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un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1843· Livre troisième Les luttes et les rêves

XXX. Magnitudo parvi

Victor Hugo· quatrains, octosyllabes et alexandrins, 813 vers

I

Le jour mourait ; j'étais‖ près des mers, sur la grève.Je tenais par la main‖ ma fille, enfant qui rêve,Jeune esprit qui se tait !La terre, s'inclinant‖ comme un vaisseau qui sombre,En tournant dans l'espace‖ allait plongeant dans l'ombre ;La pâle nuit montait.

La pâle nuit levait‖ son front dans les nuées ;Les choses s'effaçaient,‖ blêmes, diminuées,Sans forme et sans couleur ;Quand il monte de l'ombre,‖ il tombe de la cendre ;On sentait à la fois‖ la tristesse descendreEt monter la douleur.

Ceux dont les yeux pensifs‖ contemplent la natureVoyaient l'urne d'en haut,‖ vague rondeur obscure,Se pencher dans les cieux,Et verser sur les monts,‖ sur les campagnes blondes,Et sur les flots confus‖ pleins de rumeurs profondes,Le soir silencieux !

Les nuages rampaient‖ le long des promontoires ;Mon âme, où se mêlaient‖ ces ombres et ces gloires,Sentait confusémentDe tout cet océan,‖ de toute cette terre,Sortir sous l'œil de Dieu‖ je ne sais quoi d'austère,D'auguste et de charmant !

J'avais à mes côtés‖ ma fille bien-aimée.La nuit se répandait‖ ainsi qu'une fumée.Rêveur, ô Jéhovah,Je regardais en moi,‖ les paupières baissées,Cette ombre qui se fait‖ aussi dans nos penséesQuand ton soleil s'en va !

Soudain l'enfant bénie,‖ ange au regard de femme,Dont je tenais la main‖ et qui tenait mon âme,Me parla, douce voix !Et, me montrant l'eau sombre‖ et la rive âpre et brune,Et deux points lumineux‖ qui tremblaient sur la dune :— Père, dit-elle, vois,

Vois donc, là-bas, où l'ombre‖ aux flancs des coteaux rampe,Ces feux jumeaux briller‖ comme une double lampeQui remuerait au vent !Quels sont ces deux foyers‖ qu'au loin la brume voile ?— L'un est un feu de pâtre‖ et l'autre est une étoile ;Deux mondes, mon enfant !

II

Deux mondes ! — l'un est dans l'espace,Dans les ténèbres de l'azur,Dans l'étendue où tout s'efface,Radieux gouffre ! abîme obscur !Enfant, comme deux hirondelles,Oh ! si tous deux, âmes fidèles,Nous pouvions fuir à tire-d'ailes,Et plonger dans cette épaisseurD'où la création découle,Où flotte, vit, meurt, brille et rouleL'astre imperceptible à la foule,Incommensurable au penseur ;

Si nous pouvions franchir‖ ces solitudes mornes,Si nous pouvions passer‖ les bleus septentrions,Si nous pouvions atteindre‖ au fond des cieux sans bornesJusqu'à ce qu'à la fin,‖ éperdus, nous voyions,Comme un navire en mer‖ croît, monte, et semble éclore,Cette petite étoile,‖ atome de phosphore,Devenir par degrés‖ un monstre de rayons ;

S'il nous était donné de faireCe voyage démesuré,Et de voler, de sphère en sphère,A ce grand soleil ignoré ;Si, par un archange qui l'aime,L'homme aveugle, frémissant, blême,Dans les profondeurs du problème,Vivant, pouvait être introduit ;Si nous pouvions fuir notre centre,Et, forçant l'ombre où Dieu seul entre,Aller voir de près dans leur antreCes énormités de la nuit ;

Ce qui t'apparaîtrait‖ te ferait trembler, ange !Rien, pas de vision,‖ pas de songe insensé,Qui ne fût dépassé‖ par ce spectacle étrange,Monde informe, et d'un tel‖ mystère composé,Que son rayon fondrait‖ nos chairs, cire vivante,Et qu'il ne resterait‖ de nous dans l'épouvanteQu'un regard ébloui‖ sous un front hérissé !

O contemplation splendide !Oh ! de pôles, d'axes, de feux,De la matière et du fluide,Balancement prodigieux !D'aimant qui lutte, d'air qui vibre,De force esclave et d'éther libre,Vaste et magnifique équilibre !Monde rêve ! idéal réel !Lueurs ! tonnerres ! jets de soufre !Mystère qui chante et qui souffre !Formule nouvelle du gouffre !Mot nouveau du noir livre ciel !

Tu verrais ! — un soleil ;‖ autour de lui des mondes,Centres eux-même, ayant‖ des lunes autour d'eux ;Là, des fourmillements‖ de sphères vagabondes ;Là, des globes jumeaux‖ qui tournent deux à deux ;Au milieu, cette étoile,‖ effrayante, agrandie ;D'un coin de l'infini‖ formidable incendie,Rayonnement sublime‖ ou flamboiement hideux !

Regardons, puisque nous y sommes !Figure-toi ! figure-toi !Plus rien des choses que tu nommes !Un autre monde ! une autre loi !La terre a fui dans l'étendue ;Derrière nous elle est perdue !Jour nouveau ! nuit inattendue !D'autres groupes d'astres au ciel !Une nature qu'on ignore,Qui, s'ils voyaient sa fauve aurore,Ferait accourir PythagoreEt reculer Ézéchiel !

Ce qu'on prend pour un mont‖ est une hydre ; ces arbresSont des bêtes ; ces rocs‖ hurlent avec fureur ;Le feu chante ; le sang‖ coule aux veines des marbres.Ce monde est-il le vrai ?‖ le nôtre est-il l'erreur ?O possibles qui sont‖ pour nous les impossibles !Réverbérations‖ des chimères visibles !Le baiser de la vie‖ ici nous fait horreur.

Et, si nous pouvions voir les hommes,Les ébauches, les embryons,Qui sont là ce qu'ailleurs nous sommes,Comme, eux et nous, nous frémirions !Rencontre inexprimable et sombre !Nous nous regarderions dans l'ombreDe monstre à monstre, fils du nombreEt du temps qui s'évanouit ;Et, si nos langages funèbresPouvaient échanger leurs algèbres,Nous dirions : « Qu'êtes-vous, ténèbres ? »Ils diraient : « D'où venez-vous, nuit ? »

Sont-ils aussi des cœurs,‖ des cerveaux, des entrailles ?Cherchent-ils comme nous‖ le mot jamais trouvé ?Ont-ils des Spinosa‖ qui frappent aux murailles,Des Lucrèce niant‖ tout ce qu'on a rêvé,Qui, du noir infini‖ feuilletant les registres,Ont écrit : Rien, au bas‖ de ses pages sinistres ;Et, penchés sur l'abîme,‖ ont dit : « L'œil est crevé ! »

Tous ces êtres, comme nous-même,S'en vont en pâles tourbillons ;La création mêle et sèmeLeur cendre à de nouveaux sillons ;Un vient, un autre le remplace,Et passe sans laisser de trace ;Le souffle les crée et les chasse ;Le gouffre en proie aux quatre vents,Comme la mer aux vastes lames,Mêle éternellement ses flammesÀ ce sombre écroulement d'âmes,De fantômes et de vivants !

L'abîme semble fou‖ sous l'ouragan de l'être.Quelle tempête autour‖ de l'astre radieux !Tout ne doit que surgir,‖ flotter et disparaître,Jusqu'à ce que la nuit‖ ferme à son tour ses yeux ;Car, un jour, il faudra‖ que l'étoile aussi tombe ;L'étoile voit neiger‖ les âmes dans la tombe,L'âme verra neiger‖ les astres dans les cieux !

Par instants, dans le vague espace,Regarde, enfant ! tu vas la voir !Une brusque planète passe ;C'est d'abord au loin un point noir ;Plus prompte que la trombe folle,Elle vient, court, approche, vole ;À peine a lui son auréole,Que déjà, remplissant le ciel,Sa rondeur farouche commenceÀ cacher le gouffre en démence,Et semble ton couvercle immense,O puits du vertige éternel !

C'est elle ! éclair ! voilà‖ sa livide surfaceAvec tous les frissons‖ de ses océans verts !Elle apparaît, s'en va,‖ décroît, pâlit, s'efface,Et rentre, atome obscur,‖ aux cieux d'ombre couverts,Et tout s'évanouit,‖ vaste aspect, bruit sublime… —Quel est ce projectile‖ inouï de l'abîme ?O boulets monstrueux‖ qui sont des univers !

Dans un éloignement nocturne,Roule avec un râle effrayantQuelque épouvantable SaturneTournant son anneau flamboyant ;La braise en pleut comme d'un crible ;Jean de Patmos, l'esprit terrible,Vit en songe cet astre horribleEt tomba presque évanoui ;Car, rêvant sa noire épopée,Il crut, d'éclairs enveloppée,Voir fuir une roue, échappéeAu sombre char d'Adonaï !

Et, par instants encor,‖ — tout va-t-il se dissoudre ? —Parmi ces mondes, fauve,‖ accourant à grand bruit,Une comète aux crins‖ de flamme, aux yeux de foudre,Surgit, et les regarde,‖ et, blême, approche et luit ;Puis s'évade en hurlant,‖ pâle et surnaturelle,Traînant sa chevelure‖ éparse derrière elle,Comme une Canidie‖ affreuse qui s'enfuit.

Quelques-uns de ces globes meurent ;Dans le semoun et le mistralLeurs mers sanglotent, leurs flots pleurent ;Leur flanc crache un brasier central.Sphères par la neige engourdies,Ils ont d'étranges maladies,Pestes, déluges, incendies,Tremblements profonds et fréquents ;Leur propre abîme les consume ;Leur haleine flamboie et fume ;On entend de loin dans leur brumeLa toux lugubre des volcans.

Ils sont ! ils vont ! ceux-ci‖ brillants, ceux-là difformes,Tous portant des vivants‖ et des créations !Ils jettent dans l'azur‖ des cônes d'ombre énormes,Ténèbres qui des cieux‖ traversent les rayons,Où le regard, ainsi‖ que des flambeaux farouchesL'un après l'autre éteints‖ par d'invisibles bouches,Voit plonger tour à tour‖ les constellations !

Quel Zorobabel formidable,Quel Dédale vertigineux,Cieux ! a bâti dans l'insondableTout ce noir chaos lumineux ?Soleils, astres aux larges queues,Gouffres ! ô millions de lieues !Sombres architectures bleues !Quel bras a fait, créé, produitCes tours d'or que nuls yeux ne comptent,Ces firmaments qui se confrontent,Ces Babels d'étoiles qui montentDans ces Babylones de nuit ?

Qui, dans l'ombre vivante‖ et l'aube sépulcrale,Qui, dans l'horreur fatale‖ et dans l'amour profond,A tordu ta splendide‖ et sinistre spirale,Ciel, où les univers‖ se font et se défont ?Un double précipice‖ à la fois les réclame.« Immensité ! » dit l'être.‖ « Éternité ! » dit l'âme.À jamais ! le sans fin‖ roule dans le sans fond.

L'Inconnu, celui dont maint sageDans la brume obscure a douté,L'immobile et muet visage,Le voilé de l'éternité,A, pour montrer son ombre au crime,Sa flamme au juste magnanime,Jeté pêle-mêle à l'abîmeTous ses masques, noirs ou vermeils ;Dans les éthers inaccessibles,Ils flottent, cachés ou visibles ;Et ce sont ces masques terriblesQue nous appelons les soleils !

Et les peuples ont vu‖ passer dans les ténèbresCes spectres de la nuit‖ que nul ne pénétra ;Et flamines, santons,‖ brahmanes, mages, guèbres,Ont crié : Jupiter !‖ Allah ! Vishnou ! Mithra !Un jour, dans les lieux bas,‖ sur les hauteurs suprêmes,Tous ces masques hagards‖ s'effaceront d'eux-mêmes ;Alors, la face immense‖ et calme apparaîtra !

III

Enfant ! l'autre de ces deux mondes,C'est le cœur d'un homme ! — parfois,Comme une perle au fond des ondes,Dieu cache une âme au fond des bois.

Dieu cache un homme sous les chênes ;Et le sacre en d'austères lieuxAvec le silence des plaines,L'ombre des monts, l'azur des cieux !

O ma fille ! avec son mystèreLe soir envahit pas à pasL'esprit d'un prêtre involontaire,Près de ce feu qui luit là-bas !

Cet homme, dans quelque ruine,Avec la ronce et le lézard,Vit sous la brume et la bruine,Fruit tombé de l'arbre hasard !

Il est devenu presque fauve ;Son bâton est son seul appui.En le voyant, l'homme se sauve ;La bête seule vient à lui.

Il est l'être crépusculaire.On a peur de l'apercevoir ;Pâtre tant que le jour l'éclaire,Fantôme dès que vient le soir.

La faneuse dans la clairièreLe voit quand il fait, par moment,Comme une ombre hors de sa bière,Un pas hors de l'isolement.

Son vêtement dans ces décombres,C'est un sac de cendre et de deuil,Linceul troué par les clous sombresDe la misère, ce cercueil.

Le pommier lui jette ses pommes ;Il vit dans l'ombre enseveli ;C'est un pauvre homme loin des hommes,C'est un habitant de l'oubli ;

C'est un indigent sous la bure,Un vieux front de la pauvreté,Un haillon dans une masure,Un esprit dans l'immensité !

Dans la nature transparente,C'est l'œil des regards ingénus,Un penseur à l'âme ignorante,Un grave marcheur aux pieds nus !

Oui, c'est un cœur, une prunelle,C'est un souffrant, c'est un songeur,Sur qui la lueur éternelleFait trembler sa vague rougeur.

Il est là, l'âme aux cieux ravie,Et, près d'un branchage enflammé,Pense, lui-même par la vieTison à demi consumé.

Il est calme en cette ombre épaisse ;Il aura bien toujours un peuD'herbe pour que son bétail paisse,De bois pour attiser son feu.

Nos luttes, nos chocs, nos désastres,Il les ignore ; il ne veut rienQue, la nuit, le regard des astres,Le jour, le regard de son chien.

Son troupeau gît sur l'herbe unie ;Il est là, lui, pasteur, ami,Seul éveillé, comme un génieÀ côté d'un peuple endormi.

Ses brebis, d'un rien remuées,Ouvrant l'œil près du feu qui luit,Aperçoivent sous les nuéesSa forme droite dans la nuit ;

Et, bouc qui bêle, agneau qui danse,Dorment dans les bois hasardeuxSous ce grand spectre ProvidenceQu'ils sentent debout auprès d'eux.

Le pâtre songe, solitaire,Pauvre et nu, mangeant son pain bis ;Il ne connaît rien de la terreQue ce que broute la brebis.

Pourtant, il sait que l'homme souffre ;Mais il sonde l'éther profond.Toute solitude est un gouffre,Toute solitude est un mont.

Dès qu'il est debout sur ce faîte,Le ciel reprend cet étranger ;La Judée avait le prophète,La Chaldée avait le berger.

Ils tâtaient le ciel l'un et l'autre ;Et, plus tard, sous le feu divin,Du prophète naquit l'apôtre,Du pâtre naquit le devin.

La foule raillait leur démence ;Et l'homme dut, aux jours passés,À ces ignorants la science,La sagesse à ces insensés.

La nuit voyait, témoin austère,Se rencontrer sur les hauteurs,Face à face dans le mystère,Les prophètes et les pasteurs.

— Où marchez-vous, tremblants prophètes ?— Où courez-vous, pâtres troublés ?Ainsi parlaient ces sombres têtes,Et l'ombre leur criait : Allez !

Aujourd'hui, l'on ne sait plus mêmeQui monta le plus de degrésDes Zoroastres au front blêmeOu des Abrahams effarés.

Et, quand nos yeux, qui les admirent,Veulent mesurer leur chemin,Et savoir quels sont ceux qui mirentLe plus de jour dans l'œil humain,

Du noir passé perçant les voiles,Notre esprit flotte sans reposEntre tous ces compteurs d'étoilesEt tous ces compteurs de troupeaux.

Dans nos temps, où l'aube enfin doreLes bords du terrestre ravin,Le rêve humain s'approche encorePlus près de l'idéal divin.

L'homme que la brume enveloppe,Dans le ciel que Jésus ouvrit,Comme à travers un télescopeRegarde à travers son esprit.

L'âme humaine, après le Calvaire,À plus d'ampleur et de rayon ;Le grossissement de ce verreGrandit encor la vision.

La solitude vénérableMène aujourd'hui l'homme sacréPlus avant dans l'impénétrable,Plus loin dans le démesuré.

Oui, si dans l'homme, que le nombreEt le temps trompent tour à tour,La foule dégorge de l'ombre,La solitude fait le jour.

Le désert au ciel nous convie.O seuil de l'azur ! l'homme seul,Vivant qui voit hors de la vie,Lève d'avance son linceul.

Il parle aux voix que Dieu fit taire,Mêlant sur son front pastoralAux lueurs troubles de la terreLe serein rayon sépulcral.

Dans le désert, l'esprit qui penseSubit par degrés sous les cieuxLa dilatation immenseDe l'infini mystérieux.

Il plonge au fond. Calme, il savoureLe réel, le vrai, l'élément.Toute la grandeur qui l'entoureLe pénètre confusément.

Sans qu'il s'en doute, il va, se dompte,Marche, et, grandissant en raison,Croît comme l'herbe aux champs, et monteComme l'aurore à l'horizon.

Il voit, il adore, il s'effare ;Il entend le clairon du ciel,Et l'universelle fanfareDans le silence universel.

Avec ses fleurs au pur calice,Avec sa mer pleine de deuil,Qui donne un baiser de compliceÀ l'âpre bouche de l'écueil,

Avec sa plaine, vaste bible,Son mont noir, son brouillard fuyant,Regards du visage invisible,Syllabes du mot flamboyant ;

Avec sa paix, avec son trouble,Son bois voilé, son rocher nu,Avec son écho qui redoubleToutes les voix de l'inconnu,

La solitude éclaire, enflamme,Attire l'homme aux grands aimants,Et lentement compose une âmeDe tous les éblouissements !

L'homme en son sein palpite et vibre,Ouvrant son aile, ouvrant ses yeux,Étrange oiseau d'autant plus libreQue le mystère le tient mieux.

Il sent croître en lui, d'heure en heure,L'humble foi, l'amour recueilli,Et la mémoire antérieureQui le remplit d'un vaste oubli.

Il a des soifs inassouvies ;Dans son passé vertigineux,Il sent revivre d'autres vies ;De son âme il compte les nœuds.

Il cherche au fond des sombres dômesSous quelles formes il a lui ;Il entend ses propres fantômesQui lui parlent derrière lui.

Il sent que l'humaine aventureN'est rien qu'une apparition ;Il se dit : — Chaque créatureEst toute la création.

Il se dit : — Mourir, c'est connaître ;Nous cherchons l'issue à tâtons.J'étais, je suis, et je dois être.L'ombre est une échelle. Montons. —

Il se dit : — Le vrai, c'est le centre.Le reste est apparence ou bruit.Cherchons le lion, et non l'antre ;Allons où l'œil fixe reluit. —

Il sent plus que l'homme en lui naître ;Il sent, jusque dans ses sommeils,Lueur à lueur, dans son être,L'infiltration des soleils.

Ils cessent d'être son problème ;Un astre est un voile. Il veut mieux ;Il reçoit de leur rayon mêmeLe regard qui va plus loin qu'eux.

Pendant que, nous, hommes des villes,Nous croyons prendre un vaste essorLorsqu'entre en nos prunelles vilesLe spectre d'une étoile d'or ;

Que, savants dont la vue est basse,Nous nous ruons et nous brûlonsDans le premier astre qui passe,Comme aux lampes les papillons,

Et qu'oubliant le nécessaire,Nous contentant de l'incomplet,Croyant éclairés, ô misère !Ceux qu'éclaire le feu follet,

Prenant pour l'être et pour l'essenceLes fantômes du ciel profond,Voulant nous faire une scienceAvec des formes qui s'en vont,

Ne comprenant, pour nous distraireDe la terre, où l'homme est damné,Qu'un autre monde, sombre frèreDe notre globe infortuné,

Comme l'oiseau né dans la cage,Qui, s'il fuit, n'a qu'un vol étroit,Ne sait pas trouver le bocage,Et va d'un toit à l'autre toit ;

Chercheurs que le néant captive,Qui, dans l'ombre, avons en passantLa curiosité chétiveDu ciron pour le ver luisant,

Poussière admirant la poussière,Nous poursuivons obstinément,Grains de cendre, un grain de lumièreEn fuite dans le firmament !

Pendant que notre âme humble et lasseS'arrête au seuil du ciel béni,Et va becqueter dans l'espaceUne miette de l'infini,

Lui, ce berger, ce passant frêle,Ce pauvre gardeur de bétailQue la cathédrale éternelleAbrite sous son noir portail,

Cet homme qui ne sait pas lire,Cet hôte des arbres mouvants,Qui ne connaît pas d'autre lyreQue les grands bois et les grands vents,

Lui, dont l'âme semble étouffée,Il s'envole, et, touchant le but,Boit avec la coupe d'OrphéeÀ la source où Moïse but !

Lui, ce pâtre, en sa Thébaïde,Cet ignorant, cet indigent,Sans docteur, sans maître, sans guide,Fouillant, scrutant, interrogeant

De sa roche où la paix séjourne,Les cieux noirs, les bleus horizons,Double ornière où sans cesse tourneLa roue énorme des saisons ;

Seul, quand mai vide sa corbeille,Quand octobre emplit son panier ;Seul, quand l'hiver à notre oreilleVient siffler, gronder, et nier ;

Quand sur notre terre, où se joueLe blanc flocon flottant sans bruit,La mort, spectre vierge, secoue,Ses ailes pâles dans la nuit ;

Quand, nous glaçant jusqu'aux vertèbres,Nous jetant la neige en rêvant,Ce sombre cygne des ténèbresLaisse tomber sa plume au vent ;

Quand la mer tourmente la barque ;Quand la plaine est là, ressemblantÀ la morte dont un drap marqueL'obscur profil sinistre et blanc ;

Seul sur cet âpre monticule,À l'heure où, sous le ciel dormant,Les méduses du crépusculeMontrent leur face vaguement ;

Seul la nuit, quand dorment ses chèvres,Quand la terre et l'immensitéSe referment comme deux lèvresAprès que le psaume est chanté ;

Seul, quand renaît le jour sonore,À l'heure où sur le mont lointainFlamboie et frissonne l'aurore,Crête rouge du coq matin ;

Seul, toujours seul, l'été, l'automne ;Front sans remords et sans effroiÀ qui le nuage qui tonneDit tout bas : Ce n'est pas pour toi !

Oubliant dans ces grandes chosesLes trous de ses pauvres habits,Comparant la douceur des rosesÀ la douceur de la brebis,

Sondant l'être, la loi fatale ;L'amour, la mort, la fleur, le fruit ;Voyant l'auréole idéaleSortir de toute cette nuit,

Il sent, faisant passer le mondePar sa pensée à chaque instant,Dans cette obscurité profondeSon œil devenir éclatant ;

Et, dépassant la créature,Montant toujours, toujours accru,Il regarde tant la nature,Que la nature a disparu !

Car, des effets allant aux causes,L'œil perce et franchit le miroir,Enfant ; et contempler les choses,C'est finir par ne plus les voir.

La matière tombe détruiteDevant l'esprit aux yeux de lynx ;Voir, c'est rejeter ; la poursuiteDe l'énigme est l'oubli du sphynx.

Il ne voit plus le ver qui rampe,La feuille morte émue au vent,Le pré, la source où l'oiseau trempeSon petit pied rose en buvant ;

Ni l'araignée, hydre étoilée,Au centre du mal se tenant,Ni l'abeille, lumière ailée,Ni la fleur, parfum rayonnant ;

Ni l'arbre où sur l'écorce dureL'amant grave un chiffre d'un jour,Que les ans font croître à mesureQu'ils font décroître son amour.

Il ne voit plus la vigne mûre,La ville, large toit fumant,Ni la campagne, ce murmure,Ni la mer, ce rugissement ;

Ni l'aube dorant les prairies,Ni le couchant aux longs rayons,Ni tous ces tas de pierreriesQu'on nomme constellations,

Que l'éther de son ombre couvre,Et qu'entrevoit notre œil terniQuand la nuit curieuse entr'ouvreLe sombre écrin de l'infini ;

Il ne voit plus Saturne pâle,Mars écarlate, Arcturus bleu,Sirius, couronne d'opale,Aldebaran, turban de feu ;

Ni les mondes, esquifs sans voiles,Ni, dans le grand ciel sans milieu,Toute cette cendre d'étoiles ;Il voit l'astre unique ; il voit Dieu !

Il le regarde, il le contemple ;Vision que rien n'interrompt !Il devient tombe, il devient temple,Le mystère flambe à son front.

Œil serein dans l'ombre ondoyante,Il a conquis, il a compris,Il aime ; il est l'âme voyanteParmi nos ténébreux esprits.

Il marche, heureux et plein d'aurore,De plain-pied avec l'élément ;Il croit, il accepte. Il ignoreLe doute, notre escarpement ;

Le doute, qu'entourent les vides,Bord que nul ne peut enjamber,Où nous nous arrêtons stupides,Disant : Avancer, c'est tomber !

Le doute, roche où nos penséesErrent loin du pré qui fleurit,Où vont et viennent, dispersées,Toutes ces chèvres de l'esprit !

Quand Hobbes dit : « Quelle est la base ? »Quand Locke dit : « Quelle est la loi ? »Que font à sa splendide extaseCes dialogues de l'effroi ?

Qu'importe à cet anachorèteDe la caverne Vérité,L'homme qui dans l'homme s'arrête,La nuit qui croit à sa clarté ?

Que lui fait la philosophie,Calcul, algèbre, orgueil puni,Que sur les cimes pétrifieL'effarement de l'infini !

Lueurs que couvre la fumée !Sciences disant : Que sait-on ?Qui, de l'aveugle Ptolémée,Montent au myope Newton !

Que lui font les choses bornées,Grands, petits, couronnes, carcans ?L'ombre qui sort des cheminéesVaut l'ombre qui sort des volcans.

Que lui font la larve et la cendre,Et, dans les tourbillons mouvants,Toutes les formes que peut prendreL'obscur nuage des vivants ?

Que lui fait l'assurance tristeDes créatures dans leurs nuits ?La terre s'écriant : J'existe !Le soleil répliquant : Je suis !

Quand le spectre, dans le mystère,S'affirme à l'apparition,Qu'importe à cet œil solitaireQui s'éblouit du seul rayon ?

Que lui fait l'astre, autel et prêtreDe sa propre religion,Qui dit : Rien hors de moi ! — quand l'êtreSe nomme Gouffre et Légion !

Que lui font, sur son sacré faîte,Les démentis audacieuxQue donne aux soleils la comète,Cette hérésiarque des cieux ?

Que lui fait le temps, cette brume ?L'espace, cette illusion ?Que lui fait l'éternelle écumeDe l'océan Création ?

Il boit, hors de l'inabordable,Du surhumain, du sidéral,Les délices du formidable,L'âpre ivresse de l'idéal ;

Son être, dont rien ne surnage,S'engloutit dans le gouffre bleu ;Il fait ce sublime naufrage ;Et, murmurant sans cesse : — Dieu, —

Parmi les feuillages farouches,Il songe, l'âme et l'œil là-haut,À l'imbécillité des bouchesQui prononcent un autre mot !

Il le voit, ce soleil unique,Fécondant, travaillant, créant,Par le rayon qu'il communiqueÉgalant l'atome au géant,

Semant de feux, de souffles, d'ondes,Les tourbillons d'obscurité,Emplissant d'étincelles mondesL'épouvantable immensité ;

Remuant, dans l'ombre et les brumes,De sombres forces dans les cieuxQui font comme des bruits d'enclumesSous des marteaux mystérieux,

Doux pour le nid du rouge-gorge,Terrible aux satans qu'il détruit ;Et, comme aux lueurs d'une forge,Un mur s'éclaire dans la nuit,

On distingue en l'ombre où nous sommes,On reconnaît dans ce bas lieu,À sa clarté parmi les hommes,L'âme qui réverbère Dieu !

Et ce pâtre devient auguste ;Jusqu'à l'auréole monté,Étant le sage, il est le juste ;O ma fille, cette clarté

Sœur du grand flambeau des génies,Faite de tous les rayons pursEt de toutes les harmoniesQui flottent dans tous les azurs,

Plus belle dans une chaumière,Éclairant hier par demain,Cette éblouissante lumière,Cette blancheur du cœur humain

S'appelle en ce monde, où l'honnêteEt le vrai des vents est battu,Innocence avant la tempête,Après la tempête vertu !

Voilà donc ce que fait‖ la solitude à l'homme ;Elle lui montre Dieu,‖ le dévoile et le nomme ;Sacre l'obscurité,Pénètre de splendeur‖ le pâtre qui s'y plonge,Et, dans les profondeurs‖ de son immense songe.T'allume, ô vérité !

Elle emplit l'ignorant‖ de la science énorme ;Ce que le cèdre voit,‖ ce que devine l'orme,Ce que le chêne sent,Dieu, l'être, l'infini,‖ l'éternité, l'abîme,Dans l'ombre elle le mêle‖ à la candeur sublimeD'un pâtre frémissant.

L'homme n'est qu'une lampe,‖ elle en fait une étoile.Et ce pâtre devient,‖ sous son haillon de toile,Un mage ; et, par moments,Aux fleurs, parfums du temple,‖ aux arbres, noirs pilastres,Apparaît couronné‖ d'une tiare d'astres,Vêtu de flamboiements !

Il ne se doute pas‖ de cette grandeur sombre :Assis près de son feu‖ que la broussaille encombre,Devant l'être béant,Humble, il pense ; et, chétif,‖ sans orgueil, sans envie,Il se courbe, et sent mieux,‖ près du gouffre de vie,Son gouffre de néant.

Quand il sort de son rêve,‖ il revoit la nature.Il parle à la nuée,‖ errant à l'aventure,Dans l'azur émigrant ;Il dit : « Que ton encens‖ est chaste, ô clématite ! »Il dit au doux oiseau :‖ « Que ton aile est petite,« Mais que ton vol est grand ! »

Le soir, quand il voit l'homme‖ aller vers les villages,Glaneuses, bûcherons‖ qui traînent des feuillages,Et les pauvres chevauxQue le laboureur bat‖ et fouette avec colère,Sans songer que le vent‖ va le rendre à son frèreLe marin sur les flots ;

Quand il voit les forçats‖ passer, portant leur charge,Les soldats, les pêcheurs‖ pris par la nuit, au large,Et hâtant leur retour,Il leur envoie à tous,‖ du haut du mont nocturne,La bénédiction‖ qu'il a puisée à l'urneDe l'insondable amour !

Et, tandis qu'il est là,‖ vivant sur sa colline,Content, se prosternant‖ dans tout ce qui s'incline,Doux rêveur bienfaisant,Emplissant le vallon,‖ le champ, le toit de mousse,Et l'herbe et le rocher‖ de la majesté douceDe son cœur innocent,

S'il passe par hasard,‖ près de sa paix féconde,Un de ces grands esprits‖ en butte aux flots du mondeRévolté devant eux,Qui craignent à la fois,‖ sur ces vagues funèbres,La terre de granit‖ et le ciel de ténèbres,L'homme ingrat, Dieu douteux ;

Peut-être, à son insu,‖ que ce pasteur paisible,Et dont l'obscurité‖ rend la lueur visible,Homme heureux sans effort,Entrevu par cette âme‖ en proie au choc de l'onde,Va lui jeter soudain‖ quelque clarté profondeQui lui montre le port !

Ainsi ce feu peut-être,‖ aux flancs du rocher sombre,Là-bas est aperçu‖ par quelque nef qui sombreEntre le ciel et l'eau ;Humble, il la guide au loin‖ de son reflet rougeâtre,Et du même rayon‖ dont il réchauffe un pâtre,Il sauve un grand vaisseau !

IV

Et je repris, montrant‖ à l'enfant adoréeL'obscur feu du pasteur‖ et l'étoile sacrée :

De ces deux feux, perçant‖ le soir qui s'assombrit,L'un révèle un soleil,‖ l'autre annonce un esprit.C'est l'infini que notre œil sonde ;Mesurons tout à Dieu,‖ qui seul crée et conçoit !C'est l'astre qui le prouve‖ et l'esprit qui le voit ;Une âme est plus grande qu'un monde.

Enfant, ce feu de pâtre‖ à cette âme mêlé,Et cet astre, splendeur‖ du plafond constelléQue l'éclair et la foudre gardent,Ces deux phares du gouffre‖ où l'être flotte et fuit,Ces deux clartés du deuil,‖ ces deux yeux de la nuit,Dans l'immensité se regardent.

Ils se connaissent ; l'astre‖ envoie au feu des boisToute l'énormité‖ de l'abîme à la fois,Les baisers de l'azur superbe,Et l'éblouissement‖ des visions d'Endor ;Et le doux feu de pâtre‖ envoie à l'astre d'orLe frémissement du brin d'herbe.

Le feu de pâtre dit :‖ — La mère pleure, hélas !L'enfant a froid, le père‖ a faim, l'aïeul est las ;Tout est noir ; la montée est rude ;Le pas tremble, éclairé‖ par un tremblant flambeau ;L'homme au berceau chancelle‖ et trébuche au tombeau.L'étoile répond : — Certitude !

De chacun d'eux s'envole‖ un rayon fraternel,L'un plein d'humanité,‖ l'autre rempli de ciel ;Dieu les prend, et joint leur lumière,Et sa main, sous qui l'âme,‖ aigle de flamme, éclôt,Fait du rayon d'en bas‖ et du rayon d'en hautLes deux ailes de la prière.

Ingouville, août 1839.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
23(aabccb) 11(ababcccdeeed) 11(ababccb) 116(abab) 1(aa)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (606 de 8, 171 de 12, 36 de 6)· profil 6, 8, 6+6
Strophes
116 quatrains, 23 sizains, 11 douzains, 11 septains, 1 distique
Mots à la rime
a grève / rêve féminine, classiqueb tait / montait masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiquea nuées / diminuées féminine, classiqueb couleur / douleur masculine, classiquec cendre / descendre féminine, classiquea nature / obscure féminine, classiqueb cieux / silencieux masculine, classiquec blondes / profondes féminine, classiquea promontoires / gloires féminine, classiqueb confusément / charmant masculine, classiquec terre / d'austère féminine, classiquea bien-aimée / fumée féminine, classiqueb Jéhovah / va masculine, non classiquec baissées / pensées féminine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb voix / vois masculine, classiquec brune / dune féminine, classiquea rampe / lampe féminine, classiqueb vent / enfant masculine, classiquec voile / étoile féminine, classiquea l'espace / s'efface féminine, classiqueb l'azur / obscur masculine, classiquec hirondelles / fidèles / tire-d'ailes féminine, classiqued épaisseur / penseur masculine, classiquee découle / roule / foule féminine, classiquea mornes / bornes féminine, classiqueb septentrions / voyions / rayons masculine, classiquec éclore / phosphore féminine, classiquea faire / sphère féminine, classiqueb démesuré / ignoré masculine, classiquec l'aime / blême / problème féminine, classiqued introduit / nuit masculine, classiquee centre / entre / antre féminine, classiquea ange / étrange féminine, classiqueb insensé / composé / hérissé masculine, classiquec vivante / l'épouvante féminine, classiquea splendide / fluide féminine, classiqueb feux / prodigieux masculine, classiquec vibre / libre / équilibre féminine, classiqued réel / ciel masculine, classiquee soufre / souffre / gouffre féminine, classiquea mondes / vagabondes féminine, classiqueb d'eux / deux / hideux masculine, classiquec agrandie / incendie féminine, classiquea sommes / nommes féminine, classiqueb figure-toi / loi masculine, classiquec l'étendue / perdue / inattendue féminine, classiqued ciel / Ézéchiel masculine, classiquee ignore / aurore / Pythagore féminine, classiquea arbres / marbres féminine, classiqueb fureur / l'erreur / horreur masculine, classiquec impossibles / visibles féminine, classiquea hommes / sommes féminine, classiqueb embryons / frémirions masculine, classiquec sombre / l'ombre / nombre féminine, classiqued s'évanouit / nuit masculine, classiquee funèbres / algèbres / ténèbres féminine, classiquea entrailles / murailles féminine, classiqueb trouvé / rêvé / crevé masculine, classiquec registres / sinistres féminine, classiquea nous-même / sème féminine, classiqueb tourbillons / sillons masculine, classiquec remplace / trace / chasse féminine, classiqued vents / vivants masculine, classiquee lames / flammes / d'âmes féminine, classiquea l'être / disparaître féminine, classiqueb radieux / yeux / cieux masculine, classiquec tombe féminine, classiquea espace / passe féminine, classiqueb voir / noir masculine, classiquec folle / vole / auréole féminine, classiqued ciel / éternel masculine, classiquee commence / démence / immense féminine, classiquea surface / s'efface féminine, classiqueb verts / couverts / univers masculine, classiquec sublime / l'abîme féminine, classiquea nocturne / Saturne féminine, classiqueb effrayant / flamboyant masculine, classiquec crible / terrible / horrible féminine, classiqued évanoui / d'Adonaï masculine, classiquee épopée / enveloppée / échappée féminine, classiquea dissoudre / foudre féminine, classiqueb bruit / luit / s'enfuit masculine, classiquec surnaturelle / elle féminine, classiquea meurent / pleurent féminine, classiqueb mistral / central masculine, classiquec engourdies / maladies / incendies féminine, classiqued fréquents / volcans masculine, classiquee consume / fume / brume féminine, classiquea difformes / énormes féminine, classiqueb créations / rayons / constellations masculine, classiquec farouches / bouches féminine, classiquea formidable / l'insondable féminine, classiqueb vertigineux / lumineux masculine, classiquec queues / lieues / bleues féminine, classiqued produit / nuit masculine, classiquee comptent / confrontent / montent féminine, classiquea sépulcrale / spirale féminine, classiqueb profond / défont / fond masculine, classiquec réclame / l'âme féminine, classiquea sage / visage féminine, classiqueb douté / l'éternité masculine, classiquec crime / magnanime / l'abîme féminine, classiqued vermeils / soleils masculine, classiquee inaccessibles / visibles / terribles féminine, classiquea ténèbres / guèbres féminine, classiqueb pénétra / Mithra / apparaîtra masculine, classiquec suprêmes / d'eux-mêmes féminine, classiquea mondes / ondes féminine, classiqueb parfois / bois masculine, classiquea chênes / plaines féminine, classiqueb lieux / cieux masculine, classiquea mystère / involontaire féminine, classiqueb pas / là-bas masculine, classiquea ruine / bruine féminine, classiqueb lézard / hasard masculine, classiquea fauve / sauve féminine, classiqueb appui / lui masculine, classiquea crépusculaire / l'éclaire féminine, classiqueb l'apercevoir / soir masculine, classiquea clairière / bière féminine, classiqueb moment / l'isolement masculine, classiquea décombres / sombres féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquea pommes / hommes féminine, classiqueb enseveli / l'oubli masculine, classiquea bure / masure féminine, classiqueb pauvreté / l'immensité masculine, classiquea transparente / ignorante féminine, classiqueb ingénus / nus masculine, classiquea prunelle / éternelle féminine, classiqueb songeur / rougeur masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb enflammé / consumé masculine, classiquea épaisse / paisse féminine, classiqueb peu / feu masculine, classiquea désastres / astres féminine, classiqueb rien / chien masculine, classiquea unie / génie féminine, classiqueb ami / endormi masculine, classiquea remuées / nuées féminine, classiqueb luit / nuit masculine, classiquea danse / Providence féminine, classiqueb hasardeux / d'eux masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb bis / brebis masculine, classiquea souffre / gouffre féminine, classiqueb profond / mont masculine, classiquea faîte / prophète féminine, classiqueb étranger / berger masculine, classiquea l'autre / l'apôtre féminine, classiqueb divin / devin masculine, classiquea démence / science féminine, classiqueb passés / insensés masculine, classiquea austère / mystère féminine, classiqueb hauteurs / pasteurs masculine, classiquea prophètes / têtes féminine, classiqueb troublés / Allez masculine, classiquea même / blême féminine, classiqueb degrés / effarés masculine, classiquea admirent / mirent féminine, classiqueb chemin / humain masculine, classiquea voiles / d'étoiles féminine, classiqueb repos / troupeaux masculine, classiquea dore / encore féminine, classiqueb ravin / divin masculine, classiquea enveloppe / télescope féminine, classiqueb ouvrit / esprit masculine, classiquea Calvaire / verre féminine, classiqueb rayon / vision masculine, classiquea vénérable / l'impénétrable féminine, classiqueb sacré / démesuré masculine, classiquea nombre / l'ombre féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea convie / vie féminine, classiqueb seul / linceul masculine, classiquea taire / terre féminine, classiqueb pastoral / sépulcral masculine, classiquea pense / immense féminine, classiqueb cieux / mystérieux masculine, classiquea savoure / l'entoure féminine, classiqueb l'élément / confusément masculine, classiquea dompte / monte féminine, classiqueb raison / l'horizon masculine, classiquea s'effare / fanfare féminine, classiqueb ciel / universel masculine, classiquea calice / complice féminine, classiqueb deuil / l'écueil masculine, classiquea bible / invisible féminine, classiqueb fuyant / flamboyant masculine, classiquea trouble / redouble féminine, classiqueb nu / l'inconnu masculine, classiquea enflamme / âme féminine, classiqueb aimants / éblouissements masculine, classiquea vibre / libre féminine, classiqueb yeux / mieux masculine, classiquea heure / antérieure féminine, classiqueb recueilli / oubli masculine, classiquea inassouvies / vies féminine, classiqueb vertigineux / nœuds masculine, classiquea dômes / fantômes féminine, classiqueb lui masculine, classiquea aventure / créature féminine, classiqueb apparition / création masculine, classiquea connaître / être féminine, classiqueb tâtons / Montons masculine, classiquea centre / l'antre féminine, classiqueb bruit / reluit masculine, classiquea naître / être féminine, classiqueb sommeils / soleils masculine, classiquea problème / même féminine, classiqueb mieux / qu'eux masculine, classiquea villes / viles féminine, classiqueb essor / d'or masculine, classiquea basse / passe féminine, classiqueb brûlons / papillons masculine, classiquea nécessaire / misère féminine, classiqueb l'incomplet / follet masculine, classiquea l'essence / science féminine, classiqueb profond / vont masculine, classiquea distraire / frère féminine, classiqueb damné / infortuné masculine, classiquea cage / bocage féminine, classiqueb étroit / toit masculine, classiquea captive / chétive féminine, classiqueb passant / luisant masculine, classiquea poussière / lumière féminine, classiqueb obstinément / firmament masculine, classiquea lasse / l'espace féminine, classiqueb béni / l'infini masculine, classiquea frêle / éternelle féminine, classiqueb bétail / portail masculine, classiquea lire / lyre féminine, classiqueb mouvants / vents masculine, classiquea étouffée / d'Orphée féminine, classiqueb but masculine, classiquea Thébaïde / guide féminine, classiqueb indigent / interrogeant masculine, classiquea séjourne / tourne féminine, classiqueb horizons / saisons masculine, classiquea corbeille / oreille féminine, classiqueb panier / nier masculine, classiquea joue / secoue féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea vertèbres / ténèbres féminine, classiqueb rêvant / vent masculine, classiquea barque / marque féminine, classiqueb ressemblant / blanc masculine, classiquea monticule / crépuscule féminine, classiqueb dormant / vaguement masculine, classiquea chèvres / lèvres féminine, classiqueb l'immensité / chanté masculine, classiquea sonore / l'aurore féminine, classiqueb lointain / matin masculine, classiquea l'automne / tonne féminine, classiqueb effroi / toi masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb habits / brebis masculine, classiquea fatale / idéale féminine, classiqueb fruit / nuit masculine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb instant / éclatant masculine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb accru / disparu masculine, classiquea causes / choses féminine, classiqueb miroir / voir masculine, classiquea détruite / poursuite féminine, classiqueb lynx / sphynx masculine, classiquea rampe / trempe féminine, classiqueb vent / buvant masculine, classiquea étoilée / ailée féminine, classiqueb tenant / rayonnant masculine, classiquea dure / mesure féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea mûre / murmure féminine, classiqueb fumant / rugissement masculine, classiquea prairies / pierreries féminine, classiqueb rayons / constellations masculine, classiquea couvre / entr'ouvre féminine, classiqueb terni / l'infini masculine, classiquea pâle / d'opale féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiqueb milieu / Dieu masculine, classiquea contemple / temple féminine, classiqueb n'interrompt / front masculine, classiquea ondoyante / voyante féminine, classiqueb compris / esprits masculine, classiquea d'aurore / ignore féminine, classiqueb l'élément / escarpement masculine, classiquea vides / stupides féminine, classiqueb enjamber / tomber masculine, classiquea pensées / dispersées féminine, classiqueb fleurit / l'esprit masculine, classiquea base / extase féminine, classiqueb loi / l'effroi masculine, classiquea anachorète / s'arrête féminine, classiqueb Vérité / clarté masculine, classiquea philosophie / pétrifie féminine, classiqueb puni / l'infini masculine, classiquea fumée / Ptolémée féminine, classiqueb sait-on / Newton masculine, classiquea bornées / cheminées féminine, classiqueb carcans / volcans masculine, classiquea cendre / prendre féminine, classiqueb mouvants / vivants masculine, classiquea triste / J'existe féminine, classiqueb nuits / suis masculine, classiquea mystère / solitaire féminine, classiqueb l'apparition / rayon masculine, classiquea prêtre / l'être féminine, classiqueb religion / Légion masculine, classiquea faîte / comète féminine, classiqueb audacieux / cieux masculine, classiquea brume / écume féminine, classiqueb illusion / Création masculine, classiquea l'inabordable / formidable féminine, classiqueb sidéral / l'idéal masculine, classiquea surnage / naufrage féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiqueb là-haut / mot masculine, classiquea unique / communique féminine, classiqueb créant / géant masculine, classiquea d'ondes / mondes féminine, classiqueb d'obscurité / immensité masculine, classiquea brumes / d'enclumes féminine, classiquea rouge-gorge / forge féminine, classiqueb détruit / nuit masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquea auguste / juste féminine, classiqueb monté / clarté masculine, classiquea génies / harmonies féminine, classiqueb purs / azurs masculine, classiquea chaumière / lumière féminine, classiqueb demain / humain masculine, classiquea l'honnête / tempête féminine, classiqueb battu / vertu masculine, classiquea l'homme / nomme féminine, classiqueb l'obscurité / vérité masculine, classiquec plonge / songe féminine, classiquea énorme / l'orme féminine, classiqueb sent / frémissant masculine, classiquec l'abîme / sublime féminine, classiquea étoile / toile féminine, classiqueb moments / flamboiements masculine, classiquec pilastres / d'astres féminine, classiquea sombre / encombre féminine, classiqueb béant / néant masculine, classiquec envie / vie féminine, classiquea nature / l'aventure féminine, classiqueb émigrant / grand masculine, classiquec clématite / petite féminine, classiquea villages / feuillages féminine, classiqueb chevaux / flots masculine, classiquec colère / frère féminine, classiquea charge / large féminine, classiqueb retour / amour masculine, classiquec nocturne / l'urne féminine, classiquea colline / s'incline féminine, classiqueb bienfaisant / innocent masculine, classiquec mousse / douce féminine, classiquea féconde / monde féminine, classiqueb eux / douteux masculine, classiquec funèbres / ténèbres féminine, classiquea paisible / visible féminine, classiqueb effort / port masculine, classiquec l'onde / profonde féminine, classiquea sombre féminine, classiqueb l'eau / vaisseau masculine, classiquec rougeâtre / pâtre féminine, classiquea adorée / sacrée féminine, classiquea s'assombrit / esprit masculine, classiqueb sonde / monde féminine, classiquec conçoit / voit masculine, classiquea mêlé / constellé masculine, classiqueb gardent / regardent féminine, classiquec fuit / nuit masculine, classiquea bois / fois masculine, classiqueb superbe / d'herbe féminine, classiquec d'Endor / d'or masculine, classiquea hélas / las masculine, classiqueb rude / Certitude féminine, classiquec flambeau / tombeau masculine, classiquea fraternel / ciel masculine, classiqueb lumière / prière féminine, classiquec éclôt / haut masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

813 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources