Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —
III. « Quand le bien et le mal, couple qui nous obsède »
Quand le bien et le mal,‖ couple qui nous obsède,Fixant leurs yeux sur nous,‖ nous demandant notre aide,Montrant deux chemins à nos pas,L’un, celui qui descend,‖ l’autre, celui qui monte,Sont là, nous appelant,‖ prêts à combattre : ― HonteÀ l’homme qui ne choisit pas !
Honte au vivant timide,‖ au passant inutile,Eunuque qui lui-même‖ abdique et se mutile,Qui voit le devoir et le fuit,Et ne s’y jette pas‖ la tête la première,Et n’ose pas ouvrir‖ la porte de lumièreEt fermer la porte de nuit !
Qui recule peut faire‖ une ruine immense.Grands, petits, Dieu sait seul‖ où la force commence,Seul où la faiblesse finit ;Quand un mont chancelant‖ croule, le grain de sable,S’il pouvait empêcher‖ sa chute, est responsableDes crimes du bloc de granit.
L’homme faible est l’appui‖ du méchant qui se lève ;Les peureux font l’audace ;‖ ils ont avec le glaiveLa complicité du fourreau.Ne dites pas : ― C’est mal,‖ mais je n’y puis que faire. ―Ne dites pas : ― J’ai peur ;‖ et je rentre en ma sphère ;Meurs, victime ; frappe, bourreau.
Je laisse le remords‖ et le crime à ma porte ;Je m’en vais du forfait‖ des autres ; que m’importeLeur scélératesse ou leur deuil !Ce mort, s’il m’accusait,‖ serait une âme fausse ;Car, n’étant pas de ceux‖ qui creusèrent la fosse,Je suis quitte avec le cercueil. ―
Non, non ! Il faut briser‖ le poteau du supplice ;Qui, pouvant empêcher,‖ laisse faire, est complice.Abstention, complicité.Ce qui semble un atome‖ est tout un crime immonde ;C’est souvent dans le moindre‖ espace qu’en ce mondeTient la plus grande énormité.
Tel qui renie un meurtre‖ en est le vrai ministre.Le fond de la cuvette‖ où, dans l’ombre sinistre,Un lâche se lave les mains,Peut offrir au regard,‖ ― Vision surhumaine,Et que tout l’océan‖ ne contiendrait qu’à peine ! ―Un mont noir aux âpres chemins,
Trois gibets, deux voleurs‖ se tordant sous les cordes,Les cieux mystérieux‖ pleins de miséricordesS’ouvrant pour recevoir l’affront,Et sur la croix du centre,‖ en une nuit sans lune,Un juste couronné‖ d’épines dont chacunePerce une étoile sur son front !
Versification
- Forme
- 8 sizains (sizains)
- Rimes
- 8(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 8 sizains
- Mots à la rime
- a obsède / aide féminine, classiqueb pas masculine, classiquec monte / Honte féminine, classiquea inutile / mutile féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquec première / lumière féminine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb finit / granit masculine, classiquec sable / responsable féminine, classiquea lève / glaive féminine, classiqueb fourreau / bourreau masculine, classiquec faire / sphère féminine, classiquea porte / m’importe féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquec fausse / fosse féminine, classiquea supplice / complice féminine, classiqueb complicité / énormité masculine, classiquec immonde / monde féminine, classiquea ministre / sinistre féminine, classiqueb mains / chemins masculine, classiquec surhumaine / peine féminine, classiquea cordes / miséricordes féminine, classiqueb l’affront / front masculine, classiquec lune / chacune féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources