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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre premier Jeunesse· II Les complications de l’idéal

I. Paulo minora Canamus

À UN AMI

Victor Hugo· 19 quatrains, octosyllabes, 76 vers

C'est vrai, pour un instant je laisseTous nos grands problèmes profonds ;Je menais des monstres en laisse,J'errais sur le char des griffons.

J'en descends ; je mets pied à terre ;Plus tard, demain, je pousseraiPlus loin encor dans le mystèreLes strophes au vol effaré.

Mais l'aigle aujourd'hui me distance ;(Sois tranquille, aigle, on t'atteindra)Ma strophe n'est plus qu'une stance ;Meudon remplace Denderah.

Je suis avec l'onde et le cygne,Dans les jasmins, dans floréal,Dans juin, dans le blé, dans la vigne,Dans le grand sourire idéal.

Je sors de l'énigme et du songe.La mort, le joug, le noir, le bleu,L'échelle des êtres qui plongeDans ce gouffre qu'on nomme Dieu ;

Les vastes profondeurs funèbres,L'abîme infinitésimal,La sombre enquête des ténèbres,Le procès que je fais au mal ;

Mes études sur tout le bagne,Sur les Juifs, sur les Esclavons ;Mes visions sur la montagne ;J'interromps tout cela ; vivons.

J'ajourne cette œuvre insondable ;J'ajourne Méduse et Satan ;Et je dis au sphinx formidable :Je parle à la rose, va-t'en.

Ami, cet entracte te fâche.Qu'y faire ? les bois sont dorés ;Je mets sur l'affiche : Relâche ;Je vais rire un peu dans les prés.

Je m'en vais causer dans la logeD'avril, ce portier de l'été.Exiges-tu que j'interrogeLe bleuet sur l'éternité ?

Faut-il qu'à l'abeille en ses courses,Au lys, au papillon qui fuit,À la transparence des sources,Je montre le front de la nuit ?

Faut-il, effarouchant les ormes,Les tilleuls, les joncs, les roseaux,Pencher les problèmes énormesSur le nid des petits oiseaux ?

Mêler l'abîme à la broussaille ?Mêler le doute à l'aube en pleurs ?Quoi donc ! ne veux-tu pas que j'ailleFaire la grosse voix aux fleurs ?

Sur l'effrayante silhouetteDes choses que l'homme entrevoit,Vais-je interpeller l'alouettePerchée aux tuiles de mon toit ?

Ne serai-je pas à cent lieuesDu bon sens, le jour où j'iraiFaire expliquer aux hochequeuesLe latin du Dies Iræ ?

Quand, de mon grenier, je me pencheSur la laveuse qu'on entend,Joyeuse, dans l'écume blanchePlonger ses coudes en chantant,

Veux-tu que, contre cette sphèreDe l'infini sinistre et nuOù saint Jean frémissant vient faireDes questions à l'Inconnu,

Contre le globe âpre et sans grèves,Sans bornes, presque sans espoir,Où la vague foudre des rêvesSe prolonge dans le ciel noir.

Contre l'astre et son auréole,Contre l'immense que-sait-on,Je heurte la bulle qui voleHors du baquet de Jeanneton ?

Versification

Forme
19 quatrains (quatrains)
Rimes
19(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
19 quatrains
Mots à la rime
a laisse féminine, classiqueb profonds / griffons masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb pousserai / effaré masculine, classiquea distance / stance féminine, équivalenteb t'atteindra / Denderah masculine, classiquea cygne / vigne féminine, non classiqueb floréal / idéal masculine, classiquea songe / plonge féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb infinitésimal / mal masculine, classiquea bagne / montagne féminine, classiqueb Esclavons / vivons masculine, classiquea insondable / formidable féminine, classiqueb Satan / va-t'en masculine, classiquea fâche / Relâche féminine, classiqueb dorés / prés masculine, classiquea loge / j'interroge féminine, classiqueb l'été / l'éternité masculine, classiquea courses / sources féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquea ormes / énormes féminine, classiqueb roseaux / oiseaux masculine, classiquea broussaille / j'aille féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classiquea silhouette / l'alouette féminine, classiqueb entrevoit / toit masculine, classiquea lieues / hochequeues féminine, classiqueb j'irai / Iræ masculine, classiquea penche / blanche féminine, classiqueb entend / chantant masculine, équivalentea sphère / faire féminine, classiqueb nu / l'Inconnu masculine, classiquea grèves / rêves féminine, classiqueb espoir / noir masculine, classiquea auréole / vole féminine, classiqueb que-sait-on / Jeanneton masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources