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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les quatre vents de l’esprit, 1881· I Le livre satirique — Le siècle —

XX. « La hache ? Non. Jamais. Je n’en veux pour personne »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 80 vers

La hache ? Non. Jamais.‖ Je n’en veux pour personne.Pas même pour ce czar‖ devant qui je frissonne,Pas même pour ce monstre‖ à lui-même fatal.Qui supprime Tyburn‖ abolit White-Hall ;Et quand la mort, ouvrant‖ son désastreux registre,Me dit : — Que jettes-tu‖ dans ce panier sinistre ?Ou la tête du peuple,‖ ou la tête du roi ? —Je dis : — Ni celle-ci,‖ ni celle-là. — Ma loi,C’est la vie ; et ma joie,‖ ô Dieu, c’est l’aube pure.Je ne suis pas de ceux‖ qui font la pourriture ;Je ne suis pas de ceux‖ qui donnent à mangerAu sépulcre, où l’on voit‖ ramper et s’allongerL’affreux sarcopte éclos‖ du miasme délétère ;Je ne suis pas de ceux‖ vers qui les vers de terre,Béants, tournent leur tête‖ aveugle dans la nuit.

Tout supplice est un fait‖ contre la loi, traduit,Pour l’éducation‖ des foules indécises,Devant l’esprit humain,‖ suprême cour d’assises,Saint prétoire, infaillible‖ et grave tribunalOù Beccaria juge‖ aidé de Juvénal.Le penseur n’absout point‖ les grands forfaits lyriquesQue l’histoire engloutit‖ sous ses panégyriques ;Il excuse parfois,‖ il n’approuve jamais.Il veut de l’aube, et non‖ du sang, sur les sommets.Peuple ou roi, quel que soit‖ le tueur, il le blâme.Pour lui l’assassinat,‖ même illustre, est infâme ;Tout temple est sombre avec‖ une morgue au milieu.Quand le sang coule, il dit :‖ malheur ! Admirant peuLe resplendissement‖ magnifique du glaive ;Il n’a pas, quand le cri‖ des victimes s’élève,Pour éblouissement‖ la grandeur du bourreau ;Pour lui, Saint-Just poussant‖ Danton au tombereau,Louis quatorze affreux,‖ penché sur les Cévennes,Implacable, saignant‖ la France aux quatre veines,Titus livrant Sion‖ massacrée aux vautours,Quoi qu’on puisse alléguer‖ et dire, c’est toujoursLe même crime errant‖ dans la même nuit noire ;Si grand que soit l’éclat,‖ quelle que soit la gloire,C’est toujours à ses yeux‖ le meurtre, et, plein d’ennui,Partout, il le condamne ;‖ et tout ce qu’il sait, lui,C’est qu’on ne lui fait pas‖ accepter des décombres,Des désastres, des morts,‖ des écrasements sombres,Même en posant dessus‖ la patte d’un lion.

Non, jamais de vengeance‖ et pas de talion.Quoi ! Le Cipaye irait‖ jetant au feu des femmesEt tordant des enfants‖ tout vivants dans les flammes ;Quoi ! L’Irlandais bigot,‖ à travers le brouillard,Surgirait, la massue‖ au poing ; quoi ! Le lollardJoindrait le fer qui frappe‖ à la main qui mendie ;Quoi ! Le hubin boirait‖ du sang ; quoi ! L’incendieÉclairerait le rire‖ horrible du truand ;Le camisard aurait‖ dans sa poche en tuantSa bible toute grasse‖ à force d’être lue ; —Et l’âme incorruptible,‖ et la bouche absolue,La bouche du poète‖ et l’âme du penseurSe tairaient ! Et le jour‖ accepterait pour sœur,Sous prétexte qu’ensemble‖ autrefois nous souffrîmes,L’aveugle obscurité,‖ toute pleine de crimes !Non, parle, et parle haut,‖ vérité ! Vérité !La misère n’a pas‖ le droit de cruauté ;Les échafauds s’en vont‖ et leur ombre s’efface ;L’impassible équité‖ ne veut pas qu’on en fasse,Pas même avec le bois‖ douloureux des grabats ;Non ! Nous n’admettons point,‖ dans le deuil d’ici-bas,Qu’on puisse être bourreau‖ parce qu’on fut victime.Le meurtre fils des pleurs‖ n’est pas plus légitime ;Quand le faible devient‖ à son tour le plus fort,La conscience donne‖ à la rancune tortEt force les instincts‖ de vengeance à se taire,Et l’on n’est point absous‖ par ce juge pour faireDu mal avec le mal‖ que d’autres vous ont fait.

Cette livre de chair‖ dont Shylock triomphait,Malheur à qui la veut‖ dans sa sauvage envie !L’homme est le travailleur‖ du printemps, de la vie,De la graine semée‖ et du sillon creusé,Et non le créancier‖ livide du passé.

Peuple, le philosophe‖ est le témoin sévère.Si Jésus s’envolait‖ féroce du calvaire,Et venait à son tour‖ crucifier Satan,Je dirais à Jésus :‖ tu n’es pas Dieu. Va-t’en !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
40((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a personne / frissonne féminine, classiqueb fatal / White-Hall masculine, classiquec registre / sinistre féminine, classiqued roi / loi masculine, classiquee pure / pourriture féminine, classiquef manger / s’allonger masculine, classiqueg délétère / terre féminine, classiqueh nuit / traduit masculine, classiqueb indécises / d’assises féminine, classiquec tribunal / Juvénal masculine, classiqued lyriques / panégyriques féminine, classiquee jamais / sommets masculine, classiquef blâme / infâme féminine, classiqueg milieu / peu masculine, classiqueh glaive / s’élève féminine, classiquei bourreau / tombereau masculine, classiquej Cévennes / veines féminine, classiquek vautours / toujours masculine, classiquel noire / gloire féminine, classiquem d’ennui / lui masculine, classiquen décombres / sombres féminine, classiqueo lion / talion masculine, classiqueb femmes / flammes féminine, classiquec brouillard / lollard masculine, classiqued mendie / L’incendie féminine, classiquee truand / tuant masculine, classiquef lue / absolue féminine, classiqueg penseur / sœur masculine, classiqueh souffrîmes / crimes féminine, classiquei Vérité / cruauté masculine, classiquej s’efface / fasse féminine, classiquek grabats / d’ici-bas masculine, classiquel victime / légitime féminine, classiquem fort / tort masculine, classiquen taire / faire féminine, classiqueo fait / triomphait masculine, classiqueb envie / vie féminine, classiquec creusé / passé masculine, classiquea sévère / calvaire féminine, classiqueb Satan / Va-t’en masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources