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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· V

XLI. À madame d’A.-sh

Victor Hugo· 15 quatrains, octosyllabes surtout, 60 vers

Vous demandez à quoi je rêve ?Je me souviens qu'un jour, jadis,À l'heure où l'aube qui se lèveOuvre ses yeux de paradis,

Je passais, parmi des colombes,Dans un cimetière, jardinQui, couvrant de roses les tombes,Cache le néant sous l'éden.

J'errais dans cette ombre insalubreOù les croix noires sont debout…Une grande pierre lugubreSe mit à vivre tout à coup.

C'était, dans l'herbe et les pervenches,Un sépulcre sombre et hautainQu'effleura soudain sous les branchesUn furtif éclair du matin.

Il était là sous une yeuse,Triste, et comme pour l'apaiser,La jeune aube mystérieuseDonnait à ce spectre un baiser.

Et cela rendit, ô merveille,La vie au sépulcre hagard.Ce sourd-muet ouvrit l'oreilleEt cet aveugle eut un regard.

En voyant venir la lumière,Comme au désert le noir Sina,Ce sinistre linceul de pierreOù pleure une âme, rayonna.

Et je le vis, dans le bois sombre,Dans le champ pestilentiel,Comme transfiguré dans l'ombrePar cette dorure du ciel.

Ce n'était plus la dalle affreuse,Qui se dresse hors de tout bruit,Sous laquelle un gouffre se creuse,Plein d'étoiles, mais plein de nuit ;

Ce n’était plus la tombe où rêveUn vague fantôme banni,Abîme où le fini s'achève,Borne où commence l’infini.

Grâce à l'aube, au pied du vieil arbre,Dans la ronce et dans le genêt,Le froid granit, l'orgueilleux marbreQue le ver de terre connaît,

Illuminait ces bois funèbres,Craints de l'homme, aimés du corbeau,Et, calme, avait dans les ténèbresOn ne sait quel air de flambeau.

Il cessa d'être le fantôme.Le liseron fut ébloui,Et l'œillet lui jeta son baume ;Les fleurs n'eurent plus peur de lui.

Les roses que nos yeux admirentBaisèrent son socle détruit,Et les petits oiseaux se mirentÀ chanter autour de sa nuit.

Noble femme aux vaincus fidèle,Votre sourire frais et beau,Quand il luit sur moi, me rappelleCette aurore sur ce tombeau.

H. H. 5 septembre.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes surtout (59 de 8, 1 de 7)
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a rêve / lève féminine, classiqueb jadis / paradis masculine, classiquea colombes / tombes féminine, classiqueb jardin / l'éden masculine, classiquea insalubre / lugubre féminine, classiqueb debout / coup masculine, non classiquea pervenches / branches féminine, classiqueb hautain / matin masculine, classiquea yeuse / mystérieuse féminine, classiqueb l'apaiser / baiser masculine, classiquea merveille / l'oreille féminine, classiqueb hagard / regard masculine, classiquea lumière / pierre féminine, classiqueb Sina / rayonna masculine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb pestilentiel / ciel masculine, classiquea affreuse / creuse féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea rêve / s'achève féminine, classiqueb banni / l’infini masculine, classiquea arbre / marbre féminine, classiqueb genêt / connaît masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb corbeau / flambeau masculine, classiquea fantôme / baume féminine, classiqueb ébloui / lui masculine, classiquea admirent / mirent féminine, classiqueb détruit / nuit masculine, classiquea fidèle / rappelle féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources