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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1843· Livre troisième Les luttes et les rêves

X. Amour

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 54 vers

Amour ! « Loi », dit Jésus.‖ « Mystère », dit Platon.Sait-on quel fil nous lie‖ au firmament ? Sait-onCe que les mains de Dieu‖ dans l'immensité sèment ?Est-on maître d'aimer ?‖ pourquoi deux êtres s'aiment,Demande à l'eau qui court,‖ demande à l'air qui fuit,Au moucheron qui vole‖ à la flamme la nuit,Au rayon d'or qui vient‖ baiser la grappe mûre !Demande à ce qui chante,‖ appelle, attend, murmure !Demande aux nids profonds‖ qu'avril met en émoi !Le cœur éperdu crie :‖ Est-ce que je sais, moi ?Cette femme a passé :‖ je suis fou. C'est l'histoire.Ses cheveux étaient blonds,‖ sa prunelle était noire ;En plein midi, joyeuse,‖ une fleur au corset,Illumination‖ du jour, elle passait ;Elle allait, la charmante,‖ et riait, la superbe ;Ses petits pieds semblaient‖ chuchoter avec l'herbe ;Un oiseau bleu volait‖ dans l'air, et me parla ;Et comment voulez-vous‖ que j'échappe à cela ?Est-ce que je sais, moi ?‖ c'était au temps des roses ;Les arbres se disaient‖ tout bas de douces choses ;Les ruisseaux l'ont voulu,‖ les fleurs l'ont comploté.J'aime ! — O Bodin, Vouglans,‖ Delancre ! prévôté,Bailliage, châtelet,‖ grand'chambre, saint-office,Demandez le secret‖ de ce doux maléficeAux vents, au frais printemps‖ chassant l'hiver hagard,Au philtre qu'un regard‖ boit dans l'autre regard,Au sourire qui rêve,‖ à la voix qui caresse,À ce magicien,‖ à cette charmeresse !Demandez aux sentiers‖ traîtres qui, dans les bois,Vous font recommencer‖ les mêmes pas cent fois,À la branche de mai,‖ cette Armide qui guette,Et fait tourner sur nous‖ en cercle sa baguette !Demandez à la vie,‖ à la nature, aux cieux,Au vague enchantement‖ des champs mystérieux !Exorcisez le pré‖ tentateur, l'antre, l'orme !Faites, Cujas au poing,‖ un bon procès en formeAux sources dont le cœur‖ écoute les sanglots,Au soupir éternel‖ des forêts et des flots.Dressez procès-verbal‖ contre les pâquerettesQui laissent les bourdons‖ froisser leurs collerettes ;Instrumentez ; tonnez.‖ Prouvez que deux amantsLivraient leur âme aux fleurs,‖ aux bois, aux lacs dormants,Et qu'ils ont fait un pacte‖ avec la lune sombre,Avec l'illusion,‖ l'espérance aux yeux d'ombre,Et l'extase chantant‖ des hymnes inconnus,Et qu'ils allaient tous deux,‖ dès que brillait Vénus,Sur l'herbe que la brise‖ agite par bouffées,Danser au bleu sabbat‖ de ces nocturnes fées,Éperdus, possédés‖ d'un adorable ennui,Elle n'étant plus elle‖ et lui n'étant plus lui !Quoi ! nous sommes encore‖ aux temps où la Tournelle,Déclarant la magie‖ impie et criminelle,Lui dressait un bûcher‖ par arrêt de la cour,Et le dernier sorcier‖ qu'on brûle, c'est l'Amour !

Juillet 1843.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a Platon / Sait-on masculine, classiqueb sèment / s'aiment féminine, classiquec fuit / nuit masculine, classiqued mûre / murmure féminine, classiquee émoi / moi masculine, classiquef l'histoire / noire féminine, classiqueg corset / passait masculine, classiqueh superbe / l'herbe féminine, classiquei parla / cela masculine, classiquej roses / choses féminine, classiquek comploté / prévôté masculine, classiquel saint-office / maléfice féminine, classiquem hagard / regard masculine, classiquen caresse / charmeresse féminine, classiqueo bois / fois masculine, classiquep guette / baguette féminine, classiqueq cieux / mystérieux masculine, classiquer l'orme / forme féminine, classiques sanglots / flots masculine, classiquet pâquerettes / collerettes féminine, classiqueu amants / dormants masculine, classiquev sombre / d'ombre féminine, classiquew inconnus / Vénus masculine, classiquex bouffées / fées féminine, classiquey ennui / lui masculine, classiquez Tournelle / criminelle féminine, classiquea cour / l'Amour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources