Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· V Silhouettes du temps jadis
I. Le doigt de la femme
Dieu prit sa plus molle argileEt son plus pur kaolin,Et fit un bijou fragile,Mystérieux et câlin.
Il fit le doigt de la femme,Chef-d'œuvre auguste et charmant,Ce doigt fait pour toucher l'âmeEt montrer le firmament.
Il mit dans ce doigt le resteDe la lueur qu'il venaitD'employer au front célesteDe l'heure où l'aurore naît.
Il y mit l'ombre du voile,Le tremblement du berceau,Quelque chose de l'étoile,Quelque chose de l'oiseau.
Le Père qui nous engendreFit ce doigt mêlé d'azur,Très fort pour qu'il restât tendre,Très blanc pour qu'il restât pur,
Et très doux, afin qu'en sommeJamais le mal n'en sortît,Et qu'il pût sembler à l'hommeLe doigt de Dieu, plus petit.
Il en orna la main d'Ève,Cette frêle et chaste mainQui se pose comme un rêveSur le front du genre humain.
Cette humble main ignorante,Guide de l'homme incertain,Qu'on voit trembler, transparente,Sur la lampe du destin.
Oh ! dans ton apothéose,Femme, ange aux regards baissés,La beauté, c'est peu de chose,La grâce n'est pas assez ;
Il faut aimer. Tout soupire,L'oncle, la fleur, l'alcyon ;La grâce n'est qu'un sourire,La beauté n'est qu'un rayon ;
Dieu, qui veut qu'Ève se dresseSur notre rude cheminFit pour l'amour la caresse,Pour la caresse la main.
Dieu, lorsque ce doigt qu'on aimeSur l'argile fut conquis,S'applaudit, car le suprêmeEst fier de créer l'exquis.
Ayant fait ce doigt sublime,Dieu dit aux anges : Voilà !Puis s'endormit dans l'abîme ;Le diable alors s'éveilla.
Dans l'ombre où Dieu se repose,Il vint, noir sur l'orient,Et tout au bout du doigt roseMit un ongle en souriant.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a argile / fragile féminine, classiqueb kaolin / câlin masculine, classiquea femme / l'âme féminine, classiqueb charmant / firmament masculine, classiquea reste / céleste féminine, classiqueb venait / naît masculine, classiquea voile / l'étoile féminine, classiqueb berceau / l'oiseau masculine, classiquea engendre / tendre féminine, classiqueb d'azur / pur masculine, classiquea somme / l'homme féminine, classiqueb sortît / petit masculine, classiquea d'Ève / rêve féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea ignorante / transparente féminine, classiqueb incertain / destin masculine, classiquea apothéose / chose féminine, classiqueb baissés / assez masculine, classiquea soupire / sourire féminine, classiqueb l'alcyon / rayon masculine, classiquea dresse / caresse féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea aime / suprême féminine, classiqueb conquis / l'exquis masculine, classiquea sublime / l'abîme féminine, classiqueb Voilà / s'éveilla masculine, classiquea repose / rose féminine, classiqueb l'orient / souriant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources