Les quatre vents de l’esprit, 1881· I Le livre satirique — Le siècle —
XXXVII. « Je suis haï. Pourquoi ? Parce que je défends »
Je suis haï. Pourquoi ?‖ Parce que je défendsLes faibles, les vaincus,‖ les petits, les enfants.Je suis calomnié.‖ Pourquoi ? Parce que j’aimeLes bouches sans venin,‖ les cœurs sans stratagème.Le bonze aux yeux baissés‖ m’abhorre avec ferveur,Mais qu’est-ce que cela‖ me fait, à moi rêveur ?Je sens au fond des cieux‖ quelqu’un qui voit mon âme ;Cela suffit. Le flot‖ ne brise point la rame,Le vent ne brise pas‖ l’aile, l’adversitéNe brise pas l’esprit‖ qui va vers la clarté.Je vois en moi l’erreur‖ tomber et le jour croître ;Je sens grandir le temple‖ et s’écrouler le cloître.Rien de fermé. Le ciel‖ ouvert. L’étoile à nu.L’idole disparaît,‖ Dieu vient. C’est l’inconnu,Mais le certain. Je sens‖ dans mon âme ravieLa dilatation‖ superbe de la vie,Et la sécurité‖ du fond vrai sous mes pas.L’abri pour le sommeil,‖ le pain pour le repas,Je les trouve. D’ailleurs‖ les heures passent vite.Quelquefois on me suit,‖ quelquefois on m’évite ;Je vais. Souvent mes pieds‖ sont las, mon cœur jamais.Le juste, — Hélas, je saigne,‖ où sont ceux que j’aimais ? —Sent qu’il va droit au but‖ quand au hasard il marche.Je suis, comme jadis‖ l’antique patriarche,Penché sur une énigme‖ où j’aperçois du jour.Je crie à l’ombre immense :‖ Amour ! Amour ! Amour !Je dis : espère et crois,‖ qui que tu sois qui souffres !Je sens trembler sous moi‖ l’arche du pont des gouffres ;Pourtant je passerai,‖ j’en suis sûr. Avançons.Par moments la forêt‖ penche tous ses frissonsSur ma tête, et la nuit‖ m’attend dans les bois traîtres ;Je suis proscrit des rois,‖ je suis maudit des prêtres ;Je ne sais pas un mois‖ d’avance où je seraiLe mois suivant, l’orage‖ étant démesuré ;Puis l’azur reparaît,‖ l’azur que rien n’altère ;Ma route, blanche au ciel,‖ est noire sur la terre ;Je subis tour à tour‖ tous les vents de l’exil ;J’ai contre moi quiconque‖ est fort, quiconque est vil ;Ceux d’en bas, ceux d’en haut‖ pour m’abattre s’unissent ;Mais qu’importe ! Parfois‖ des berceaux me bénissent,L’homme en pleurs me sourit,‖ le firmament est bleu,Et faire son devoir‖ est un droit. Gloire à Dieu !
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a défends / enfants masculine, classiqueb j’aime / stratagème féminine, classiquec ferveur / rêveur masculine, classiqued âme / rame féminine, classiquee l’adversité / clarté masculine, classiquef croître / cloître féminine, classiqueg nu / l’inconnu masculine, classiqueh ravie / vie féminine, classiquei pas / repas masculine, classiquej vite / m’évite féminine, classiquek jamais / j’aimais masculine, classiquel marche / patriarche féminine, classiquem jour / Amour masculine, classiquen souffres / gouffres féminine, classiqueo Avançons / frissons masculine, classiquep traîtres / prêtres féminine, classiqueq serai / démesuré masculine, classiquer n’altère / terre féminine, équivalentes l’exil / vil masculine, classiquet s’unissent / bénissent féminine, classiqueu bleu / Dieu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources