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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· VII

III. Ce que gemma pense d’Emma

Victor Hugo· 18 quatrains, heptasyllabes, 72 vers

Que fait l'orfèvre ? Il achèveQuelque anneau mystérieux.Sa boutique semble un rêveQu'emplissent de vagues yeux ;

L'opale est une prunelle,La turquoise est un regard ;La flamme tremble éternelleDans l'œil du rubis hagard.

L'émeraude en sa facetteCache une ondine au front clair ;La vicomtesse de CetteAvait les yeux verts de mer.

Le diamant sous son voileRêve, des cieux ébloui ;Il regarde tant l'étoileQue l'étoile entre dans lui.

L'ambre est une larme austère ;Le saphir au chaste feuEst devenu bleu sous terreTant il a contemplé Dieu !

Une femme chez l'orfèvreEntre, sourire éclatant ;Les paroles sur sa lèvreBattent de l'aile en chantant.

Elle porte un châle à palmes,Un chapeau rose charmant ;Autour de ses grands yeux calmesTout frissonne doucement.

Elle brille et jase, et sembleLueur, parfum, colibri ;Si belle que le cœur tremble,S'étonne, et cherche un abri.

Où va-t-elle ? d'où sort-elle ?D'où sort l'aube ? où va le jour ?Elle est la joie, étincelleDe cette flamme, l'amour.

Le peuple à la vitre admire,D'un œil tendre et transporté,Les femmes le cachemireEt les hommes la beauté.

Tous l'appellent fée ou reine,Astre, ange des cieux venu,Et se sentent pleins de hainePour son amant inconnu.

Elle est blanche, aimable, exquise,Folle et gaie ; et, sans combats,Toute la foule est conquise ;Chacun soupire tout bas :

Je voudrais être !… — et se nommeQuelque idéal triomphant.— Son ami ! dit un jeune homme.— Son mari ! dit un enfant.

Qu'est-ce donc que cette femme ?C'est une femme. Cela,Quand Dieu fit la première âme,Naquit et l'ensorcela.

Elle choisit chez l'orfèvreTous les beaux joyaux tremblants ;Et l'or semble avoir la fièvreEntre ses petits doigts blancs.

Elle prend tout, la pirate,L'aigue, sœur des gouttes d'eau,Les agates de SurateEt les émaux du Lido,

Et la parure complèteDe sardoine et de béryl ;Elle éclate à chaque empletteD'un doux rire puéril.

La perle voit cette belle.Pourquoi fuir, perle au doux front ?— J'aime mieux la mer, dit-elle ;C'est moins sombre et moins profond.

5 avril 1855.

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a achève / rêve féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquea prunelle / éternelle féminine, classiqueb regard / hagard masculine, classiquea facette / Cette féminine, classiqueb clair / mer masculine, classiquea voile / l'étoile féminine, classiqueb ébloui / lui masculine, classiquea austère / terre féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea l'orfèvre / lèvre féminine, classiqueb éclatant / chantant masculine, classiquea palmes / calmes féminine, classiqueb charmant / doucement masculine, classiquea semble / tremble féminine, classiqueb colibri / abri masculine, classiquea sort-elle / étincelle féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquea admire / cachemire féminine, classiqueb transporté / beauté masculine, classiquea reine / haine féminine, classiqueb venu / inconnu masculine, classiquea exquise / conquise féminine, classiqueb combats / bas masculine, classiquea nomme / homme féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb Cela / l'ensorcela masculine, classiquea l'orfèvre / fièvre féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquea pirate / Surate féminine, classiqueb d'eau / Lido masculine, classiquea complète / emplette féminine, classiqueb béryl / puéril masculine, classiquea belle / dit-elle féminine, classiqueb front / profond masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources