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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· I Floréal

IV. Le poète bat aux champs

Victor Hugo· 36 quatrains, octosyllabes, 144 vers

I

Aux champs, compagnons et compagnes !Fils, j'élève à la dignitéDe géorgiques les campagnesQuelconques où flambe l'été !

Flamber, c'est là toute l'histoireDu cœur, des sens, de la saison,Et de la pauvre mouche noireQue nous appelons la raison.

Je te fais molosse, ô mon dogue !L'acanthe manque ? j'ai le thym.Je nomme Vaugirard églogue ;J'installe Amyntas à Pantin.

La nature est indifférenteAux nuances que nous créonsEntre Gros-Guillaume et Dorante ;Tout pampre a ses Anacréons.

L'idylle volontiers patoise.Et je ne vois point que l'oiseauPréfère Haliarte à PontoiseEt Coronée à Palaiseau.

Les plus beaux noms de la SicileEt de la Grèce ne font pasQue l'âne au fouet soit plus docile,Que l'amour fuie à moins grands pas.

Les fleurs sont à Sèvre aussi fraîchesQue sur l'Hybla, cher au sylvain ;Montreuil mérite avec ses pêchesLa garde du dragon divin.

Marton nue est Phyllis sans voiles ;Fils, le soir n'est pas plus vermeil,Sous son chapeau d'ombre et d'étoiles,À Banduse qu'à Montfermeil.

Bercy pourrait griser sept Sages ;Les Auteuils sont fils des Tempés ;Si l'Ida sombre a ses nuages,La guinguette a des canapés.

Rien n'est haut ni bas ; les fontainesLavent la pourpre et le sayon ;L'aube d'Ivry, l'aube d'Athènes,Sont faites du même rayon.

J'ai déjà dit parfois ces choses,Et toujours je les redirai ;Car du fond de toutes les prosesPeut s'élancer le vers sacré.

Si Babet a la gorge ronde,Babet égale Pholoé.Comme Chypre la Beauce est blonde.Larifla descend d'Évohé.

Toinon, se baignant sur la grève,A plus de cheveux sur le dosQue la Callyrhoé qui rêveDans le grand temple d'Abydos.

Çà, que le bourgeois fraterniseAvec les satyres cornus !Amis, le corset de DeniseVaut la ceinture de Vénus.

II

Donc, fuyons Paris ! plus de gêne !Bergers, plantons là Tortoni !Allons boire à la coupe pleineDu printemps, ivre d'infini.

Allons fêter les fleurs exquises,Partons ! Quittons, joyeux et fous,Pour les dryades, les marquises,Et pour les faunes, les voyous !

Plus de bouquins, point de gazettes !Je hais cette submersion.Nous irons cueillir des noisettesDans l'été, fraîche vision.

La banlieue, amis, peut suffire.La fleur, que Paris souille, y naît.Flore y vivait avec ZéphyreAvant de vivre avec Brunet.

Aux champs, les vers deviennent strophes.À Paris l'étang, c'est l'égout.Je sais qu'il est des philosophesCriant très haut : — « Lutèce est tout !

« Les champs ne valent pas la ville ! »Fils, toujours le bon sens hurlaQuand Voltaire à DamilavilleDit ces calembredaines-là.

III

Aux champs, la nuit est vénérable,Le jour rit d'un rire enfantin ;Le soir berce l'orme et l'érable,Le soir est beau ; mais le matin,

Le matin, c'est la grande fête ;C'est l'auréole où la nuit fond,Où le diplomate a l'air bête,Où le bouvier a l'air profond.

La fleur d'or du pré d'azur sombre,L'astre, brille au ciel clair encor ;En bas, le bleuet luit dans l'ombre,Étoile bleue en un champ d'or.

L'oiseau court, les taureaux mugissent ;Les feuillages sont enchantés ;Les cercles du vent s'élargissentDans l'ascension des clartés.

L'air frémit ; l'onde est plus sonore ;Toute âme entrouvre son secret ;L'univers croit, quand vient l'aurore,Que sa conscience apparaît.

IV

Quittons Paris et ses casernes.Plongeons-nous, car les ans sont courts,Jusqu'aux genoux dans les luzernesEt jusqu'au cœur dans les amours.

Joignons les baisers aux spondées ;Souvenons-nous que le hautboisDonnait à Platon des idéesVoluptueuses, dans les bois.

Vanve a d'indulgentes prairies ;Ville-d'Avray ferme les yeuxSur les douces gamineriesDes cupidons mystérieux.

Là, les Jeux, les Ris et les FarcesPoursuivent, sous les bois flottants,Les chimères de joie éparsesDans la lumière du printemps.

L'onde à Triel est bucolique ;Asnière a des flux et refluxOù vogue l'adorable cliqueDe tous ces petits dieux joufflus.

Le sel attique et l'eau de SeineSe mêlent admirablement.Il n'est qu'une chose malsaine,Jeanne, c'est d'être sans amant.

Que notre ivresse se signale !Allons où Pan nous conduira.Ressuscitons la bacchanale,Cette aïeule de l'opéra.

Laissons, et même envoyons paîtreLes bœufs, les chèvres, les brebis,La raison, le garde champêtre !Fils, avril chante, crions bis !

Qu'à Gif, grâce à nous, le notaireEt le marguillier soient émus,Fils, et qu'on entende à NanterreLes vagues flûtes de l'Hémus !

Acclimatons Faune à Vincenne,Sans pourtant prendre pour conseilL'immense Aristophane obscène,Effronté comme le soleil.

Rions du maire, ou de l'édile ;Et mordons, en gens convaincus,Dans cette pomme de l'idylleOù l'on voit les dents de Moschus.

Versification

Forme
36 quatrains (quatrains)
Rimes
36(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
36 quatrains
Mots à la rime
a compagnes / campagnes féminine, classiqueb dignité / l'été masculine, classiquea l'histoire / noire féminine, classiqueb saison / raison masculine, classiquea dogue / églogue féminine, classiqueb thym / Pantin masculine, classiquea indifférente / Dorante féminine, classiqueb créons / Anacréons masculine, classiquea patoise / Pontoise féminine, classiqueb l'oiseau / Palaiseau masculine, classiquea Sicile / docile féminine, classiqueb pas masculine, classiquea fraîches / pêches féminine, classiqueb sylvain / divin masculine, classiquea voiles / d'étoiles féminine, classiqueb vermeil / Montfermeil masculine, classiquea Sages / nuages féminine, classiqueb Tempés / canapés masculine, classiquea fontaines / d'Athènes féminine, classiqueb sayon / rayon masculine, classiquea choses / proses féminine, classiqueb redirai / sacré masculine, classiquea ronde / blonde féminine, classiqueb Pholoé / d'Évohé masculine, classiquea grève / rêve féminine, classiqueb dos / d'Abydos masculine, classiquea fraternise / Denise féminine, classiqueb cornus / Vénus masculine, classiquea gêne / pleine féminine, classiqueb Tortoni / d'infini masculine, classiquea exquises / marquises féminine, classiqueb fous / voyous masculine, classiquea gazettes / noisettes féminine, classiqueb submersion / vision masculine, classiquea suffire / Zéphyre féminine, classiqueb naît / Brunet masculine, classiquea strophes / philosophes féminine, classiqueb l'égout / tout masculine, classiquea ville / Damilaville féminine, classiqueb hurla / calembredaines-là masculine, classiquea vénérable / l'érable féminine, classiqueb enfantin / matin masculine, classiquea fête / bête féminine, classiqueb fond / profond masculine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquea mugissent / s'élargissent féminine, classiqueb enchantés / clartés masculine, classiquea sonore / l'aurore féminine, classiqueb secret / apparaît masculine, classiquea casernes / luzernes féminine, classiqueb courts / amours masculine, classiquea spondées / idées féminine, classiqueb hautbois / bois masculine, classiquea prairies / gamineries féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea Farces / éparses féminine, classiqueb flottants / printemps masculine, classiquea bucolique / clique féminine, classiqueb reflux / joufflus masculine, classiquea Seine / malsaine féminine, classiqueb admirablement / amant masculine, classiquea signale / bacchanale féminine, classiqueb conduira / l'opéra masculine, classiquea paître / champêtre féminine, classiqueb brebis / bis masculine, classiquea notaire / Nanterre féminine, classiqueb émus / l'Hémus masculine, classiquea Vincenne / obscène féminine, classiqueb conseil / soleil masculine, classiquea l'édile / l'idylle féminine, classiqueb convaincus / Moschus masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

144 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources