Les contemplations, 1843· Livre deuxième L’âme en fleur
XII. Églogue
Nous errions ; elle et moi,‖ dans les monts de Sicile.Elle est fière pour tous‖ et pour moi seul docile.Les cieux et nos pensers‖ rayonnaient à la fois.Oh ! comme aux lieux déserts‖ les cœurs sont peu farouches !Que de fleurs aux buissons,‖ que de baisers aux bouches,Quand on est dans l'ombre des bois !
Pareils à deux oiseaux‖ qui vont de cime en cime,Nous parvînmes enfin‖ tout au bord d'un abîme.Elle osa s'approcher‖ de ce sombre entonnoir ;Et, quoique mainte épine‖ offensât ses mains blanches,Nous tâchâmes, penchés‖ et nous tenant aux branches,D'en voir le fond lugubre et noir.
En ce même moment,‖ un titan centenaire,Qui venait d'y rouler‖ sous vingt coups de tonnerre,Se tordait dans ce gouffre‖ où le jour n'ose entrer ;Et d'horribles vautours‖ au bec impitoyable,Attirés par le bruit‖ de sa chute effroyable,Commençaient à le dévorer.
Alors, elle me dit :‖ « J'ai peur qu'on ne nous voie !« Cherchons un antre afin d’y cacher notre joie !« Vois ce pauvre géant !‖ nous aurions notre tour !« Car les dieux envieux‖ qui l'ont fait disparaître,« Et qui furent jaloux‖ de sa grandeur, peut-être« Seraient jaloux de notre amour ! »
Septembre 18..
Versification
- Forme
- 4 sizains (sizains)
- Rimes
- 4(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (20 de 12, 4 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 4 sizains
- Mots à la rime
- a Sicile / docile féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquec farouches / bouches féminine, classiquea cime / abîme féminine, classiqueb entonnoir / noir masculine, classiquec blanches / branches féminine, classiquea centenaire / tonnerre féminine, classiqueb entrer / dévorer masculine, classiquec impitoyable / effroyable féminine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb tour / amour masculine, classiquec disparaître / peut-être féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources