Les voix intérieures, 1837
IX. Pendant que la fenêtre était ouverte
Poète, ta fenêtre‖ était ouverte au vent,Quand celle à qui tout bas‖ ton cœur parle souventSur ton fauteuil posait sa tête :— « Oh ! disait-elle, ami,‖ ne vous y fiez pas !Parce que maintenant,‖ attachée à vos pas,Ma vie à votre ombre s'arrête ;
Parce que mon regard‖ est fixé sur vos yeux ;Parce que je n'ai plus‖ de sourire joyeuxQue pour votre grave sourire ;Parce que, de l'amour‖ me faisant un linceul,Je vous offre mon cœur‖ comme un livre où vous seulAvez encor le droit d'écrire ;
Il n'est pas dit qu'enfin‖ je n'aurai pas un jourLa curiosité‖ de troubler votre amourEt d'alarmer votre œil sévère,Et l'inquiet caprice‖ et le désir moqueurDe renverser soudain‖ la paix de votre cœurComme un enfant renverse un verre !
Hommes, vous voulez tous‖ qu'une femme ait longtempsDes fiertés, des hauteurs,‖ puis vous êtes contents,Dans votre orgueil que rien ne brise,Quand, aux feux de l'amour‖ qui rayonne sur nous,Pareille à ces fruits verts‖ que le soleil fait doux,La hautaine devient soumise !
Aimez-moi d'être ainsi !‖ — Ces hommes, ô mon roi,Que vous voyez passer‖ si froids autour de moi,Empressés près des autres femmes,Je n'y veux pas songer,‖ car le repos vous plaît ;Mais mon œil endormi‖ ferait, s'il le voulait,De tous ces fronts jaillir des flammes ! »
Elle parlait, charmante‖ et fière et tendre encor,Laissant sur le dossier‖ de velours à clous d'orDéborder sa manche traînante ;Et toi tu croyais voir‖ à ce beau front si douxSourire ton vieux livre‖ ouvert sur tes genoux,Ton Iliade rayonnante !
Beau livre que souvent‖ vous lisez tous les deux !Elle aime comme toi‖ ces combats hasardeuxOù la guerre agite ses ailes.Femme, elle ne hait pas,‖ en t'y voyant rêver,Le poète qui chante‖ Hélène, et fait leverLes plus vieux devant les plus belles.
Elle vient là, du haut‖ de ses jeunes amours,Regarder quelquefois‖ dans le flot des vieux joursQuelle ombre y fait cette chimère ;Car, ainsi que d'un mont‖ tombe de vivent eaux,Le passé murmurant‖ sort et coule à ruisseauxDe ton flanc, ô géant Homère !
26 février 1837.
Versification
- Forme
- 8 sizains (sizains)
- Rimes
- 8(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 8 sizains
- Mots à la rime
- a vent / souvent masculine, classiqueb tête / s'arrête féminine, classiquec pas masculine, classiquea yeux / joyeux masculine, classiqueb sourire / d'écrire féminine, classiquec linceul / seul masculine, classiquea jour / amour masculine, classiqueb sévère / verre féminine, classiquec moqueur / cœur masculine, classiquea longtemps / contents masculine, classiqueb brise / soumise féminine, classiquec nous / doux masculine, classiquea roi / moi masculine, classiqueb femmes / flammes féminine, classiquec plaît / voulait masculine, classiquea encor / d'or masculine, classiqueb traînante / rayonnante féminine, classiquec doux / genoux masculine, classiquea deux / hasardeux masculine, classiqueb ailes / belles féminine, classiquec rêver / lever masculine, classiquea amours / jours masculine, classiqueb chimère / Homère féminine, classiquec eaux / ruisseaux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation poesies.net· Sources