Toute la lyre, 1893· IV
XXXIII. À un poëte
Ô rêveur, ne va pas‖ sur les cimes, j'en viens ;C'est terrible. Les sourds‖ autans diluviensSont là qui passent et repassent ;Là, flotte et disparaît‖ tout ce que nous songions ;Là, dans ces grands tombeaux‖ nommés Religions,Des corbeaux inconnus croassent.
Crains les hauts lieux hantés‖ par les spectres ; les jeuxDe l'abîme ne sont‖ jamais plus orageuxQue sur les sommets formidables ;Là, le réel avec‖ l'ignoré se confond,Et les échelons noirs‖ des visions sans fondSont lugubrement abordables.
Là, rayonne un soleil‖ que la brume élargit ;Là, sont les fauves dieux,‖ Néméos qui rugit,Python qui siffle, Apis qui beugleSombre éblouissement‖ dont ces grands ingénus,Les sages, sortent fous,‖ et d'où sont revenusTasse insensé, Milton aveugle.
Ne va pas dans les bois‖ sacrés, ni sur les montsOù Pythagore a vu‖ la face des démons,Où sont toutes ces formes blanchesDont les mages profonds‖ ne savent que penser,Et qu'ils guettent, n'osant‖ rien de plus que passerLeurs têtes à travers les branches.
Crains l'inspiration‖ farouche du désert ;Le désert est tin lieu‖ d'effroi dont Dieu se sert,Et n'est point fait pour tes études :Les gouffres ont parfois‖ dévoré les plongeurs ;Ne baigne pas ton front‖ aux immenses rougeursDu couchant dans les solitudes.
Crains de rencontrer là‖ ce qu'il ne faut pas voir.Crains les ascensions‖ vers le haut sommet noir.Les ombres n'ont rien à te dire.Cueille ta poésie‖ aux champs parmi les fleurs,Et ne va pas chercher‖ de l'épouvante ailleursPuisque mai consent à sourire.
Crains les rudes coups d'aile‖ et les becs flamboyants.Crains ces halliers où sont des êtres effrayantsQui méditent sans lois ni règles.Si tu cherchais à prendre‖ au vol dans ces forêtsQuelque strophe sauvage‖ et sombre, tu courraisDes périls de dénicheur d'aigles.
23 août 1874.
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (28 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a viens / diluviens masculine, classiqueb repassent / croassent féminine, classiquec songions / Religions masculine, classiquea jeux / orageux masculine, classiqueb formidables / abordables féminine, classiquec confond / fond masculine, classiquea élargit / rugit masculine, classiqueb beugle / aveugle féminine, classiquec ingénus / revenus masculine, équivalentea monts / démons masculine, classiqueb blanches / branches féminine, classiquec penser / passer masculine, classiquea désert / sert masculine, classiqueb études / solitudes féminine, classiquec plongeurs / rougeurs masculine, classiquea voir / noir masculine, classiqueb dire / sourire féminine, classiquec fleurs / ailleurs masculine, classiquea flamboyants / effrayants masculine, classiqueb règles / d'aigles féminine, classiquec forêts / courrais masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources