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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les orientales, 1829

XXIV. Adieux de l’hôtesse arabe

Victor Hugo· 8 sizains, alexandrins et octosyllabes, 48 vers

10. Habitez avec nous. La terre
est en votre puissance ; cultivez-la,
trafiquez-y, et la possédez.Genèse, chap. XXIV.

Puisque rien ne t'arrête‖ en cet heureux pays,Ni l'ombre du palmier,‖ ni le jaune maïs,Ni le repos, ni l'abondance,Ni de voir à ta voix‖ battre le jeune seinDe nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaimCouronne un coteau de sa danse,

Adieu, voyageur blanc !‖ J'ai sellé de ma main,De peur qu'il ne te jette‖ aux pierres du chemin,Ton cheval à l'œil intrépide ;Ses pieds fouillent le sol,‖ sa croupe est belle à voir,Ferme, ronde et luisante‖ ainsi qu'un rocher noirQue polit une onde rapide.

Tu marches donc sans cesse !‖ Oh ! que n'es-tu de ceuxQui donnent pour limite‖ à leurs pieds paresseuxLeur toit de branches ou de toiles !Qui, rêveurs, sans en faire,‖ écoutent les récits,Et souhaitent, le soir,‖ devant leur porte assis,De s'en aller dans les étoiles !

Si tu l'avais voulu,‖ peut-être une de nous,Ô jeune homme, eût aimé‖ te servir à genouxDans nos huttes toujours ouvertes ;Elle eût fait, en berçant‖ ton sommeil de ses chants,Pour chasser de ton front‖ les moucherons méchants,Un éventail de feuilles vertes.

Mais tu pars ! — Nuit et jour,‖ tu vas seul et jaloux.Le fer de ton cheval‖ arrache aux durs caillouxUne poussière d'étincelles ;À ta lance qui passe‖ et dans l'ombre reluit,Les aveugles démons‖ qui volent dans la nuitSouvent ont déchiré leurs ailes.

Si tu reviens, gravis,‖ pour trouver ce hameau,Ce mont noir qui de loin‖ semble un dos de chameau ;Pour trouver ma hutte fidèle,Songe à son toit aigu‖ comme une ruche à miel,Qu'elle n'a qu'une porte,‖ et qu'elle s'ouvre au cielDu côté d'où vient l'hirondelle.

Si tu ne reviens pas,‖ songe un peu quelquefoisAux filles du désert, sœurs à la douce voix,Qui dansent pieds nus sur la dune ;Ô beau jeune homme blanc,‖ bel oiseau passager,Souviens-toi, car peut-être,‖ ô rapide étranger,Ton souvenir reste à plus d'une !

Adieu donc ! — Va tout droit.‖ Garde-toi du soleil,Qui dore nos fronts bruns,‖ mais brûle un teint vermeil ;De l'Arabie infranchissable ;De la vieille qui va‖ seule et d'un pas tremblant ;Et de ceux qui le soir,‖ avec un bâton blanc,Tracent des cercles sur le sable !

24 novembre 1828.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a pays / maïs masculine, classiqueb l'abondance / danse féminine, classiquec sein / essaim masculine, classiquea main / chemin masculine, classiqueb intrépide / rapide féminine, classiquec voir / noir masculine, classiquea ceux / paresseux masculine, classiqueb toiles / étoiles féminine, classiquec récits / assis masculine, classiquea nous / genoux masculine, classiqueb ouvertes / vertes féminine, classiquec chants / méchants masculine, classiquea jaloux / cailloux masculine, classiqueb d'étincelles / ailes féminine, classiquec reluit / nuit masculine, classiquea hameau / chameau masculine, classiqueb fidèle / l'hirondelle féminine, classiquec miel / ciel masculine, classiquea quelquefois / voix masculine, classiqueb dune / d'une féminine, classiquec passager / étranger masculine, classiquea soleil / vermeil masculine, classiqueb infranchissable / sable féminine, classiquec tremblant / blanc masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Orientales ‒ Les Feuilles d’automne, Paris, Poésie/Gallimard, 1964· numérisation lyres.chez.com· Sources