Toute la lyre, 1893· III
LXIX. « … Des sages »
… Des sages ?En veux-tu voir, songeur ?‖ Vois ces frais, écoliersQui s'échappent des bancs‖ et courent aux halliers,Et vont aux champs, légers,‖ libres, de jeunesse ivres,Poussant des cris, cueillant‖ des fleurs, jetant les livres,Et qui se laissent vivre‖ et de joie inonder,Et s'emplissent l'esprit‖ de jour, sans demanderÀ l'aurore des cieux‖ comment elle s'appelle !Vois ces deux amoureux‖ qui cherchent la chapelleDe l'azur, des taillis‖ profonds, des bruits d'oiseaux,Et qui laissent leur cœur‖ fuir, avec les ruisseaux,Jaser avec les nids,‖ avec le soleil luire,Sans vouloir, sans tenter,‖ sans creuser, sans construireAutre chose qu'un rêve‖ ineffable et réel !Ils s'inquiètent peu‖ de l'inutile ciel ;Ils n'en ont pas besoin‖ puisqu'ils disent : je t'aime !Qu'en feraient-ils ; étant‖ le paradis eux-même ?Ils portent l'un et l'autre‖ un songe sur leur front ;Ils sont heureux ; pour aube‖ et pour azur ils ont,Lui, qu'elle soit si belle,‖ elle, qu'il soit si tendre !Le rossignol suspend‖ son chant pour les entendre.Ils vont, doux insensés‖ du cœur, couple enivréDe la voix amoureuse‖ et du regard sacré ;Ils vont, ils sont ! La main‖ par la main est pressée ;Ils vivent lèvre à lèvre‖ et pensée à pensée ;Si bien que tout leur être‖ est un frisson joyeux,Et que, près des rayons‖ que prodiguent leurs yeux,Le matin est avare‖ et l'astre est économe ;Et que la jeune fille‖ aime, et que le jeune hommeAdore, et qu'autour d'eux‖ le bois frémit ! si bienQu'ils ne savent plus rien,‖ qu'ils ne veulent plus rien,Que pour ces éblouis‖ la plaine est une fête,Et que tous les passants‖ tournent vers eux la tête,Et que les jeunes sont‖ jaloux, et que les vieuxTristes de n'être plus‖ jaloux, sont envieux !Ce beau couple est penché‖ sur l'eau qui désaltère.
Songeur ! songeur ! il est‖ deux sages sur la terre ;Le premier est l'enfant,‖ le second est l'amant.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 18((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a écoliers / halliers masculine, classiqueb ivres / livres féminine, classiquec inonder / demander masculine, classiqued s'appelle / chapelle féminine, classiquee d'oiseaux / ruisseaux masculine, classiquef luire / construire féminine, classiqueg réel / ciel masculine, classiqueh t'aime / eux-même féminine, classiquei front / ont masculine, classiquej tendre / entendre féminine, classiquek enivré / sacré masculine, classiquel pressée / pensée féminine, classiquem joyeux / yeux masculine, classiquen économe / homme féminine, classiqueo bien / rien masculine, classiquep fête / tête féminine, classiqueq vieux / envieux masculine, classiquer désaltère / terre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources