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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1843· Livre troisième Les luttes et les rêves

VIII. « Je lisais. Que lisais-je ? Oh ! le vieux livre austère »

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 64 vers

Je lisais. Que lisais-je ?‖ Oh ! le vieux livre austère,Le poëme éternel !‖ — La Bible ? — Non, la terre.Platon, tous les matins,‖ quand revit le ciel bleu,Lisait les vers d'Homère,‖ et moi les fleurs de Dieu.J'épèle les buissons,‖ les brins d'herbe, les sources ;Et je n'ai pas besoin‖ d'emporter dans mes coursesMon livre sous mon bras,‖ car je l'ai sous mes pieds.Je m'en vais devant moi‖ dans les lieux non frayés,Et j'étudie à fond‖ le texte, et je me penche,Cherchant à déchiffrer‖ la corolle et la branche.Donc, courbé, — c'est ainsi‖ qu'en marchant je traduisLa lumière en idée,‖ en syllabes les bruits, —J'étais en train de lire‖ un champ, page fleurie.Je fus interrompu‖ dans cette rêverie ;Un doux martinet noir‖ avec un ventre blancMe parlait ; il disait :‖ — O pauvre homme, tremblantEntre le doute morne‖ et la foi qui délivre,Je t'approuve. Il est bon‖ de lire dans ce livre.Lis toujours, lis sans cesse,‖ ô penseur agité,Et que les champs profonds‖ t'emplissent de clarté !Il est sain de toujours‖ feuilleter la nature,Car c'est la grande lettre‖ et la grande écriture ;Car la terre, cantique‖ où nous nous abîmons,A pour versets les bois‖ et pour strophes les monts !Lis. Il n'est rien dans tout‖ ce que peut sonder l'hommeQui, bien questionné‖ par l'âme, ne se nomme.Médite. Tout est plein‖ de jour, même la nuit ;Et tout ce qui travaille,‖ éclaire, aime ou détruit,A des rayons : la roue‖ au dur moyeu, l'étoile,La fleur, et l'araignée‖ au centre de sa toile.Rends-toi compte de Dieu.‖ Comprendre, c'est aimer.Les plaines où le ciel‖ aide l'herbe à germer,L'eau, les prés, sont autant‖ de phrases où le sageVoit serpenter des sens‖ qu'il saisit au passage.Marche au vrai. Le réel,‖ c'est le juste, vois-tu ;Et voir la vérité,‖ c'est trouver la vertu.Bien lire l'univers,‖ c'est bien lire la vie.Le monde est l'œuvre où rien‖ ne ment et ne dévie.Et dont les mots sacrés‖ répandent de l'encens.L'homme injuste est celui‖ qui fait des contre-sens.Oui, la création‖ tout entière, les choses,Les êtres, les rapports,‖ les éléments, les causes,Rameaux dont le ciel clair‖ perce le réseau noir,L'arabesque des bois‖ sur les cuivres du soir,La bête, le rocher,‖ l'épi d'or, l'aile peinte,Tout cet ensemble obscur,‖ végétation sainte,Compose en se croisant‖ ce chiffre énorme : DIEU.L'éternel est écrit‖ dans ce qui dure peu ;Toute l'immensité,‖ sombre, bleue, étoilée,Traverse l'humble fleur,‖ du penseur contemplée ;On voit les champs, mais c'est‖ de Dieu qu'on s'éblouit.Le lis que tu comprends‖ en toi s'épanouit ;Les roses que tu lis‖ s'ajoutent à ton âme.Les fleurs chastes, d'où sort‖ une invisible flamme.Sont les conseils que Dieu‖ sème sur le chemin ;C'est l'âme qui les doit‖ cueillir, et non la main.Ainsi tu fais ; aussi‖ l'aube est sur ton front sombre ;Aussi tu deviens bon,‖ juste et sage ; et dans l'ombreTu reprends la candeur‖ sublime du berceau. —Je répondis : — Hélas !‖ tu te trompes, oiseau.Ma chair, faite de cendre,‖ à chaque instant succombe ;Mon âme ne sera‖ blanche que dans la tombe ;Car l'homme, quoi qu'il fasse,‖ est aveugle ou méchant.Et je continuai‖ la lecture du champ.

Juillet 1843.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
32((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a austère / terre féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquec sources / courses féminine, classiqued pieds / frayés masculine, classiquee penche / branche féminine, classiquef traduis / bruits masculine, classiqueg fleurie / rêverie féminine, classiqueh blanc / tremblant masculine, classiquei délivre / livre féminine, classiquej agité / clarté masculine, classiquek nature / écriture féminine, classiquel abîmons / monts masculine, classiquem l'homme / nomme féminine, classiquen nuit / détruit masculine, classiqueo l'étoile / toile féminine, classiquep aimer / germer masculine, classiqueq sage / passage féminine, classiquer vois-tu / vertu masculine, classiques vie / dévie féminine, classiquet l'encens / contre-sens masculine, classiqueu choses / causes féminine, classiquev noir / soir masculine, classiquew peinte / sainte féminine, classiquex DIEU / peu masculine, classiquey étoilée / contemplée féminine, classiquez s'éblouit / s'épanouit masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiqued berceau / oiseau masculine, classiquee succombe / tombe féminine, classiquef méchant / champ masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources