Odes et ballades, 1826· Odes· Livre cinquième 1819-1828
ODE QUATORZIÈME. Actions de grâces
Ceux qui auront semé dans les larmes
moissonneront dans l’allégresse.SALOMON, Ps, CXXV, v. 5.
Vous avez dans le port‖ poussé ma voile errante ;Ma tige a refleuri‖ de sève et de verdeur ;Seigneur, je vous bénis !‖ de ma lampe mouranteVotre souffle vivant‖ rallume la splendeur.
Surpris par l'ouragan‖ comme un aiglon sans ailes,Qui tombe du grand chêne‖ au pied de l'arbrisseau,Faible enfant, du malheur‖ j'ai su les lois cruelles.L'orage m'assaillit‖ voguant dans mon berceau.
Oui, la vie a pour moi‖ commencé dès l'enfance,Quoique le ciel jamais‖ n'ait foudroyé de fleurs,Et qu'il ne veuille pas‖ qu'un être sans défenseMêle à ses premiers jours‖ l'amertume des pleurs.
La jeunesse en riant‖ m'apporta ses mensonges,Son avenir de gloire,‖ et d'amour, et d'orgueil ;Mais quand mon cœur brûlant‖ poursuivait ces beaux songes,Hélas !je m'éveillai‖ dans la nuit d'un cercueil.
Alors je m'exilai‖ du milieu de mes frères.Calme, car ma douleur‖ n'était pas le remords,J'accompagnai de loin‖ les pompes funéraires :L'hymne de l'orphelin‖ est écouté des morts.
L'œil tourné vers le ciel,‖ je marchais dans l'abîme ;Bien souvent, de mon sort‖ bravant l'injuste affront,Les flammes ont jailli‖ de ma pensée intime,Et la langue de feu‖ descendit sur mon front.
Mon esprit de Pathmos‖ connut le saint délire,L'effroi qui le précède‖ et l'effroi qui le suit ;Et mon âme était triste,‖ et les chants de ma lyreÉtaient comme ces voix‖ qui pleurent dans la nuit.
J'ai vu sans murmurer‖ la fuite de ma joie,Seigneur ; à l'abandon‖ vous m'aviez condamné.J'ai, sans plainte, au désert‖ tenté la triple voie ;Et je n'ai pas maudit‖ le jour où je suis né.
Voici la vérité‖ qu'au monde je révèle :Du ciel dans mon néant‖ je me suis souvenu.Louez Dieu ! la brebis‖ vient quand l'agneau l'appelle ;J'appelais le Seigneur,‖ le Seigneur est venu.
Il m'a dit : « Va, mon fils,‖ ma loi n'est pas pesante !Toi qui, dans la nuit même,‖ as suivi mes chemins,Tu ceindras des heureux‖ la robe éblouissante ;Parmi les innocents‖ tu laveras tes mains. »
Je ne veux plus de loin‖ t'offrir ma vie obscure,Gloire, immortel reflet‖ de l'éternel flambeau,Du génie en son cours‖ trace éclatante et pure,Ou rayon merveilleux,‖ émané d'un tombeau !
Un ange sur mon cœur‖ ploie aujourd'hui ses ailes.Pour Elle un orphelin‖ n'est pas un étranger ;Les heures de mes jours‖ à ses côtés sont belles :Car son joug est aimable‖ et son fardeau léger.
Vous avez dans le port‖ poussé ma voile errante ;Ma tige a refleuri‖ de sève et de verdeur ;Seigneur, je vous bénis !‖ de ma lampe mouranteVotre souffle vivant‖ rallume la splendeur.
1823.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a errante / mourante féminine, classiqueb verdeur / splendeur masculine, classiquea ailes / cruelles féminine, classiqueb l'arbrisseau / berceau masculine, classiquea l'enfance / défense féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea mensonges / songes féminine, classiqueb d'orgueil / cercueil masculine, classiquea frères / funéraires féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea l'abîme / intime féminine, classiqueb affront / front masculine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb suit / nuit masculine, classiquea joie / voie féminine, classiqueb condamné / né masculine, classiquea révèle / l'appelle féminine, classiqueb souvenu / venu masculine, classiquea pesante / éblouissante féminine, classiqueb chemins / mains masculine, classiquea obscure / pure féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquea ailes / belles féminine, classiqueb étranger / léger masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Odes et ballades, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1845· numérisation abu.cnam.fr· Sources