songe entendus.
Et, dans les grands bois qui m'entourent,Je vois danser, d'un air vainqueur,Les cupidons, gamins qui courentDevant la fanfare du cœur.
Versification
- Forme
- 17 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 17(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 17 quatrains
- Mots à la rime
- a extrême / t'aime féminine, classiqueb vœu / aveu masculine, classiquea dévoiles / étoiles féminine, classiqueb Saint-Preux / malheureux masculine, classiquea m'importe / morte féminine, classiqueb envieux / mieux masculine, classiquea thème / m'aime féminine, classiqueb figurais / frais masculine, classiquea étranges / anges féminine, classiqueb consens / passants masculine, classiquea Homère / éphémère féminine, classiqueb bénis / l'Hypanis masculine, classiquea facile / Sicile féminine, classiqueb constata / Rosita masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb enhardi / maravedi masculine, classiquea plâtrée / l'entrée féminine, classiqueb épris / mépris masculine, classiquea dire / délire féminine, classiqueb crois / bois masculine, classiquea idéales / Halles féminine, classiqueb pont-neuf / l'Œil-de-Bœuf masculine, classiquea harmonies / infinies féminine, classiqueb pas masculine, classiquea attentes / chantantes féminine, classiqueb martyr / mentir masculine, classiquea musique / classique féminine, classiqueb halliers / écoliers masculine, classiquea suprême / m'aime féminine, classiqueb triomphaux / faux masculine, classiquea m'adores / sonores féminine, classiqueb dus / entendus masculine, classiquea m'entourent / courent féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources