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un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· II Les complications de l’idéal

VII. Meudon

Victor Hugo· 30 quatrains, octosyllabes, 120 vers

Pourquoi pas montés sur des ânes ?Pourquoi pas au bois de Meudon ?Les sévères sont les profanes ;Ici tout est joie et pardon.

Rien n'est tel que cette ombre verte,Et que ce calme un peu moqueur,Pour aller à la découverteTout au fond de son propre cœur.

On chante. L'été nous procureUn bois pour nous perdre. Ô buissons !L'amour met dans la mousse obscureLa fin de toutes les chansons.

Paris foule ces violettes ;Breda, terre où Ninon déchut,Y répand ces vives toilettesÀ qui l'on dirait presque : Chut !

Prenez garde à ce lieu fantasque !Ève à Meudon achèveraLe rire ébauché sous le masqueAvec le diable à l'Opéra.

Le démon dans ces bois repose ;Non le grand vieux Satan fourchu ;Mais ce petit Belzébuth roseQu'Agnès cache dans son fichu.

On entre plein de chaste flamme,L'œil au ciel, le cœur dilaté ;On est ici conduit par l'âme,Mais par le faune on est guetté.

La source, c'est la nymphe nue ;L'ombre au doigt vous passe un anneau ;Et le liseron insinueCe que conseille le moineau.

Tout chante ; et pas de fausses notes.L'hymne est tendre ; et l'esprit de corpsDes fauvettes et des linottesÉclate en ces profonds accords.

Ici l'aveu que l'âme couveÉchappe aux cœurs les plus discrets ;La clef des champs qu'à terre on trouveOuvre le tiroir aux secrets.

Ici l'on sent, dans l'harmonie,Tout ce que le grand Pan cachéPeut mêler de vague ironieAu bois sombre où rêve Psyché.

Les belles deviennent jolies ;Les cupidons viennent et vont ;Les roses disent des foliesEt les chardonnerets en font.

La vaste genèse est tournéeVers son but : renaître à jamais.Tout vibre ; on sent de l'hyménéeEt de l'amour sur les sommets.

Tout veut que tout vive et revive,Et que les cœurs et que les nids,L'aube et l'azur, l'onde et la rive,Et l'âme et Dieu, soient infinis.

Il faut aimer. Et sous l'yeuse,On sent, dans les beaux soirs d'été,La profondeur mystérieuseDe cette immense volonté.

Cachant son feu sous sa main rose,La vestale ici n'entendraitQue le sarcasme grandioseDe l'aurore et de la forêt.

Le printemps est une revanche.Ce bois sait à quel point les thyms,Les joncs, les saules, la pervenche,Et l'églantier, sont libertins.

La branche cède, l'herbe plie ;L'oiseau rit du prix Montyon ;Toute la nature est remplieDe rappels à la question.

Le hallier sauvage est bien aiseSous l'œil serein de Jéhovah,Quand un papillon déniaiseUne violette, et s'en va.

Je me souviens qu'en mon bas âge,Ayant à peine dix-sept ans,Ma candeur un jour fit usageDe tous ces vieux rameaux flottants.

J'employai, rôdant avec celleQu'admiraient mes regards heureux,Toute cette ombre où l'on chancelle,À me rendre plus amoureux.

Nous fîmes des canapés d'herbes ;Nous nous grisâmes de lilas ;Nous palpitions, joyeux, superbes,Éblouis, innocents, hélas !

Penchés sur tout, nous respirâmesL'arbre, le pré, la fleur, Vénus ;Ivres, nous remplissions nos âmesDe tous les souffles inconnus.

Nos baisers devenaient étranges,De sorte que, sous ces berceaux,Après avoir été deux anges,Nous n'étions plus que deux oiseaux.

C'était l'heure où le nid se couche,Où dans le soir tout se confond ;Une grande lune faroucheRougissait dans le bois profond.

L'enfant, douce comme une fête,Qui m'avait en chantant suivi,Commençait, pâle et stupéfaite,À trembler de mon œil ravi ;

Son sein soulevait la dentelle…Homère ! ô brouillard de l'Ida :— Marions-nous ! s'écria-t-elle,Et la belle fille gronda :

— Cherche un prêtre, et sans plus attendre,Qu'il nous marie avec deux mots.Puis elle reprit, sans entendreLe chuchotement des rameaux,

Sans remarquer dans ce mystèreLe profil des buissons railleurs :— Mais où donc est le presbytère ?Quel est le prêtre de ces fleurs ?

Un vieux chêne était là ; sa tigeEût orné le seuil d'un palais.— Le curé de Meudon ? Lui dis-je.L'arbre me dit : — C'est Rabelais.

Versification

Forme
30 quatrains (quatrains)
Rimes
30(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
30 quatrains
Mots à la rime
a ânes / profanes féminine, classiqueb Meudon / pardon masculine, classiquea verte / découverte féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea procure / obscure féminine, classiqueb buissons / chansons masculine, classiquea violettes / toilettes féminine, classiqueb déchut / Chut masculine, classiquea fantasque / masque féminine, classiqueb achèvera / l'Opéra masculine, classiquea repose / rose féminine, classiqueb fourchu / fichu masculine, classiquea flamme / l'âme féminine, classiqueb dilaté / guetté masculine, classiquea nue / insinue féminine, classiqueb anneau / moineau masculine, classiquea notes / linottes féminine, classiqueb corps / accords masculine, classiquea couve / trouve féminine, classiqueb discrets / secrets masculine, classiquea l'harmonie / ironie féminine, classiqueb caché / Psyché masculine, classiquea jolies / folies féminine, classiqueb vont / font masculine, classiquea tournée / l'hyménée féminine, classiqueb jamais / sommets masculine, classiquea revive / rive féminine, classiqueb nids / infinis masculine, classiquea l'yeuse / mystérieuse féminine, classiqueb d'été / volonté masculine, classiquea rose / grandiose féminine, classiqueb n'entendrait / forêt masculine, classiquea revanche / pervenche féminine, classiqueb thyms / libertins masculine, classiquea plie / remplie féminine, classiqueb Montyon / question masculine, classiquea aise / déniaise féminine, classiqueb Jéhovah / va masculine, non classiquea âge / usage féminine, classiqueb ans / flottants masculine, classiquea celle / chancelle féminine, classiqueb heureux / amoureux masculine, classiquea d'herbes / superbes féminine, classiqueb lilas / hélas masculine, classiquea respirâmes / âmes féminine, classiqueb Vénus / inconnus masculine, classiquea étranges / anges féminine, classiqueb berceaux / oiseaux masculine, classiquea couche / farouche féminine, classiqueb confond / profond masculine, classiquea fête / stupéfaite féminine, classiqueb suivi / ravi masculine, classiquea dentelle / s'écria-t-elle féminine, classiqueb l'Ida / gronda masculine, classiquea attendre / entendre féminine, classiqueb mots / rameaux masculine, classiquea mystère / presbytère féminine, classiqueb railleurs / fleurs masculine, classiquea tige / dis-je féminine, classiqueb palais / Rabelais masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

120 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources