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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chants du crépuscule, 1835

XXI. « Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles »

Victor Hugo· 9 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 54 vers

Hier, la nuit d'été,‖ qui nous prêtait ses voiles,Était digne de toi,‖ tant elle avait d'étoiles !Tant son calme était frais,‖ tant son souffle était doux !Tant elle éteignait bien‖ ses rumeurs apaisées !Tant elle répandait‖ d'amoureuses roséesSur les fleurs et sur nous !

Moi, j'étais devant toi,‖ plein de joie et de flamme,Car tu me regardais‖ avec toute ton âme !J'admirais la beauté‖ dont ton front se revêt ;Et sans même qu'un mot‖ révélât ta pensée,La tendre rêverie‖ en ton cœur commencéeDans mon cœur s'achevait !

Et je bénissais Dieu,‖ dont la grâce infinieSur la nuit et sur toi‖ jeta tant d'harmonie,Qui, pour me rendre calme‖ et pour me rendre heureux,Vous fit, la nuit et toi,‖ si belles et si pures,Si pleines de rayons,‖ de parfums, de murmures,Si douces toutes deux !

Oh ! oui, bénissons Dieu‖ dans nôtre foi profonde !C'est lui qui fit ton âme‖ et qui créa le monde !Lui qui charme mon cœur,‖ lui qui ravit mes yeux !C'est lui que je retrouve‖ au fond de tout mystère !C'est lui qui fait briller‖ ton regard sur la terreComme l'étoile aux cieux !

C'est Dieu qui mit l'amour‖ au bout de toute chose,L'amour en qui tout vit,‖ l'amour sur qui tout pose !C'est Dieu qui fait la nuit‖ plus belle que le jour.C'est Dieu qui sur ton corps,‖ ma jeune souveraine,A versé la beauté‖ comme une coupe pleine,Et dans mon cœur l'amour !

Laisse-toi donc aimer !‖ — Oh ! l'amour, c'est la vie.C'est tout ce qu'on regrette‖ et tout ce qu'on envieQuand on voit sa jeunesse‖ au couchant décliner.Sans lui rien n'est complet,‖ sans lui rien ne rayonne.La beauté c'est le front,‖ l'amour c'est la couronneLaisse-toi couronner ! —

Ce qui remplit une âme,‖ hélas tu peux m'en croire,Ce n'est pas un peu d'or,‖ ni même un peu de gloire,Poussière que l'orgueil‖ rapporte des combats ;Ni l'ambition folle,‖ occupée aux chimères,Qui ronge tristement‖ les écorces amèresDes choses d'ici-bas ;

Non, il lui faut, vois-tu,‖ l'hymen de deux pensées,Les soupirs étouffés,‖ les mains long-temps pressées,Le baiser, parfum pur,‖ enivrante liqueur,Et tout ce qu'un regard‖ dans un regard peut lire,Et toutes les chansons‖ de cette douce lyreQu'on appelle le cœur !

Il n'est rien sous le ciel‖ qui n'ait sa loi secrète,Son lieu cher et choisi,‖ son abri, sa retraite,Où mille instincts profonds‖ nous fixent nuit et jour ;Le pêcheur a la barque‖ où l'espoir l'accompagne,Les cygnes ont le lac,‖ les aigles la montagne,Les âmes ont l'amour !

21 mai 1833.

Versification

Forme
9 sizains (sizains)
Rimes
9(aabccb)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (45 de 12, 9 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
9 sizains
Mots à la rime
a voiles / d'étoiles féminine, classiqueb doux / nous masculine, classiquec apaisées / rosées féminine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb revêt / s'achevait masculine, classiquec pensée / commencée féminine, classiquea infinie / d'harmonie féminine, classiqueb heureux / deux masculine, classiquec pures / murmures féminine, classiquea profonde / monde féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquec mystère / terre féminine, classiquea chose / pose féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquec souveraine / pleine féminine, classiquea vie / envie féminine, classiqueb décliner / couronner masculine, classiquec rayonne / couronne féminine, classiquea croire / gloire féminine, classiqueb combats / d'ici-bas masculine, classiquec chimères / amères féminine, classiquea pensées / pressées féminine, classiqueb liqueur / cœur masculine, classiquec lire / lyre féminine, classiquea secrète / retraite féminine, classiquec l'accompagne / montagne féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les feuilles d’automne ‒ Les chants du crépuscule, Paris, Classique Garnier, 1950· numérisation poesies.net· Sources