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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intérieures, 1837

XXXII. « O Muse, contiens-toi ! muse aux hymnes d'airain  »

Victor Hugo· 5 distiquess, alexandrins, 52 vers

O Muse, contiens-toi !‖ muse aux hymnes d'airain !Muse de la loi juste et du droit souverain !Toi dont la bouche abonde‖ en mots trempés de flamme,Étincelles de feu‖ qui sortent de ton âme,

Oh ! ne dis rien encore‖ et laisse-les aller !Attends que l'heure vienne‖ où tu puisses parler.Endure le spectacle‖ en vierge résignée.Qu'à peine un mouvement‖ de ta lèvre indignée.Révèle ton courroux‖ au fond du cœur grondant.Dans ce siècle où chacun,‖ noyant ou fécondant,Se répand au hasard‖ comme l'eau d'un orage,Où l'on ne voit partout‖ qu'impuissance et que rage,Qu'inutiles fardeaux‖ qu'on s'obstine à rouler,Que Samsons écrasés‖ sous ce qu'il font crouler,Le plus fort est celui‖ qui tient sa force en bride.L'océan quelquefois‖ montre à peine une ride.Jusqu'au jour d'éclater,‖ plus proche qu'on ne croit,Ne te dépense pas.‖ Qui se contient s'accroît.

Aie au milieu de tous‖ l'attitude élevéeD'une lente déesse‖ à punir réservée,Qui, recueillant sa force‖ ainsi qu'un saint trésor,Pourrait depuis longtemps‖ et ne veut pas encor !

Va cependant ! — contemple‖ et le ciel et le monde.Et que tous ceux qui font‖ quelque travail immonde,Que ces trafiquants vils‖ épris d'un sac d'argent,Que ces menteurs publics,‖ au langage changeant,Pleins de méchanceté‖ dans leur âme hypocriteEt dorés au dehors‖ de quelque faux mérite,Toux ceux, grands et petits,‖ que marque un sceau fatal,Que l'envieux bâtard‖ accroupi dans le mal,Que ce tribun valet,‖ plus lâche qu'une femme,Qui dans les carrefours‖ vend sa parole infâme,Toujours prêt pour de l'or‖ à souffleter la loi,Forgeant l'émeute au peuple‖ ou la censure au roi,Que l'ami faux par qui‖ la haine s'ensemence,Et ceux qui nuit et jour‖ occupent leur démenceD'une orgie effrontée‖ au tumulte hideux,Te regardent passer‖ tranquille au milieu d'eux,Saluant gravement‖ les fronts que tu révères,Muette, et l'œil pourtant‖ plein de choses sévères !Fouille ces cœurs profonds‖ de ton regard ardent.Et que, lorsque le peuple‖ ira se demandant :— Sur qui donc va tomber,‖ dans la foule éperdue,Cette foudre en éclairs‖ dans ses yeux suspendue ? —Chacun d'eux, contemplant‖ son œuvre avec effroi,Se dise en frissonnant :‖ C'est peut-être sur moi !

En attendant, demeure‖ impassible et sereine.Qu'aucun pan de ta robe‖ en leur fange ne traîne ;Et que tous ces pervers‖ tremblent dès à présentDe voir auprès de toi,‖ formidable, et posantSon ongle de lion‖ sur ta lyre étoilée,Ta colère superbe‖ à tes pieds muselée !

6 septembre 1836.

Versification

Forme
5 distiquess (distiques)
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
5 distiquess
Mots à la rime
a d'airain / souverain masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquea aller / parler masculine, classiqueb résignée / indignée féminine, classiquec grondant / fécondant masculine, classiqued orage / rage féminine, classiquee rouler / crouler masculine, classiquef bride / ride féminine, classiqueg croit / s'accroît masculine, classiquea élevée / réservée féminine, classiqueb trésor / encor masculine, classiquea monde / immonde féminine, classiqueb d'argent / changeant masculine, classiquec hypocrite / mérite féminine, classiqued fatal / mal masculine, classiquee femme / infâme féminine, classiquef loi / roi masculine, classiqueg s'ensemence / démence féminine, classiqueh hideux / d'eux masculine, classiquei révères / sévères féminine, classiquej ardent / demandant masculine, classiquek éperdue / suspendue féminine, classiquel effroi / moi masculine, classiquea sereine / traîne féminine, classiqueb présent / posant masculine, classiquec étoilée / muselée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources