Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les rayons et les ombres, 1840

XLII. Oceano Nox

Victor Hugo· 8 sizains, alexandrins surtout, 48 vers

Saint-Valery-Sur-Somme.

Oh ! combien de marins,‖ combien de capitainesQui sont partis joyeux‖ pour des courses lointaines,Dans ce morne horizon‖ se sont évanouis !Combien ont disparu,‖ dure et triste fortune !Dans une mer sans fond,‖ par une nuit sans lune,Sous l'aveugle océan‖ à jamais enfouis !

Combien de patrons morts‖ avec leurs équipages !L'ouragan de leur vie‖ a pris toutes les pagesEt d'un souffle il a tout‖ dispersé sur les flots !Nul ne saura leur fin‖ dans l'abîme plongée.Chaque vague en passant‖ d'un butin s'est chargée ;L'une a saisi l'esquif,‖ l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort,‖ pauvres têtes perdues !Vous roulez à travers‖ les sombres étendues,Heurtant de vos fronts morts‖ des écueils inconnus.Oh ! que de vieux parents,‖ qui n'avaient plus qu'un rêve,Sont morts en attendant‖ tous les jours sur la grèveCeux qui ne sont pas revenus !

On s'entretient de vous‖ parfois dans les veillées.Maint joyeux cercle, assis‖ sur des ancres rouillées,Mêle encor quelque temps‖ vos noms d'ombre couvertsAux rires, aux refrains,‖ aux récits d'aventures,Aux baisers qu'on dérobe‖ à vos belles futures,Tandis que vous dormez‖ dans les goémons verts !

On demande : — Où sont-ils ?‖ sont-ils rois dans quelque île ?Nous ont-ils délaissés‖ pour un bord plus fertile ? —Puis votre souvenir‖ même est enseveli.Le corps se perd dans l'eau,‖ le nom dans la mémoire.Le temps, qui sur toute ombre‖ en verse une plus noire,Sur le sombre océan‖ jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous‖ votre ombre est disparue.L'un n'a-t-il pas sa barque‖ et l'autre sa charrue ?Seules, durant ces nuits‖ où l'orage est vainqueur,Vos veuves aux fronts blancs,‖ lasses de vous attendre,Parlent encor de vous‖ en remuant la cendreDe leur foyer et de leur cœur !

Et quand la tombe enfin‖ a fermé leur paupière,Rien ne sait plus vos noms,‖ pas même une humble pierreDans l'étroit cimetière‖ où l'écho nous répond,Pas même un saule vert‖ qui s'effeuille à l'automne,Pas même la chanson‖ naïve et monotoneQue chante un mendiant‖ à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins‖ sombrés dans les nuits noires ?Ô flots, que vous savez‖ de lugubres histoires !Flots profonds redoutés‖ des mères à genoux !Vous vous les racontez‖ en montant les marées,Et c'est ce qui vous fait‖ ces voix désespéréesQue vous avez le soir‖ quand vous venez vers nous !

Juillet 1836.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb)
Mètre
Alexandrins surtout (46 de 12, 2 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a capitaines / lointaines féminine, classiqueb évanouis / enfouis masculine, classiquec fortune / lune féminine, classiquea équipages / pages féminine, classiqueb flots / matelots masculine, classiquec plongée / chargée féminine, classiquea perdues / étendues féminine, classiqueb inconnus / revenus masculine, classiquec rêve / grève féminine, classiquea veillées / rouillées féminine, classiqueb couverts / verts masculine, classiquec d'aventures / futures féminine, classiquea île / fertile féminine, classiqueb enseveli / oubli masculine, classiquec mémoire / noire féminine, classiquea disparue / charrue féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquec attendre / cendre féminine, classiquea paupière / pierre féminine, classiqueb répond / pont masculine, classiquec l'automne / monotone féminine, classiquea noires / histoires féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec marées / désespérées féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources