Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre second· III Liberté, égalité, fraternité
I. « Depuis six mille ans la guerre »
Depuis six mille ans la guerrePlaît aux peuples querelleurs,Et Dieu perd son temps à faireLes étoiles et les fleurs.
Les conseils du ciel immense,Du lys pur, du nid doré,N'ôtent aucune démenceDu cœur de l'homme effaré.
Les carnages, les victoires,Voilà notre grand amour ;Et les multitudes noiresOnt pour grelot le tambour.
La gloire, sous ses chimèresEt sous ses chars triomphants,Met toutes les pauvres mèresEt tous les petits enfants.
Notre bonheur est farouche ;C'est de dire : Allons ! mourons !Et c'est d'avoir à la boucheLa salive des clairons.
L'acier luit, les bivouacs fument ;Pâles, nous nous déchaînons ;Les sombres âmes s'allumentAux lumières des canons.
Et cela pour des altessesQui, vous à peine enterrés,Se feront des politessesPendant que vous pourrirez,
Et que, dans le champ funeste,Les chacals et les oiseaux,Hideux, iront voir s'il resteDe la chair après vos os !
Aucun peuple ne tolèreQu'un autre vive à côté ;Et l'on souffle la colèreDans notre imbécillité.
C'est un Russe ! Égorge, assomme.Un Croate ! Feu roulant.C'est juste. Pourquoi cet hommeAvait-il un habit blanc ?
Celui-ci, je le supprimeEt m'en vais, le cœur serein,Puisqu'il a commis le crimeDe naître à droite du Rhin.
Rosbach ! Waterloo ! Vengeance !L'homme, ivre d'un affreux bruit,N'a plus d'autre intelligenceQue le massacre et la nuit.
On pourrait boire aux fontaines,Prier dans l'ombre à genoux,Aimer, songer sous les chênes ;Tuer son frère est plus doux.
On se hache, on se harponne,On court par monts et par vaux ;L'épouvante se cramponneDu poing aux crins des chevaux.
Et l'aube est là sur la plaine !Oh ! j'admire, en vérité,Qu'on puisse avoir de la haineQuand l'alouette a chanté.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a guerre / faire féminine, classiqueb querelleurs / fleurs masculine, classiquea immense / démence féminine, classiqueb doré / effaré masculine, classiquea victoires / noires féminine, classiqueb amour / tambour masculine, classiquea chimères / mères féminine, classiqueb triomphants / enfants masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb mourons / clairons masculine, classiquea fument / s'allument féminine, classiqueb déchaînons / canons masculine, classiquea altesses / politesses féminine, classiqueb enterrés / pourrirez masculine, classiquea funeste / reste féminine, classiqueb oiseaux / os masculine, classiquea tolère / colère féminine, classiqueb côté / imbécillité masculine, classiquea assomme / homme féminine, classiqueb roulant / blanc masculine, classiquea supprime / crime féminine, classiqueb serein / Rhin masculine, classiquea Vengeance / intelligence féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea fontaines / chênes féminine, classiqueb genoux / doux masculine, classiquea harponne / cramponne féminine, classiqueb vaux / chevaux masculine, classiquea plaine / haine féminine, classiqueb vérité / chanté masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources