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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini

II. Ibo

Victor Hugo· 33 quatrains, tétrasyllabes et octosyllabes, 132 vers

Dites, pourquoi, dans l'insondableAu mur d'airain,Dans l'obscurité formidableDu ciel serein,

Pourquoi, dans ce grand sanctuaireSourd et béni,Pourquoi, sous l'immense suaireDe l'infini,

Enfouir vos lois éternellesEt vos clartés ?Vous savez bien que j'ai des ailes,O vérités !

Pourquoi vous cachez-vous dans l'ombreQui nous confond ?Pourquoi fuyez-vous l'homme sombreAu vol profond ?

Que le mal détruise ou bâtisse,Rampe ou soit roi,Tu sais bien que j'irai, Justice,J'irai vers toi !

Beauté sainte, Idéal qui germesChez les souffrants,Toi par qui les esprits sont fermesEt les cœurs grands,

Vous le savez, vous que j'adore,Amour, Raison,Qui vous levez comme l'auroreSur l'horizon,

Foi, ceinte d'un cercle d'étoiles,Droit, bien de tous,J'irai, Liberté qui te voiles,J'irai vers vous !

Vous avez beau, sans fin, sans borne,Lueurs de Dieu,Habiter la profondeur morneDu gouffre bleu,

Âme à l'abîme habituéeDès le berceau,Je n'ai pas peur de la nuée ;Je suis oiseau.

Je suis oiseau comme cet êtreQu'Amos rêvait,Que saint Marc voyait apparaîtreÀ son chevet,

Qui mêlait sur sa tête fière,Dans les rayons,L'aile de l'aigle à la crinièreDes grands lions.

J'ai des ailes. J'aspire au faîte ;Mon vol est sûr ;J'ai des ailes pour la tempêteEt pour l'azur.

Je gravis les marches sans nombre.Je veux savoir ;Quand la science serait sombreComme le soir !

Vous savez bien que l'âme affronteCe noir degré,Et que, si haut qu'il faut qu'on monte,J'y monterai !

Vous savez bien que l'âme est forteEt ne craint rienQuand le souffle de Dieu l'emporte !Vous savez bien

Que j'irai jusqu'aux bleus pilastres,Et que mon pas,Sur l'échelle qui monte aux astres,Ne tremble pas !

L'homme, en cette époque agitée,Sombre océan,Doit faire comme ProméthéeEt comme Adam.

Il doit ravir au ciel austèreL'éternel feu ;Conquérir son propre mystère,Et voler Dieu.

L'homme a besoin, dans sa chaumière,Des vents battu,D'une loi qui soit sa lumièreEt sa vertu.

Toujours ignorance et misère !L'homme en vain fuit,Le sort le tient ; toujours la serre !Toujours la nuit !

Il faut que le peuple s'arracheAu dur décret,Et qu'enfin ce grand martyr sacheLe grand secret !

Déjà l'amour, dans l'ère obscureQui va finir,Dessine la vague figureDe l'avenir.

Les lois de nos destins sur terre,Dieu les écrit ;Et, si ces lois sont le mystère,Je suis l'esprit.

Je suis celui que rien n'arrête,Celui qui va,Celui dont l'âme est toujours prêteÀ Jéhovah ;

Je suis le poëte farouche,L'homme devoir,Le souffle des douleurs, la boucheDu clairon noir ;

Le rêveur qui sur ses registresMet les vivants,Qui mêle des strophes sinistresAux quatre vents ;

Le songeur ailé, l'âpre athlèteAu bras nerveux,Et je traînerais la comètePar les cheveux.

Donc, les lois de notre problème,Je les aurai ;J'irai vers elles, penseur blême,Mage effaré !

Pourquoi cacher ces lois profondes ?Rien n'est muré.Dans vos flammes et dans vos ondesJe passerai ;

J'irai lire la grande bible ;J'entrerai nuJusqu'au tabernacle terribleDe l'inconnu,

Jusqu'au seuil de l'ombre et du vide,Gouffres ouvertsQue garde la meute livideDes noirs éclairs,

Jusqu'aux portes visionnairesDu ciel sacré ;Et, si vous aboyez, tonnerres,Je rugirai.

Au dolmen de Rozel, janvier 1853.

Versification

Forme
33 quatrains (quatrains)
Rimes
33(abab)
Mètre
Tétrasyllabes et octosyllabes (66 de 4, 66 de 8)· profil 4, 8
Strophes
33 quatrains
Mots à la rime
a l'insondable / formidable féminine, classiqueb d'airain / serein masculine, classiquea sanctuaire / suaire féminine, classiqueb béni / l'infini masculine, classiquea éternelles / ailes féminine, classiqueb clartés / vérités masculine, classiquea l'ombre / sombre féminine, classiqueb confond / profond masculine, classiquea bâtisse / Justice féminine, classiqueb roi / toi masculine, classiquea germes / fermes féminine, classiqueb souffrants / grands masculine, classiquea j'adore / l'aurore féminine, classiqueb Raison / l'horizon masculine, classiquea d'étoiles / voiles féminine, classiqueb tous / vous masculine, classiquea borne / morne féminine, classiqueb Dieu / bleu masculine, classiquea habituée / nuée féminine, classiqueb berceau / oiseau masculine, classiquea être / apparaître féminine, classiqueb rêvait / chevet masculine, classiquea fière / crinière féminine, classiqueb rayons / lions masculine, classiquea faîte / tempête féminine, classiqueb sûr / l'azur masculine, classiquea nombre / sombre féminine, classiqueb savoir / soir masculine, classiquea affronte / monte féminine, classiqueb degré / monterai / aurai masculine, classiquea forte / l'emporte féminine, équivalenteb rien / bien masculine, classiquea pilastres / astres féminine, classiqueb pas masculine, classiquea agitée / Prométhée féminine, classiqueb océan / Adam masculine, classiquea austère / mystère féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea chaumière / lumière féminine, classiqueb battu / vertu masculine, classiquea misère / serre féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquea s'arrache / sache féminine, classiqueb décret / secret masculine, classiquea obscure / figure féminine, classiqueb finir / l'avenir masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb écrit / l'esprit masculine, classiquea n'arrête / prête féminine, classiqueb va / Jéhovah masculine, classiquea farouche / bouche féminine, non classiqueb devoir / noir masculine, classiquea registres / sinistres féminine, classiqueb vivants / vents masculine, classiquea athlète / comète féminine, classiqueb nerveux / cheveux masculine, classiquea problème / blême féminine, classiquec effaré / muré / passerai masculine, classiquea profondes / ondes féminine, équivalentea bible / terrible féminine, classiqueb nu / l'inconnu masculine, classiquea vide / livide féminine, équivalenteb ouverts / éclairs masculine, classiquea visionnaires / tonnerres féminine, classiqueb sacré / rugirai masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

132 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources