Les contemplations, 1843· Livre deuxième L’âme en fleur
XXV. « Je respire où tu palpites »
Je respire où tu palpites,Tu sais ; à quoi bon, hélas !Rester là si tu me quittes,Et vivre si tu t'en vas ?
À quoi bon vivre, étant l'ombreDe cet ange qui s'enfuit ?À quoi bon, sous le ciel sombre,N'être plus que de la nuit ?
Je suis la fleur des murailles,Dont avril est le seul bien.Il suffit que tu t'en aillesPour qu'il ne reste plus rien.
Tu m'entoures d'auréoles ;Te voir est mon seul souci.Il suffit que tu t'envolesPour que je m'envole aussi.
Si tu pars, mon front se penche ;Mon âme au ciel, son berceau,Fuira, car dans ta main blancheTu tiens ce sauvage oiseau.
Que veux-tu que je devienne,Si je n'entends plus ton pas ?Est-ce ta vie ou la mienneQui s'en va ? Je ne sais pas.
Quand mon courage succombe,J'en reprends dans ton cœur pur ;Je suis comme la colombeQui vient boire au lac d'azur.
L'amour fait comprendre à l'âmeL'univers, sombre et béni ;Et cette petite flammeSeule éclaire l'infini.
Sans toi, toute la natureN'est plus qu'un cachot fermé,Où je vais à l'aventure,Pâle et n'étant plus aimé.
Sans toi, tout s'effeuille et tombe ;L'ombre emplit mon noir sourcil ;Une fête est une tombe,La patrie est un exil.
Je t'implore et te réclame ;Ne fuis pas loin de mes maux,O fauvette de mon âmeQui chantes dans mes rameaux !
De quoi puis-je avoir envie,De quoi puis-je avoir effroi,Que ferai-je de la vie,Si tu n'es plus près de moi ?
Tu portes dans la lumière,Tu portes dans les buissons,Sur une aile ma prière,Et sur l'autre mes chansons.
Que dirai-je aux champs que voileL'inconsolable douleur ?Que ferai-je de l'étoile ?Que ferai-je de la fleur ?
Que dirai-je au bois moroseQu'illuminait ta douceur ?Que répondrai-je à la roseDisant : « Où donc est ma sœur ? »
J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses.À quoi bon, jours révolus !Regarder toutes ces chosesQu'elle ne regarde plus ?
Que ferai-je de la lyre,De la vertu, du destin ?Hélas ! et, sans ton sourire,Que ferai-je du matin ?
Que ferai-je, seul, farouche,Sans toi, du jour et des cieux,De mes baisers sans ta bouche,Et de mes pleurs sans tes yeux !
Août 18..
Versification
- Forme
- 18 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 18(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 18 quatrains
- Mots à la rime
- a palpites / quittes féminine, classiqueb hélas / vas masculine, classiquea l'ombre / sombre féminine, classiqueb s'enfuit / nuit masculine, classiquea murailles / ailles féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea d'auréoles / t'envoles féminine, classiqueb souci / aussi masculine, classiquea penche / blanche féminine, classiqueb berceau / oiseau masculine, classiquea devienne / mienne féminine, classiqueb pas masculine, classiquea succombe / colombe féminine, classiqueb pur / d'azur masculine, classiquea l'âme / flamme féminine, classiqueb béni / l'infini masculine, classiquea nature / l'aventure féminine, classiqueb fermé / aimé masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb sourcil / exil masculine, classiquea réclame / âme féminine, classiqueb maux / rameaux masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb effroi / moi masculine, classiquea lumière / prière féminine, classiqueb buissons / chansons masculine, classiquea voile / l'étoile féminine, classiqueb douleur / fleur masculine, classiquea morose / rose féminine, classiqueb douceur / sœur masculine, classiquea l'oses / choses féminine, classiqueb révolus / plus masculine, classiquea lyre / sourire féminine, classiqueb destin / matin masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources