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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les feuilles d’automne, 1831

XXIII. « Oh ! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage »

Victor Hugo· 9 sizains, alexandrins, 54 vers

Quien no ama, no vive.

Oh ! qui que vous soyez,‖ jeune ou vieux, riche ou sage,Si jamais vous n'avez‖ épié le passage,Le soir, d'un pas léger,‖ d'un pas mélodieux,D'un voile blanc qui glisse‖ et fuit dans les ténèbres,Et, comme un météore‖ au sein des nuits funèbres,Vous laisse dans le cœur‖ un sillon radieux ;

Si vous ne connaissez‖ que pour l'entendre direAu poète amoureux‖ qui chante et qui soupire,Ce suprême bonheur‖ qui fait nos jours dorés,De posséder un cœur‖ sans réserve et sans voiles,De n'avoir pour flambeaux,‖ de n'avoir pour étoiles,De n'avoir pour soleils‖ que deux yeux adorés ;

Si vous n'avez jamais‖ attendu, morne et sombre,Sous les vitres d'un bal‖ qui rayonne dans l'ombre,L'heure où pour le départ‖ les portes s'ouvriront,Pour voir votre beauté,‖ comme un éclair qui brille,Rose avec des yeux bleus‖ et toute jeune fille,Passer dans la lumière‖ avec des fleurs au front ;

Si vous n'avez jamais‖ senti la frénésieDe voir la main qu'on veut‖ par d'autres mains choisie,De voir le cœur aimé‖ battre sur d'autres cœurs ;Si vous n'avez jamais‖ vu d'un œil de colèreLa valse impure, au vol‖ lascif et circulaire,Effeuiller en courant‖ les femmes et les fleurs ;

Si jamais vous n'avez‖ descendu les collines,Le cœur tout débordant‖ d'émotions divines ;Si jamais vous n'avez,‖ le soir, sous les tilleuls,Tandis qu'au ciel luisaient‖ des étoiles sans nombre,Aspiré, couple heureux,‖ la volupté de l'ombre,Cachés, et vous parlant‖ tout bas, quoique tout seuls ;

Si jamais une main‖ n'a fait trembler la vôtre ;Si jamais ce seul mot‖ qu'on dit l'un après l'autre,JE T'AIME ! n'a rempli‖ votre âme tout un jour ;Si jamais vous n'avez‖ pris en pitié les trônesEn songeant qu'on cherchait‖ les sceptres, les couronnes,Et la gloire, et l'empire,‖ et qu'on avait l'amour !

La nuit, quand la veilleuse‖ agonise dans l'urne,Quand Paris, enfoui‖ sous la brume nocturneAvec la tour saxonne‖ et l'église des Goths,Laisse sans les compter‖ passer les heures noiresQui, douze fois, semant‖ les rêves illusoires,S'envolent des clochers‖ par groupes inégaux ;

Si jamais vous n'avez,‖ à l'heure où tout sommeille,Tandis qu'elle dormait,‖ oublieuse et vermeille,Pleuré comme un enfant‖ à force de souffrir,Crié cent fois son nom‖ du soir jusqu'à l'aurore,Et cru qu'elle viendrait‖ en l'appelant encore,Et maudit votre mère,‖ et désiré mourir ;

Si jamais vous n'avez‖ senti que d'une femmeLe regard dans votre âme‖ allumait une autre âme,Que vous étiez charmé,‖ qu'un ciel s'était ouvert,Et que pour cette enfant,‖ qui de vos pleurs se joue,Il vous serait bien doux,‖ d'expirer sur la roue ;…Vous n'avez point aimé,‖ vous n'avez point souffert !

Novembre 1831.

Versification

Forme
9 sizains (sizains)
Rimes
9(aabccb)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
9 sizains
Mots à la rime
a sage / passage féminine, classiqueb mélodieux / radieux masculine, classiquec ténèbres / funèbres féminine, classiquea dire / soupire féminine, classiqueb dorés / adorés masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb s'ouvriront / front masculine, classiquec brille / fille féminine, classiquea frénésie / choisie féminine, classiqueb cœurs / fleurs masculine, classiquec colère / circulaire féminine, classiquea collines / divines féminine, classiqueb tilleuls / seuls masculine, classiquec nombre / l'ombre féminine, classiquea vôtre / l'autre féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquec trônes / couronnes féminine, classiquea l'urne / nocturne féminine, équivalenteb Goths / inégaux masculine, classiquec noires / illusoires féminine, classiquea sommeille / vermeille féminine, classiqueb souffrir / mourir masculine, classiquec l'aurore / encore féminine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb ouvert / souffert masculine, classiquec joue / roue féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources