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un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· V Silhouettes du temps jadis

III. Gare !

Victor Hugo· 28 quatrains, heptasyllabes, 112 vers

On a peur, tant elle est belle !Fût-on don Juan ou Caton.On la redoute rebelle ;Tendre, que deviendrait-on ?

Elle est joyeuse et céleste !Elle vient de ce BrésilSi doré qu'il fait du resteDe l'univers un exil.

À quatorze ans épousée,Et veuve au bout de dix mois.Elle a toute la roséeDe l'aurore au fond des bois.

Elle est vierge ; à peine née.Son mari fut un vieillard ;Dieu brisa cet hyménéeDe Trop tôt avec Trop tard.

Apprenez qu'elle se nommeDoña Rosita Rosa ;Dieu, la destinant à l'homme,Aux anges la refusa.

Elle est ignorante et libre,Et sa candeur la défend.Elle a tout, accent qui vibre,Chanson triste et rire enfant,

Tout, le caquet, le silence,Ces petits pieds familiersCréés pour l'invraisemblanceDes romans et des souliers,

Et cet air des jeunes ÈvesQu'on nommait jadis fripon,Et le tourbillon des rêvesDans les plis de son jupon.

Cet être qui nous attire,Agnès cousine d'Hébé,Enivrerait un satyre,Et griserait un abbé.

Devant tant de beautés pures,Devant tant de frais rayons,La chair fait des conjecturesEt l'âme des visions.

Au temps présent l'eau saline,La blanche écume des mersS'appelle la mousseline ;On voit Vénus à travers.

Le réel fait notre extase ;Et nous serions plus éprisDe voir Ninon sous la gazeQue sous la vague Cypris.

Nous préférons la dentelleAu flot diaphane et frais ;Vénus n'est qu'une immortelle ;Une femme, c'est plus près.

Celle-ci, vers nous conduiteComme un ange retrouvé,Semble à tous les cœurs la suiteDe leur songe inachevé.

L'âme l'admire, enchantéePar tout ce qu'a de charmantLa rêverie ajoutéeAu vague éblouissement.

Quel danger ! on la devine.Un nimbe à ce front vermeil !Belle, on la rêve divine,Fleur, on la rêve soleil.

Elle est lumière, elle est onde,On la contemple. On la croitReine et fée, et mer profondePour les perles qu'on y voit.

Gare, Arthur ! gare, Clitandre !Malheur à qui se mettaitÀ regarder d'un air tendreCe mystérieux attrait !

L'amour, où glissent les âmes,Est un précipice ; on aLe vertige au bord des femmesComme au penchant de l'Etna.

On rit d'abord. Quel doux rire !Un jour, dans ce jeu charmant,On s'aperçoit qu'on respireUn peu moins facilement.

Ces feux-là troublent la tête.L'imprudent qui s'y chauffaitS'éveille à moitié poèteEt stupide tout à fait.

Plus de joie. On est la choseDes tourments et des amours.Quoique le tyran soit rose,L'esclavage est noir toujours.

On est jaloux ; travail rude !On n'est plus libre et vivant,Et l'on a l'inquiétudeD'une feuille dans le vent.

On la suit, pauvre jeune homme !Sous prétexte qu'il faut bienQu'un astre ait un astronomeEt qu'une femme ait un chien.

On se pose en loup fidèle ;On est bête, on s'en aigrit,Tandis qu'un autre, auprès d'elle,Aimant moins, a plus d'esprit.

Même aux bals et dans les fêtes,On souffre, fût-on vainqueur ;Et voilà comment sont faitesLes aventures du cœur.

Cette adolescente est sombreÀ cause de ses quinze ansEt de tout ce qu'on voit d'ombreDans ses beaux yeux innocents.

On donnerait un empirePour tous ces chastes appas ;Elle est terrible ; et le pire,C'est qu'elle n'y pense pas.

Versification

Forme
28 quatrains (quatrains)
Rimes
28(abab)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
28 quatrains
Mots à la rime
a belle / rebelle féminine, classiqueb Caton / deviendrait-on masculine, classiquea céleste / reste féminine, classiqueb Brésil / exil masculine, classiquea épousée / rosée féminine, classiqueb mois / bois masculine, classiquea née / hyménée féminine, classiqueb vieillard / tard masculine, classiquea nomme / l'homme féminine, classiqueb Rosa / refusa masculine, classiquea libre / vibre féminine, classiqueb défend / enfant masculine, classiquea silence / l'invraisemblance féminine, classiqueb familiers / souliers masculine, classiquea Èves / rêves féminine, classiqueb fripon / jupon masculine, classiquea attire / satyre féminine, classiqueb d'Hébé / abbé masculine, classiquea pures / conjectures féminine, classiqueb rayons / visions masculine, classiquea saline / mousseline féminine, classiqueb mers / travers masculine, classiquea extase / gaze féminine, classiqueb épris / Cypris masculine, classiquea dentelle / immortelle féminine, classiqueb frais / près masculine, classiquea conduite / suite féminine, classiqueb retrouvé / inachevé masculine, classiquea enchantée / ajoutée féminine, classiqueb charmant / éblouissement masculine, classiquea devine / divine féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea onde / profonde féminine, classiqueb croit / voit masculine, classiquea Clitandre / tendre féminine, classiqueb mettait / attrait masculine, classiquea âmes / femmes féminine, classiqueb a / l'Etna masculine, classiquea rire / respire féminine, classiqueb charmant / facilement masculine, classiquea tête / poète féminine, classiqueb chauffait / fait masculine, classiquea chose / rose féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquea rude / l'inquiétude féminine, classiqueb vivant / vent masculine, classiquea homme / astronome féminine, classiqueb bien / chien masculine, classiquea fidèle / d'elle féminine, classiqueb aigrit / d'esprit masculine, classiquea fêtes / faites féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea sombre / d'ombre féminine, classiqueb ans / innocents masculine, classiquea empire / pire féminine, classiqueb appas / pas masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

112 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources