Toute la lyre, 1893· La corde d’airain
V. Après l’écroulement de l’homme
Pour venger le passé,‖ pour sauver l'avenir,O peuple, j'ai senti‖ que je devais punirUn homme, et qu'il fallait‖ châtier une tête ;Et moi, qui dans ma serre‖ ai porté la tempête,Quand la Justice au front‖ redoutable et sacréM’a dit : Foudroie, ami ! j’ai dit : Je le ferai.Soit. Car ce ne sont pas‖ les aigles, d'ordinaire,Qui refusent de prendre‖ en leur griffe un tonnerre.
Et j'ai lutté. Ce maître‖ était là sous son dais ;Et je le combattais,‖ et je le regardais ;Il avait tout pour lui,‖ du Volga jusqu'au Tibre,Tout, l'Allemagne esclave‖ et l'Angleterre libre ;Je lui faisais la guerre‖ à travers cette paix ;Et la foule, à ses pieds,‖ tandis que je frappais,S'étonnait que quelqu'un‖ osât rester honnête ;L'ignominie était‖ devenue une fête ;Moi, seul au bord des mers,‖ banni, haï de tous,D'autant plus indigné‖ qu'il était plus absous,O Guernesey, debout‖ sur tes fières collines,Je lui jetais d'en haut‖ des feuilles sibyllines ;Les vents les lui portaient,‖ ombre, nuage, affront ;Et lorsqu'elles passaient‖ au-dessus de son front,Il en sortait un vers‖ ressemblant à la foudre.
Mais maintenant que l'homme‖ infâme est dans la poudre,Qu'il est à terre, affreux,‖ gisant, et que je voisSon nom faire partout‖ frémir toutes les voix,Et les passants marcher‖ sur César misérable,Fais place, âpre justice,‖ au pardon vénérable,Ou du moins, si c'est trop‖ de pardonner, permetsQue ma colère en feu‖ reste sur les sommets,Et ne descende pas‖ à frapper ce cadavre.Laisse-moi me tourner‖ vers tout ce qui me navre,Vers ceux qui maintenant‖ sont puissants, et qui fontPencher la France au bord‖ de la chute sans fond.Je lutte, ô Vérité,‖ mais jamais je n'accable.Le cœur persévérant‖ n'est point l'âme implacable.L'écrasement de qui‖ n'est plus est puéril.Le tort ne suffit pas,‖ il me faut le péril.Pour ceux-là seulement‖ mon courroux est tenaceQui dans la main ont l'arme‖ et dans l'œil la menace,Et dans mon dédain calme‖ et pensif j'engloutisLes monstres, s'ils sont morts,‖ ou bien s'ils sont petits.La foudre veut un but,‖ et se trouve inutileSur l'hydre inanimée‖ ou l'acarus reptile,Et le noir justicier,‖ sur les cimes frappant,Laisse vivre le ver‖ et pourrir le serpent.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 23((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a l'avenir / punir masculine, classiqueb tête / tempête féminine, classiquec sacré / ferai masculine, équivalented d'ordinaire / tonnerre féminine, classiquea dais / regardais masculine, classiqueb Tibre / libre féminine, classiquec paix / frappais masculine, classiqued honnête / fête féminine, classiquee tous / absous masculine, classiquef collines / sibyllines féminine, classiqueg affront / front masculine, classiqueh foudre / poudre féminine, classiqueb vois / voix masculine, classiquec misérable / vénérable féminine, classiqued permets / sommets masculine, classiquee cadavre / navre féminine, classiquef font / fond masculine, classiqueg n'accable / implacable féminine, classiqueh puéril / péril masculine, classiquei tenace / menace féminine, classiquej j'engloutis / petits masculine, classiquek inutile / reptile féminine, classiquel frappant / serpent masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources